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L'ALAT des pelotons en Algérie...

par le général André Martini

Il était une fois dans les Aurès...

par le S/Lt Hugues Bouvard

Opération dans le Bou-Zegza...

Par Pierre Bertrand

Piper du GAOA n°3 dans le Grand Erg Occidental...

Par les Ltns Richard et Pennaneac'h  

Bouclage au Sud d'Uzes le Duc...

Par Maurice Vaucelle

Les Piper de Chéragas 1958...

Par Maurice Vervoort

A Berrouaghia et Djelfa avec le P.M.A.H. de la 20eme DI...

Par Daniel Rougeaud

Convoyage vers Sidi-bel-Abbès...

Par Gérad Politis

A Chéragas au GALAT n°3...

Par Gérad Politis

Souvenirs d'un Observateur Pilote appelé en Algérie ...

Par le S/Lt Yves Quiniou

La petite histoire d'un mécano hélico...

Par Claude Dombrovsky

Chaleur...

Par Maurice Vervoort

EVASAN dans le sud algérien...

Par le colonel Ange Baggioni

Vol d'automne 1957...

Par Francis Beaulier







Il était une fois dans les Aurès...
par le sous lieutenant Hugues Bouvard U

Alain Ribon et Hugues Bouvard (votre serviteur) sortirent Aspis E.O.R., Ecole d’Artillerie de Châlons sur Marne, en Décembre 56, et volontaires pour l'Algérie et l'ALAT, étant tous deux pilotes civils, 1er et 2ème Degré. Lors de l'Amphi Garnison, notre classement nous permit de choisir... le GAOA 3 (Sétif, base Aïn-Arnat).
Nous sortions de la 54ème Promotion. Cette promo suivait celle dont le Président était un certain LAGAILLARDE, qui fit parler de lui quelques années plus tard...

 

Première période : sur la Base d'AÏN-ARNAT... et ses environs.

 

Nous embarquâmes le 5 Janvier 57 à Marseille, sur le Ville de Marseille, en classe touriste, car nous n'étions que des Sous Officiers ... supérieurs, il paraît, et c'est le lot des Aspis.
Le 6, nous arrivons à Alger, ambiance de conflit, puisque, à cette époque, il n'est pas question de guerre.
Le 7, nous prenons le train pour Sétif, et sommes accueillis à l'arrivée par le Brigadier-chef ROBERT sur le terrain d'Aïn-Arnat. Nous faisons connaissance avec le GAOA 3, le Cne DURAND qui commande la Base d'Aïn-Arnat, son secrétaire, le S/Lt WILLIEN, appelé lui aussi, les pilotes MDL et MDL-Chefs, POTARD, NEOLAS, LAPORTE, FAIVRE... C'est le Ltn GOSSIAUX qui me pilote, en L18, pour le vol... d'accoutumance; le 8, c'est le premier vol en Algérie, celui qui ouvre mon carnet de Vol Militaire.
Nous commençons le Stage Observateurs : recherche de points, navigations, etc, aux fins d'obtenir le Brevet Observateur (N°531 pour moi).
Puis, très lentement – trop à notre gré – commence le stage de pilotage sur le terrain de Saint Arnaud, petit terrain de dégagement d'Aïn-Arnat. Nous obtenons le CPAP (N°364 pour moi). Nous devenons donc prêts pour aller en opérations. Alain est affecté à BATNA et me quitte.
Pour moi, l'affectation tarde et je commence à me douter que le Cne DURAND veut me garder pour remplacer WILLIEN, lui qui arrive en fin de temps. Cela n'est pas du tout ce que je souhaite, n'étant pas venu en Algérie pour faire de la paperasse. Aussi, un Dimanche où le Cne DURAND et moi sommes de permanence à la Base, je lui demande, à brûle-pourpoint, une permission de 24 heures pour me rendre en France, soi-disant pour voir mon frère. Devant son étonnement et à sa question du pourquoi, je lui indique que c'est pour demander à mon frère, ancien et réserviste actif du 11ème Choc, de me faire muter dans les Paras, car j'ajoute que je ne suis pas venu en AFN pour faire de la paperasse. Je me fais virer du bureau du Cne DURAND, mais à peine quelques jours après cette altercation, je suis muté sur... BATNA ! et je rejoins mon ami Alain.

Que dire sur le séjour à Sétif Aïn-Arnat ?

- que nous avons fait connaissance avec le relief de la Kabylie et aussi avec ce qui nous attendait au travers des quelques OPS. que nous avons faites.

- que nous avons fait connaissance avec le GH-2 et son Patron le Cdt CRESPIN, son adjoint le Cdt PUY-MONTBRUN, ses équipages, ses appareils, et même nous avons vu les essais du Djinn, et avons sympathisé avec les metteurs au point du tir du SS 11 embarqué sur Bell.
- qu'également nous avons connu les Marins de la 31 F équipés de "Bananes".

- qu'enfin, j'ai eu la triste mission d'accompagner la commission d'enquête de l'Armée de l’Air en tant que photographe, sur les lieux du crash de 2 P.47 : ils avaient percuté les parpaings kabyles, pris par le plafond très bas (un troisième appareil avait pu passer au-dessus de la couche). Triste mission et triste spectacle.

 

Deuxième période : les Aurès-Némenchas, Base de BATNA (Mai 57 au 3 Janvier 58).

 

Nous faisons connaissance avec le détachement du GAOA 3, précédemment commandé par le Cne BERNIAU et à l'époque par le Lt de BAILLENX. Ce détachement a déjà une histoire, écrite par ceux qui nous ont précédés et qui sont encore là pour la plupart : Lt DUBOURG, MDL BERTRAND, LENIAUD, SALMON, HUET, et j'en omets tels DARRIET, LAPORTE, LANGLET, FAIVRE... et puis aussi le Lt MAZIER.
Les Opérations se succèdent à un rythme effréné, avec au sol des Unités prestigieuses comme les 8ème ,18ème RCP, la 13ème D.B.LE., le 7ème RTA, etc... La Zone est commandée par le Général VANUXEM. Les bilans sont souvent très importants, les trous dans nos avions aussi. Les balisages de DZ hélicos, les guidages Chasse, et quelques réglages d'Artillerie succèdent aux multiples accompagnements de troupes ou les protections convois.

Malheureusement, à l'époque où Alain et moi allions recevoir nos galons de S/Lts appelés, sur une OPS., Alain et son pilote MICHALSKI se font seringuer sévèrement : sept impacts et trois blessures pour le pauvre Alain, triste 20 Septembre 1957. Alain est ramené à la Base par MICHALSKI avec un appareil touché au moteur. II est hospitalisé à Batna, puis évacué sur Paris, Val de Grâce. Il a trois graves blessures qui l'handicaperont sérieusement pour l'avenir. Je le reverrai à Dax en 61 ou 62, lors d'un rassemblement ALAT au cours duquel il lui sera remis une Légion d'Honneur, tardive mais bien méritée, par le Cdt MERGUAULT, qui me remet également ma 2°C.V.M., dont je reçus l'avis en Algérie, avant mon départ. Entre temps, nous touchâmes les L19. Fabuleuses machines! Les MDL-Chefs FRANÇOIS et LABOUROIRE nous transformèrent sur celles-ci.

Le détachement du GAOA 3 se mute en Peloton Avion 21ème DI. Son premier Patron, le Cne VALETTE était un As de l'observation, et un homme très... direct, pour preuve cette remarque à un journaliste : « L'Armée accepterait d'être mal payée, si elle était bien considérée; elle tolérerait d'être mal considérée, si elle était bien payée. Or, elle est mal payée et mal considérée. » (sic).
Notre Patron disparut le 10 Octobre 57, abattu avec son Pilote le Chef PERONNE sur une OPS. sévère. Je revenais de mission quand j'entendis sur ma radio, Canal 16 bien sûr, sa disparition. Etant proche, je fus aussitôt sur les lieux : l'appareil brûlait au sol. À court d'essence et la relève arrivant, je rentrai sur Batna. Une triste mission que de réunir les effets personnels. Puis nous veillâmes nos compagnons disparus. Adieu camarades.
Le Cne Vallettte fut remplacé par le Cne LELANDAIS, ancien de l'Armée de l'Air, volontaire pour l'Algérie; mais, jugé trop âgé par l'Air, il opta pour l'ALAT, qui fut très heureuse d'accueillir ce pilote chevronné, banané (décoré) comme pas un !
Et la bataille continua, avec des OPS. très dures. Nous fûmes rejoints par de nouveaux pilotes GANTELET, MIELOT. Les anciens étaient aussi toujours là. Nous vîmes arrivés de nouveaux Observateurs d'Active tels BONOTEAU, KOCH, DEBRAUX; des appelés : GUILEMSHANS, MARLIO, RENAULT... Le Cne LELANDAIS et Lt DEBRAUX disparurent, abattus en OPS. en 1958 [note ci-dessous]. Avec ses morts, le PA 21ème DI mérita le triste surnom de Peloton de la mort !

Le GAOA 3 me fit rapatrier sur SETIF le 3 Janvier 58 ; je quittai Batna, les Aurès et mes amis du P.A. 21ème DI avec beaucoup de regrets.
Je garde aussi un très bon souvenir de nos amis de l'Air, nos voisins sur la base, les T6, (les MARQUIS), que nous appelions souvent, en OPS., et pour lesquels nous balisions les objectifs à straffer. lls étaient aussi très amateurs de voler sur nos... trapanelles, avions de papier, etc. et nous étions pour eux la petite chasse. Nous leur échangions des vols sur Piper contre des vols sur T6, c'était... EXTRA! Cela me permit de faire des missions en T6 avec le Lt SOUIL et le Chef LATIL, entre autres. Tournons la page des AURES-NEMENCHAS.

Troisième période : le SUD COLOMB-BECHAR.

 

Le GAOA 3 m'expédia à Colomb-Béchar avec le Lt PENNANEAC'H, les pilotes DARRIET, LEFRANC, un Mécano et bien sûr, 2 L19.

Après 6h30 de voI et deux escales, nous nous posons sur la BASE énorme de Colomb-Béchar au milieu d'une armada de tous types d'appareils : cela va du JU 52 (d'origine ...) au MYSTERE II, entre autres ..!
Nous sommes le détachement opérationnel, précurseur de la création d'un Peloton Avions. Nous allons donc participer aux Opérations du Secteur. Un mot pour signaler que nous crevons littéralement de froid la nuit, étant logés dans des baraques métalliques non chauffées... Je ne vous dis pas la T° la nuit, en Janvier à Béchar !!!. (Plusieurs degrés en-dessous de o°, brrrr...).
Nous participâmes alors à quelques OPS. sans grands succès, mais j'eus la chance, sur l'une d'elle, de découvrir une bande rebelle, et de pouvoir ainsi améliorer le Tableau. Je fis appel aux moyens aériens et me voilà fourni d'un assortiment allant du JU 52 de... bombardement! (on pousse les bombes au pied par la porte!), au MYSTERE pour le straffing... Néanmoins, nous obtenons, avec les troupes au sol, un honnête bilan. Cette OPS. eut les faveurs de la Presse Parisienne, s'il vous plait, et... des ennuis diplomatiques avec le Maroc. Ah!... ces frontières mal tracées dans les parpaings et le sable ...!

Une anecdote :
Sur la base, le Contrôle Aérien était très strict sur la procédure radio d'approche. Il fallait notamment s'annoncer : « Dernier virage, train sorti, verrouillé » Aussi, un Pilote de JU 52, s'annonça-t-il : « Dernier virage, train sorti, verrouillé... depuis 25 ans. ». Cela fit rire toute la Base, même les contrôleurs... !

Puis, le 30 Janvier 58, nous sommes rappelés sur Sétif que nous rejoignons de nouveau en 6h30 de vol par un temps exécrable, mais grâce à un vol remarquable de nos pilotes (Darriet en particulier), et une navigation également remarquable de Pennanéac'h. À certains moments, nous volions à quelques mètres, à peine .... de la planète, mais, ouf, nous arrivons sur Aïn-Arnat sains et saufs.
Cela clôt la période Sud Algérienne.

Quatrième Période : surveillance et protection des Pétroliers.

 

Je fais quelques OPS. comme pilote avec l'Aspirant PERNOT, un appelé Observateur, et ce dans la région de Sétif. Puis le 6 Février, je suis envoyé avec le Lt RICHARD et deux pilotes, deux L19, etc... sur Hassi-Messaoud. Les deux pilotes sont des moustachus, POTARD et HUET.
Tous les matins, l'un de nous balaie le Pipe [ndlr : pipe-line] afin de vérifier s'il n'y a pas de voisinage... dangereux, l'autre surveille les alentours des sondes en action et assure le contact avec leurs personnels. Nous avons, comme appui au sol, une CSPL (Compagnie Saharienne Portée de la Légion ). Le voisinage avec les Pétroliers, installés dans un Camp "4 Etoiles" conditionné, gardé par des miliciens... armés, est un peu tendu au départ : ils nous font déposer nos armes personnelles, lorsque nous allons rendre visite à leur Patron. Mais comme nous sommes sollicités par les Pétroliers eux-mêmes, pour des largages de courrier ou autres objets sur les sondes, du fait de nos missions, cela met de l'huile dans nos rapports et... un peu de ravitaillement culinaire dans nos modestes repas militaires de campagne... saharienne. NO COMMENT.
Je reste peu de temps sur Hassi-Messaoud, car le Cne TARRIDE vient me rapatrier sur Sétif. Néanmoins, je ramène la Photo du puits de Mr Messaoud, photo du vrai puits HASSI-MESSAOUD, autour duquel il y aura plus tard une Ville !!!
Fin de la période du...Tourisme Pétro-Saharien .
À Sétif, je fais quelques liaisons comme pilote sur Reghaïa, Batna, Alger Maison-Blanche, Laghouat, etc...
Et le 19 Février, je pars pour l'EST algérien en détachement.

 

Cinquième Période : en OPS. dans la Région de GUELMA.

 

Le détachement, en appui du P.A. de Guelma, se compose comme suit : Lt de BAILLENX et S/Lt BOUVARD Obs./Pilotes, MDL MIELOT et GODEFROY, pilotes , un Mécanicien.
Les Opérations de ce Secteur sont managées par le Colonel JEANPIERRE et son régiment, le 1er R.E.P.; inutile de dire que cela... chauffe. Les tentatives d'infiltration de katibas entières de HLL sont monnaie courante dans cette région. Ce qui se traduit par des bilans très importants, tant au plan du nombre de HLL au tapis, qu'à celui des armes variées récupérées; hélas, parfois, des pertes dans nos rangs, pertes en hommes, toutes Armes confondues. Il était courant que nous nous fassions allumer par des armes automatiques, dont la fameuse MG42 (arme automatique des forces Allemandes, à une certaine époque...).
Inutile de préciser que nous les avions à zéro lorsque nous balisions leurs emplacements au profit de la Chasse. Heureusement, grâce à la virtuosité de nos pilotes, (merçi MIELOT!), nous pouvions faire du bon travail. La Chasse, derrière nous, en prenait, elle aussi, plein la... Nous sommes passés au travers. Ouf !.

Le 3 Mars, le GAOA 3 me rapatrie sur Sétif, la libération approche.
À Aïn-Arnat, je passe mes derniers jours en effectuant comme pilote, soit des liaisons, soit des vols d'entraînement pour les nouveaux Observateurs.

Puis, le 7 Mars 1958, dernier vol sur l'Algérie avec beaucoup de... mélancolie. Je pars sur Alger par ... le train ! comme chef de détachement des libérables. Nous embarquons sur le Ville d'Oran, mais cette fois, je suis en 1°Classe (car je suis maintenant Officier..!). Traversée... mouvementée, avec des collègues libérables eux-aussi. Nous avons appliqué le vieux principe : « Tant que cela descend, cela ne remonte pas».
À Marseille, je saute dans un avion pour Paris-Orly où la famille m'attend : N, I, ni, l'Algérie ....c'est FINI !!!!!... Finie la GRANDE AVENTURE.

Pourquoi ce récit ?
Actuellement, nous sommes... bassinés par les incitations aux «Devoirs de Mémoire». Devoir de Mémoire de ceci, de cela. Un de ces prochains jours, il nous sera sans doute demandé le Devoir de Mémoire pour savoir pourquoi Eve aurait trompé Adam... !!.
Soyons sérieux, et puisqu'il y a Devoir à faire, j'ai jugé bon de témoigner de ce qu'ont pu faire des Appelés et aussi des Rappelés, aux côtés de leurs camarades d'Active en AFN : tout simplement leur Devoir, pour que, dans notre cas en particulier, l'ALAT soit ce qu'elle est maintenant, une GRANDE et BELLE ARME. (Les hélices ont simplement changé de plan, du vertical à l'horizontal, avec les Hélicos !)

J'ose espérer que d'autres appelés parmi les Anciens suivront mon exemple et se raconteront, plus et mieux que moi. C'est mon vœu le plus cher.

Piper TANGO.

 
 
 

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Mise à jour de cette page le jeudi 23 février 2017 16:49;26

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