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Un certain 24 Août...

Par JJ  "CVR" Chevallier
A la mémoire du Capitaine Jean Callet 2006 et du Lieutenant Etienne Mantoux 1945.
 
 
Piper L-4 "Grasshoppers", avion d'observation d'Artillerie en 1944.
(Plus d'infos sur les Piper ICI)
 

...1944, Paris 19 août, c'est l'insurrection, la résistance s'est emparée d'une partie de la ville, l'occupant réagit et contre attaque. Un grand nombre de résistants s'est retranché dans la préfecture de police. On espère l'arrivée des alliés.

La veille, à Laval, un émissaire FFI a renseigné le Général Leclerc sur la gravité de la situation dans Paris. Le général Leclerc est à la recherche du Général Bradley qui seul, peut lui permettre de foncer sur Paris.

Le 23 août vers 19h15 Bradley arrive du Mans où il a rencontré le Général Eisenhower. "Leclerc, justement !..." lance t-il... "C'est d'accord, foncez sur Paris"...

Les ordres sont donnés. Pour prévenir les insurgés, Leclerc envoie un Piper (n°329911) piloté par le Capitaine Jean Callet, accompagné du Lieutenant Observateur Etienne Mantoux, dropper un message au dessus des assiégés de la préfecture de police "Tenez bon, nous arrivons...". Ce 24 août vers 17h00 le capitaine Callet survole Notre Dame et la préfecture de police. Il pique sur les bâtiments. Le lieutenant Etienne Mantoux largue le tube, lesté de plomb et muni d'une traîne, contenant le message, qui tombe tout près de la préfecture.

 
 

Le Général LECLERC vous fait dire : Tenez bon, nous arrivons.

Lt. Colonel Ct. l'Artillerie 2è DB.

Lt. Col. CREPIN

 
Le compte rendu de la mission.
 
Le compte rendu de la mission verso
Le compte rendu de la mission.
 
Le capitaine Callet Le lieutenant Etienne mantoux
Capitaine Jean Callet      Lieutenant Etienne Mantoux
                                                    

Le général de corps d'armée Jean Callet était capitaine, pilote de Piper, il commandait la 25ème section d'observation d'aviation d'artillerie de la 2ème DB. Il est l'auteur de plusieurs livres dont "l'Honneur de Commander" et d'articles dont "Tenez bon nous arrivons" – dans la Revue historique des armées n°3, 1984, pp.20-22. D'après les derniers renseignements que j'ai eu, il serait décédé en 2006. L'ALAT lui aurait remis un insigne de brevet de pilote ALAT.

Etienne Mantoux était un jeune et brillant économiste, fauché par la mort dans les derniers jours de la guerre, le 29 avril 1945. Il était observateur à la 25ème section d'observation d'aviation d'artillerie de la 2ème DB. Titulaire de la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, de la Croix de Guerre avec palme et de l'American Air Medal.  Son nom fut attaché à la Base des Mureaux, 1er GHL, puis plus tard, à celle d'Etain-Rouvres, 3 ème RHC, où une stèle lui a été érigée.

 

Photo B/C Siva.

1990 le Général de corps d'armée (2S) Jean Callet sur la Base Etienne Mantoux, 1er GHL, Les Mureaux, avec l'auteur de cette page.

 
21 août 2014 : Lors d'une de ses visites au 1er GHL en 1990, j'ai eu un entretien assez long avec le GCA Jean Callet où j'ai pu lui poser des questions sur cette mission historique.
J'avais pris des notes durant notre entretien et les avait mises au propre à l'issue de cette conversation, je viens de retrouver ces notes que j'avais enregistrées sur une disquette à l'époque et que j'ai eu la bonne idée de sauvegarder beaucoup plus tard sur un CD, c'est ce CD que je viens de retrouver cet après-midi et qui me permet de modifier cette page.

 

« Nous étions à Rambouillet ce 24 août en début d’après-midi et là, je reçois un ordre surprenant me demandant d’aller survoler Paris pour y larguer un message du général Leclerc sur la préfecture. A cette époque les Piper avaient interdiction de voler au dessus des lignes ennemies sauf cas de force majeure et cette mission en était un. Un officier de liaison, le capitaine Rigini, me décrit la situation dans Paris, m’expliquant que la capitale est entrée en guerre contre l’occupant le 19 et que les opérations sont dirigées par la préfecture de police près de l’Ile St Louis. Ces informations ont été données par des agents de liaison venus clandestinement de Paris pour rencontrer Leclerc et lui demander de marcher sur la capitale car la situation y est dramatique. Ma mission est simple, tout en observant la situation sur l'itinéraire, larguer un message de quatre mots sur la préfecture. « Tenez bon, nous arrivons. »
Depuis le matin tous les avions de ma section étaient cloués au sol par des averses de pluie qui tombaient en trombe, le temps très orageux en raison des forte chaleurs de ce mois d’août ne nous permettait pas de voler. Avec Etienne mon observateur nous pestions de ne pouvoir effectuer la mission. Fort heureusement le front orageux s’est éloigné et j’ai décidé de décoller vers 3 heures de l’après-midi. Nous avons quitté Rambouillet pour Arpajon.
A 17h30 nous redécollons d’Arpajon pour Paris, durant le vol de nombreuses pensées nous traversent l’esprit, je me souvient d’avoir cité Montherlant : “Savoir enfin ce qui compte et ce qui ne compte pas. Et nous en tenir à ces clartés que nous avons délimitées sous le soleil de la mort.” Et Mantoux ajoute : “Oui mon capitaine, mais nous en tenir à ces clartés que nous ALLONS délimiter sous le soleil de la mort”. J’avais aussi pensé à une phrase du Chant des Francs : “Les heures de la vie s’écoulent… Nous sourirons quand il faudra mourir.”
C’est en nous camouflant en jouant avec les bases des cumulus que nous rejoignons Paris sans  problèmes. Et à 18h00 nous sommes en vue de l’objectif que je ne sais pas trop comment aborder. Je suis au dessus de la Seine, au bout de l’Ile de la Cité, à 800m, lorsque j’annonce “Attention, je vais piquer!”. Mon idée étant de tromper l’ennemi en lui faisant croire que l’avion tombe. Au dessus de Notre Dame je redresse brutalement et engage un virage à environ 40 m au dessus de la préfecture où Etienne largue notre précieux message en me criant “Message lancé”. Il tombera au bon endroit mais ça nous ne le sauront que le lendemain lorsque Leclerc nous félicitera et nous dira que le message est bien arrivé.
A la suite de cette manœuvre des traçantes passent devant l’avion elles montent de la rive gauche, si je ne corrige pas ma trajectoire nous sommes cuits. Je pique au ras des toits pour m’éloigner mais les tirs se succèdent tout au long de notre itinéraire. Au Kremlin Bicêtre il y a un choc terrible au niveau du train d’atterrissage, les mitrailleuses ne nous font pas de quartier et ne nous lâchent pas jusqu’à la grande banlieue que nous atteignons en zigzaguant, cela nous paraît interminable.
Nous finissons par atteindre la campagne puis la région de Montlhéry où nous finissons dans une prairie pratiquement sans train d’atterrissage à droite, l'avion couché sur l'aile droite, mais vivants.

13 impacts de balles seront relevés sur l'appareil. »

 

 
 

Sur cette photo : le 3ème à partir de la gauche est le capitaine Jean Callet, pilote, commandant la section, avec son observateur, le lieutenant Etienne Mantoux, † 29 avril 1944 , 5ème à partir de la gauche

 

PELOTON D'AVIATION D'ARTILLERIE DE LA
2
ème DIVISION BLINDEE

64ème RA, 40ème RANA, 3ème RAC

Créé le 7 avril 1944, le peloton comprend les 25e, 27e, 31e et 32e SOAA. Le premier appareil est perçu le 19 juin 1944, en Grande-Bretagne. Les huit avions du peloton traversent la Manche le 6 août, pour atterrir en Normandie. Dans l'après-midi du 24 août, un Piper du peloton, piloté par le capitaine Jean Callet avec le lieutenant Etienne Mantoux, survole la préfecture de police de Paris pour y larguer un message du général Leclerc aux insurgés : "Tenez bon ! Nous arrivons." Au 25 août 1945, ses quatre sections sont stationnées à Nemours. Elles se déplacent sur Barbizon dans le courant du mois de novembre.

Dissous le 1er août 1946 pour former avec deux sections le Peloton Avions du 33e RA et avec une autre le Peloton Avions du 25e RA.
La tradition du peloton est recueillie par le 1er GHL, depuis le 22 avril 1980.

Chaque section est généralement composée de :

  • deux appareils L-4B ou L-4H,

  • deux pilotes, deux observateurs artilleurs et un mécanicien de l'Armée de l'Air,

  • un sous-officier radio, un aide-mécanicien, un radio européen, trois chauffeurs indigènes de l'artillerie,

  • une Jeep et une camionnette Dodge ou camion GMC.

 

25e SOAA Rattachée au POA/2e DB (AD), la section est créée en avril 1944. Elle perçoit son premier appareil le 19 juin. Dissoute le ??

27e SOAA Rattachée au POA/2e DB (XI/64), la section est créée le 7 avril 1944 avant d'embarquer pour l'Italie. Affectée à la 2e DB, elle part pour la Grande-Bretagne. Débarquant à Varville le 2 août 1944, elle participe à la libération de Paris. Puis, c'est la campagne des Vosges et l'Alsace d'où elle part le 15 février 1945 pour participer aux combats de la poche de Royan. Elle regagne l'Alsace le 26 avril et arrive à Berchtesgaden le 4 mai. Dissoute le ??

31e SOAA Rattachée au POA/2e DB (40e RANA), la section est créée le 7 avril 1944. Dissoute le ??

32e SOAA Rattachée au POA/2e DB (1/3e RAC), la section est créée le 7 avril 1944. Dissoute le ??

Les codes portés par ses aéronefs sont ceux en usage au sein de la 3e Armée américaine (nombre 72 pour la division et une lettre par appareil, de part et d'autre de la cocarde américaine, drapeau tricolore sur la dérive verticale et trois bandes d'invasion blanches) :

 

A-72

EM de la 2e DB (25e SOAA)

B-72

EM de la 2e DB (25e SOAA)

C-72

XI/64e RA (27e SOAA)

D-72

XI/64e RA (27e SOAA)

E-72

40e RANA (31e SOAA)

F-72

40e RANA (31e SOAA)

G-72

1/3e RAC (32e SOAA)

H-72

1/3e RAC (32e SOAA)

Source : Christian Malcros : www.alat2.fr

 
 
 

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