.
 
.

 
 

par René Migné

 

Le 31 juillet 2002 Jean PAUL disparait après une longue et cruelle maladie.

Toute la grande famille des Bérets Bleus, les anciens pilotes d'avions légers ou d'hélicoptères de l'armée de terre se souvient de cet excellent camarade, d'une grande modestie et d'une probité exemplaire.
Jean, né le 18 octobre 1933 à Lesneven dans le Finistère, appartenait à une grande famille qui comptera six enfants dans laquelle le père, militaire de carrière, a certainement influencé le destin de ses fils vers le métier des armes et les écoles d'enfants de troupe..
-Yves, son frère aîné, né en 1924, sera élève à l'école de Tulle de 1938 à1943. Il servira en Extrême - Orient et il tombera au combat en Indochine.
-François, le plus jeune, né en 1941, fréquentera l'EMPT du Mans de 1953 à1958.
Jean, commence son cycle d'études en 1944, à l'école des Andelys et il rejoint l'EMPT du Mans en 1947 pour terminer sa scolarité en 1951.
Dans cette période de l'après guerre, la vie dans les écoles militaires n'est pas rose tous les jours et il y a encore des restrictions de toutes sortes et les tickets d'alimentation. Il y a aussi une ambiance studieuse, les camarades, une fraternité de tous les jours et le souvenir de Jean PAUL, mon aîné de deux promotions, qui faisait, comme moi, partie de la musique de l'école. Il me paraissait très grand avec son instrument, il inspirait déjà le respect.
Je ne le reverrai, à Trèves, en Rhénanie-Palatinat, qu'en 1970, alors qu'il est pilote d'Alouette, dans l'Escadrille de mon camarade KOPF ( un A.E.T)au G.A.L.DIV 1(1) et aussi à Suippes (51) pendant les manœuvres de l'Artillerie Divisionnaire
En 1951, Jean choisit l'Arme Blindée Cavalerie et il fait son peloton d'élève sous-officiers à Saumur.
Il est retenu pour un stage de parachutisme à Pau. Breveté, il se porte volontaire pour servir en Indochine où il combattra pendant deux ans.
De retour en métropole, Jean PAUL, passionné par "tout ce qui vole", suit un stage de pilote avion à Tarbes, puis un stage de pilote d'hélicoptères à Versailles. Il a trouvé sa voie.
Fort de ces brevets, il rejoint les plateaux du Constantinois à Sétif, en Algérie, où il participe de 1957 à 1960 aux opérations de maintien de l'ordre, aux commandes de différentes machines volantes qui avaient noms " : Sikorski -Banane - Alouette II -III - Bell "et, avec ses camarades, il réalise des missions bien périlleuses, en appui des troupes au sol. Il reviendra à nouveau en Algérie de 1962 à 1963, après les accords d'Evian..
De retour en France, il est muté à Rennes au 14ème G.A.L.A.T. (2)
En 1966, il est désigné pour participer aux essais nucléaires français au Sahara.
Sa carrière militaire se poursuit à Trèves sur divers appareils jusqu'en 1971, où, de retour à Rennes, il prend sa retraite le 31 janvier 1972 pour entreprendre une carrière de cadre commercial, jusqu'en 1991.
Il se retire définitivement à Vannes pour se consacrer enfin aux siens, à son Epouse, à ses enfants Dominique et Philippe, à ses petits-enfants Clément et Carole et aussi à ses nombreux amis.
Titulaire de la Médaille Militaire, de la Croix de la Valeur Militaire avec 3 citations, promu Chevalier dans l'Ordre National du Mérite pour les opérations de sauvetage effectuées au profit de l'hôpital de Montpellier, Jean PAUL ne parlait guère de ses campagnes et de ses faits d'armes. Il avait fait le choix de rester dans le Corps des Sous-officiers afin de pouvoir continuer à exercer le passionnant métier de pilote sans lequel sa vie professionnelle aurait été bien terne à ses yeux.

Jean PAUL a quitté les siens après avoir supporté avec beaucoup de courage les souffrances de sa maladie.
Il laisse le souvenir d'un homme d'une grande droiture, d'une honnêteté sans faille et pour tous les siens la désolation et un vide immense. Pour moi, c'était d'abord l'ancien, au contact facile, au regard franc et au visage souriant.
Pour commémorer le premier anniversaire de sa disparition, il m'a semblé juste de lui rendre un hommage particulier, au nom de la fraternité qui unit les A.E.T, de faire l'éloge de sa vie et de sa carrière et ainsi de faire revivre Jean PAUL pour quelques instants dans vos pensées.

Deux anecdotes, en souvenir d'instants vécus avec l'Adjudant-chef PAUL
En 1970, à Trèves, à l'occasion d'une séance d'instruction au quartier du Belvédère, occupé par le 68ème R.A.L.D (3), l'Adjudant-chef PAUL pose son Alouette porte-missiles (4) à proximité du cinéma sur une aire bétonnée proche du dôme du cinétir et des garages de la B.CA.D (5) où je passe de nombreuses heures par jour, dans mes fonctions d'Officier Auto d'échelon.
Cet après-midi là, la présentation qui fait suite à la conférence mensuelle retient tous les personnels disponibles.
Jean PAUL présente sa machine, explique le fonctionnement du poste de tir et des missiles, répond aux questions et à l'évidence, il maîtrise parfaitement son sujet. L'auditoire est captivé.
Vient le moment du départ, le périmètre d'envol est dégagé, Jean Paul est aux commandes.
A deux reprises, l'essai de démarrage de la turbine est infructueux et les observateurs s'amusent ( si l'on peut dire ; il n'y a pas que les camions qui démarrent mal) ;
Jean PAUL ouvre la porte, descend avec élégance pour entendre quelques quolibets du genre "faut-il te pousser ?" ( les copains sympas). Il se rend à l'arrière de sa machine, soulève un capot, ouvre la poche de sa combinaison de vol et sort une petite pièce ( que mon œil exercé de radariste ( une de mes autres multiples fonctions) a reconnu comme étant un "strapp" ( en fait un shunt : bout de fil électrique prévu à cet usage) qu'il place sur une des sécurités de turbine '( T4 ou T5, les spécialistes et lui savent laquelle ). Il regagne l'habitacle, ferme la porte, reprend la procédure de démarrage et obéissante, la turbine démarre. Le bruit s'amplifie, les pales commencent à tourner de plus en plus vite et majestueusement l'oiseau s'élève, Jean PAUL l'incline légèrement et nous fait un signe de la main et s'éloigne rapidement. Jean PAUL était un excellent pilote. L'intervention qu'il a exécutée était connue de tous les pilotes et semble-t-il fréquente sur ce type d'appareil. La défaillance passagère d'une sonde ne pouvait pas retarder la poursuite de la mission et le retour à la base. C'est la reconnaissance du professionnalisme des camarades de l'A.L.A.T.

A Suippes l'Artillerie de la 1èreDivision est en séjour en Camp et celui de Suippes en particulier est, par excellence, à l'époque, le lieu de rendez-vous des artilleurs pour une à deux semaines par rotation de régiments. La B.C.A.D assure les servitudes diverses, les contrôles des régiments et met en œuvre chaque fois que de besoin ses radars. Le séjour à Suippes peut durer de quatre à six semaines suivant les caprices de la météo.
Le G.A.L.D.I.V 1 est du voyage avec quelques hélicoptères pour assurer les reconnaissances, les liaisons et la sécurité des tirs. Jean PAUL aussi, bien entendu
Après une séance de tir de nuit qui s'est prolongée jusqu'au petit matin, le radar anti-mortiers tombe en panne et le diagnostic du dépanneur tombe : il faut remplacer le magnétron ( le tube d'émission qui est en fait le cœur du radar). Il faut rapidement faire une liaison sur Trèves où se trouve notre maintenance. Il n'y a pas de temps mort ni de dimanche en manœuvres.
Je suis désigné pour accomplir la mission et je retrouve Jean PAUL (une surprise) à l'héliport où stationnent les aéronefs.
Un coup de fil de sa part à la base d'Etain pour s'assurer de la météo sur l'Argonne. C'est visuel nous dit-on. Nous décollons pour un périple d'une heure de vol environ, Trèves n'est qu'à 175 km de Suippes. Nous longeons le sud du camp où je reconnais au passage Massiges, Virginy et nous retrouvons la nationale que nous allons suivre comme un fil conducteur. Je consulte ma carte car nos camarades de l'A.L.A.T( J.P y compris) se font un malin plaisir à nous questionner par l'interphone de bord sur l'itinéraire qu'ils connaissent en général mieux que nous pour l'avoir pratiqué plus souvent. C'est la règle du jeu et l'on s'y soumet de bonne grâce. C'est aussi un bon entraînement à l'observation pour les reconnaissances.
Nous passons à hauteur de Varennes et sur l'Argonne la météo est moins bonne que celle annoncée. En réalité le brouillard s'épaissit, on distingue mal la route et Jean PAUL prend de l'altitude et maintien son cap. Nous devinons plus que nous le voyons Verdun puis Etain et à la hauteur de Briey ou de Thionville, me semble-t-il, l'appareil se dirige plein nord.
Je cherche des yeux la Moselle mais à nouveau la crasse revient et je remarque que Jean PAUL regarde à plusieurs reprises sa montre il me dit : "On ne doit plus être loin de la frontière maintenant". Je regarde machinalement ma montre, puis ma carte, puis le sol, enfin ce que j'en vois et je lui réponds aussitôt " : Pas fâché d'arriver, car je commence à avoir les yeux qui me sortent de la tête à force de scruter le sol. J'ajoute : tu es le maître à bord, je te fais confiance"
Quelques instants plus tard, le brouillard se lève et la route que nous apercevons est revêtue de bandes blanches. Jean PAUL semble satisfait, la frontière est passée, nous sommes en Allemagne Nous allons suivre la Moselle jusqu'à Trèves.
Devant nous se profile un carrefour important ( qui ne me rappelle rien, ni à lui d'ailleurs) Il perd de l'altitude et il se rapproche du sol pour que nous puissions lire à la jumelle les panneaux de signalisation. Stupeur, il y a écrit : Luxembourg 10km.
Nous n'avons pas envie de rire car nous sommes sur le territoire du Grand-duché et nous n'avons pas l'autorisation de survol. Je pense déjà dans ma tête aux ennuis qui vont nous tomber sur le dos et aux comptes-rendus qu'il faudra faire pour expliquer notre mésaventure.
Jean PAUL est serein. Il reprend de l'altitude, modifie son cap et lance sa machine dans la bonne direction, j'en suis sûr. En effet, la Moselle apparaît, avec ses péniches et ses coteaux recouverts de vignoble. Nous repassons du bon côté de la rivière et je reconnais les villages et l'écluse avant Kontz. Nous sommes tirés d'affaire.
Nous regagnons la terre ferme et nous commentons l'incident de vol qui n'a plus vraiment d'importance maintenant. Rassurés enfin, nous rions de notre méprise des bandes blanches luxembourgeoises
Le voyage de retour à Suippes n'a posé aucune difficulté, le soleil brillait et nous sommes convenu d'oublier cet épisode et de le garder pour nous. Plus de trente ans après, la prescription joue.
Jean PAUL m'avait donné ce jour-là la preuve de ses qualités de pilote et du responsable qui domine la situation.


(1) Groupe d'Aviation Légère Divisionnaire de la 1ère division. Lire également deux anecdotes associées à Jean PAUL
(2) (Aviation Légère de l'Armée de Terre
(3) Régiment d'Artillerie Lourde Divisionnaire
(4) Quatre missiles antichars SS11 filoguidés, si mes souvenirs sont bons
(5) Batterie de Commandement d'Artillerie Divisionnaire

 

Si vous possédez une photo (en portrait) de l'A/C Paul, merci de l'adresser au webmestre pour mise enligne.

Haut de page p

 
 

Mentions légales

 

Mise à jour de cette page le jeudi 23 février 2017 16:49;15

Site développé par JJ Chevallier sur MS Expression Web 4, hébergé par Website Out pour UNA-ALAT