.
 
.




   



L'ALAT des pelotons en Algérie...

par le général André Martini

Il était une fois dans les Aurès...

par le S/Lt Hugues Bouvard

Opération dans le Bou-Zegza...

Par Pierre Bertrand

Piper du GAOA n°3 dans le Grand Erg Occidental...

Par les Ltns Richard et Pennaneac'h  

Bouclage au Sud d'Uzes le Duc...

Par Maurice Vaucelle

Les Piper de Chéragas 1958...

Par Maurice Vervoort

A Berrouaghia et Djelfa avec le P.M.A.H. de la 20eme DI...

Par Daniel Rougeaud

Convoyage vers Sidi-bel-Abbès...

Par Gérad Politis

A Chéragas au GALAT n°3...

Par Gérad Politis

Souvenirs d'un Observateur Pilote appelé en Algérie ...

Par le S/Lt Yves Quiniou

La petite histoire d'un mécano hélico...

Par Claude Dombrovsky

Chaleur...

Par Maurice Vervoort

EVASAN dans le sud algérien...

Par le colonel Ange Baggioni

Vol d'automne 1957...

Par Francis Beaulier






L'ALAT des pelotons en Algérie...
par le général André Martini

Merci au caporal ASCH qui dans le numéro 98 me met la pression et me rappelle à mes engagements. Moi qui, lâchement, comptais reposer - dans les deux sens- un peu ma plume me voilà contraint de la reprendre et de conter l'histoire des pelotons. Je la connais bien, l'ayant vécue en Grande Kabylie sur L 19, la Cadillac des avions d'observation, n'est ce pas mon cher capitaine Oldra, puis dans l'Ouarsenis sur L 21. Ce préambule immodeste pour ceux qui, ne me connaissant pas, pourraient me reprocher quelque ostracisme envers les L 18, 19 ou autres au prétexte que j'ai parlé des hélicos avant de leur rendre hommage. La réalité est plus simple, j'avais sous la main une documentation sur les hélicos et je n'avais pas encore rassemblé celle sur les pelotons. Voilà qui est fait et je m'exécute avec un plaisir non dissimulé car remontent ainsi à la surface bien des visages amis et des souvenirs..

Le contexte.

A la fin de la guerre d'Indochine, l'aviation légère de l'armée de terre n'a toujours pas d'existence légale. Seule l'ALOA exclusivement dédiée aux missions d'artillerie a été officiellement reconnue par le décret de 1952. Depuis et à plusieurs reprises, l'état-major a sans succès tenté de faire promulguer un nouveau texte créant l'aviation légère de l'armée de terre. A la fin de 1954 le but est presque atteint quand un revirement du secrétaire d'état à l'air remet tout en cause. Finalement le chef d'état-major de l'armée de terre doit se contenter de créer le commandement de l'ALAT en novembre 1954. Cette décision fait suite à celle de constituer au sein de l'état-major une section spécialisée dans le traitement des problèmes liés à la troisième dimension.
S'appuyant sur les enseignements de la guerre d'Indochine, l'armée de terre aborde la guerre d'Algérie avec des idées précises sur l'utilisation de la troisième dimension, qu'elle entend bien appliquer.

Elles estime que :

- l'efficacité de l'observation aérienne étendue au-delà des besoins de l'artillerie n'est plus à démonter. Il y faut des moyens adaptés, plus nombreux qu'en Indochine, décentralisés et aux ordres directs des forces terrestres.
- l'hélicoptère est le moyen d'obtenir une supériorité locale grâce à la surmobilité qu'il confère aux troupes engagées et à la capacité de manœuvre qu'il offre,
- l'appui feu rapproché doit être réalisé avec des moyens appropriés et ne doit pas dépendre pour sa mise en œuvre d'une chaîne de décision processionnelle.

Il nous faut dire un mot également de l'état d'esprit dans lequel l'armée de l'air aborde le conflit algérien.

En Extrême-Orient les responsables aériens ont souvent critiqué, en particulier, l'insuffisance de liberté accordée selon eux à l'aviation et la non utilisation du réseau d'appui aérien. L'extension des missions de l'ALOA au delà des limites fixées par le décret de 1952, l'importance prise par les hélicoptères au sein de l'armée de terre lui font penser qu'elle est soumise à un grignotage de ses prérogatives. La prétention de l'armée de terre à disposer d'un appui aérien propre lui est insupportable, elle qui a souffert en Indochine de l'absence d'une véritable aviation légère d'appui.

Pour ne pas être soumise aux mêmes critiques qu'en Indochine, l'armée de l'air adopte d'emblée une organisation décentralisée avec trois GATAC correspondant aux régions de Constantine, Oran et Alger. Chaque GATAC dispose de postes de commandement Air, PCA, qui sont autant d'organismes de décentralisation auprès des forces terrestres. Elle met en œuvre une importante aviation légère destinée à l'appui des forces terrestres dans des missions de recherche du renseignement, d'appui feu et de guidage de l'aviation d'intervention. A la recherche d'un matériel adapté à la lutte anti-guérilla l'armée de l'air opte initialement pour le North American T-6 aux performances assez médiocres avant de le remplacer par le North American T-28 Fennec qui dispose d'une plus grande puissance de feu.

Les pelotons en Algérie.

Lorsque la guerre commence, il y a en Afrique du Nord trois GAOA respectivement implantés à Fès, à Sétif et à Tunis. Ils sont équipés de Morane et de L 18. En Algérie, l'organisation qui se met en place est calquée sur les grands commandements terrestres : un commandement de l'ALAT en 10ème RM et trois groupements respectivement à Alger, Oran et Constantine qui coiffent un nombre variable d'unités. L'école d'application de l'ALAT s'installe fin août 1957 à Sidi Bel Abbès.
On voit que les moyens d'observation et l'organisation de l'armée de l'air entreront naturellement en concurrence avec les moyens et l'organisation de l'ALAT. Du moins c'est la perception que les états-majors en auront, car comme cela avait été déjà relevé à propos de l'Indochine, les meilleures relations de camaraderie s'établiront entre les cadres des pelotons et ceux de l'armée de l'air. Installés sur le même terrain, dans les mêmes conditions rustiques, échangeant des missions, se passant des informations à l'issue des reconnaissances à vue des uns ou des autres, se comprenant à demi mot lors des interventions de guidage, éprouvant les mêmes peines, aviateurs et terriens se sont parfaitement entendus. Au fond il ne manquait aux premiers que le béret bleu...

Dés le début des hostilités la nécessité de renforcer les moyens d'observation apparaît. Sur les recommandations du commandement de l'ALAT en la personne du chef d'escadron Razy deux GAOA de marche à deux escadrilles chacun ont été mis en route au début de 1955. L'objectif est de doter chaque division d'un peloton. Il sera rapidement atteint. Dans le même temps 50 avions d'observation L 19 A sont achetés aux Etats-Unis.

A la fin de 1960 la situation est la suivante :

- tous les pelotons sont dotés de L 18 pour les petites liaisons et les accompagnements de convois, et de 6 avions d'armes pour les missions de guerre,
- les avions d'armes se répartissent a ainsi :

7 pelotons sont équipés de L 21
9 pelotons sont équipés de Nord 3400,
13 pelotons sont équipés en L 19.


Parmi les pelotons, 17 sont mixtes et comprennent des avions et des hélicoptères :

5 PMAH sont dotés de Djinn,
4 PMAH sont dotés de Bell
8 PMAH sont dotés d'Alouette II
A la fin de la guerre on comptera en Algérie 32 pelotons dont 17 sont mixtes.

Les pelotons divisionnaires jouent un double rôle.
D'abord en remplissant des missions opérationnelles telles que la recherche de renseignement, l'accompagnement de troupes, le guidage de la chasse, la protection des convois, les réglages d'artillerie. Toutes missions dont l'Indochine avait révélé l'importance et qui avaient été déjà entrevues pendant la campagne de France. De nombreuses relations d'interventions de Piper existent dans la littérature militaire et il n'est pas nécessaire de les reprendre ici. On pourra utilement se référer aux livres de Le Mire, Histoire militaire de la guerre d'Algérie, paru en 1988 chez Albin Michel et de Pierre Montagnon La guerre d' Algérie édité en 1984 par Pygmalion.
Mais les pelotons ont aussi largement concouru à la formation de la culture aéromobile de l'armée de terre en accoutumant les forces terrestres à la présence d'un moyen aérien et en les familiarisant avec les procédures d'utilisation. Dans les années 1960 en Algérie, au plus fort de l'activité opérationnelle, on compte environ un avion ou un hélicoptère appartenant à un peloton pour 900 combattants alors qu'en Indochine ce ratio était de 2200. Il y donc une grande familiarité entre l'ALAT des pelotons et les combattants au sol d'autant que les observateurs, pour la plupart ont combattu au sol avant de rejoindre l'ALAT. A la fin de la guerre, les fantassins, les artilleurs, les cavaliers et les autres connaîtront l'ALAT. Rares seront les cadres qui n'auront pas eu l'occasion, un jour ou l'autre, de trafiquer sur le channel 16. Ils s'en souviendront.

A l'usage de ceux qui n'ont pas connu cette expérience, deux points doivent être soulignés :

- l'importance de l'équipage tout d'abord. L'observateur a beaucoup de travail : les radios à régler, les cartes à trouver, la chasse à guider, les troupes au sol à renseigner, la relève qui s'annonce (toujours trop tôt) à briefer, les fells qu'il ne faut pas perdre de vue. Le rôle du pilote est essentiel, il prend des liaisons radio à sa charge, place son observateur dans les meilleures conditions possible pour observer, manœuvre astucieusement pour larguer au bon moment et au bon endroit la grenade fumigène, surveille lui aussi les fells. Entre les deux le dialogue est permanent. Et lorsque sur le chemin du retour le pilote, bon prince, passe les commandes à son observateur pour qu'il puisse se détendre un peu, c'est une équipe qui rentre au bercail.

- le rôle exaltant joué par les observateurs, pour la plupart jeunes officiers, à qui le privilège de dominer la situation confère une marge d'initiative et des responsabilités sans rapport avec leur grade. Combien de commandants de régiments, et pas des moindres, ont demandé à l'observateur de guider et de manœuvrer leurs compagnies sur l'ennemi... . Il faut dire que l'observateur a quelques avantages : il est chez lui, dans une région qu'il connaît parfaitement, il sait, il sent, il observe et il voit. Lorsque ces cadres rejoindront la métropole, ils auront acquis une aisance en vol et une expérience qui leur permettront de s'adapter sans problèmes majeurs au nouveau cadre d'emploi qui les attend.

Nous arrivons ainsi à la fin des guerres coloniales et il nous faut conclure cette période avant d'aborder l'aéromobilité pendant la guerre froide dans un prochain numéro.

Les guerres coloniales sont l'occasion pour l'armée de terre de confirmer son besoin d'un appui aérien intégré sous toutes ses formes. Ce faisant, elle est cohérente avec les idées défendues depuis la création de l'armée de l'air : il y a deux niveaux d'appui aérien, celui, planifié, que l'armée de l'air délivre au delà de l'espace de combat proprement dit, et celui qui est lié à l'action des forces terrestres et réclame, pour être efficace, réactivité et connaissance intime du milieu. Seuls des moyens intégrés à l'armée de terre et à ses ordres directs peuvent satisfaire ces contraintes.
L'aviation d'artillerie qui est arrivée en Indochine dans ; les wagons de son arme en repart ayant vu reconnaître son utilité bien au-delà des réglages de tirs et ayant atteint un statut interarmes. L'armée de l'air, de son côté, n'a pas réussi à faire valoir ses idées en Indochine. Elle la quitte meurtrie par les accusations souvent injustes qui lui sont faites de négliger le combat terrestre et elle compte bien ne pas encourir les mêmes reproches en Algérie. Mais sur ce territoire, compte tenu de son étendue et du caractère très décentralisé des actions qui y sont conduites, l'armée de l'air malgré une organisation qu'elle tente au mieux d'adapter, ne parvient pas à supplanter l'aviation de l'armée de terre que ce soit dans le domaine de l'observation aérienne ou dans celui de l'héliportage. Au contraire, l'armée de terre démontre sa capacité à gérer des flottes importantes d'aéronefs et à les mettre en œuvre. Les tentatives pour absorber tout ou partie des moyens aériens de l'armée de terre seront des échecs.

Les guerres coloniales permettent donc à l'aviation de l'armée de terre de démontrer sa capacité à satisfaire les besoins de son armée, de prouver que la tutelle technique de l'armée de l'air ne lui est pas nécessaire et donc de se défaire complètement des liens qui la rattachaient à elle.
Le réflexe " troisième dimension " s'est développé d'une façon homogène dans tous les corps de l'armée de terre qui est intellectuellement prête à intégrer l'aéromobilité moderne dans son concept d'emploi des forces.

Soulignons enfin que toutes ces innovations, tactiques et techniques, se sont développées dans le cadre d'initiatives locales permises et encouragées par la hiérarchie. On ne retrouvera plus cet esprit pionnier. Le retour en métropole verra une prise en main progressive mais irrépressible des services officiels sur la définition des matériels, leurs modifications et leur expérimentation. La politique industrielle prendra le pas en de nombreuses circonstances sur les besoins de l'armée de terre promue tuteur de l'industrie hélicoptères sans toujours être associée aux décisions stratégiques.

.
 

Mentions légales

 

Mise à jour de cette page le jeudi 23 février 2017 16:49;26

Site développé par JJ Chevallier sur MS Expression Web 4, hébergé par Website Out pour UNA-ALAT