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Piper du GAOA n°3 dans le Grand Erg Occidental...
par les Lieutenants Richard et Pennaneac'h

Cet article a été rédigé, en 1958

LES "Piper" DU GAOA 3 DANS LE GRAND ERG OCCIDENTAL (14 Novembre - 20 Décembre 1957)
Le 27 octobre 1957, le G.A.O.A.n°3 reçoit l'ordre de mettre en place, à Colomb-Béchar, une section de deux avions. Celle-ci quitte Sétif le 29 octobre et parcourt les 1.100 km d'itinéraire par Djelfa, Méchéria et Aïn Sefra . A son arrivée, elle se met à la disposition du Lieutenant-Colonel BIGEARD, Commandant le 3ème Régiment de Parachutistes Coloniaux, qui a reçu pour mission d'assainir toute la région et, en particulier, la zone frontière Algéro-Marocaine.
Un Broussard emmène le mécanicien, les bagages, l'outillage et les pièces de rechange.

 


DEPART VERS LE GRAND ERG

Après l'accrochage dans le Djebel Grouz, à 120 km au Kord-fct de Colomb-Béchar, le 8 novembre 1957, au cours duquel le P.C. d'une compagnie rebelle fut détruit, permettant la récupération de 300 kg d'explosifs et de 20 mines télécommandées destinées à la route Colomb-Béchar - Aïn-Séfra, nous parvient la nouvelle du massacre des pétroliers et de leur faible escorte, à une trentaine de kilomètres au Nord de Timimoun. Quels en sont les auteurs? On pense que ce sont les méharistes félons qui ont trahi, il y a quelque temps, après avoir massacré leurs cadres européens.
L'ordre de se transporter à Timimoun arrive le 11 novembre.
Dès le 13, les Paras sont prêts et quittent Colomb-Béchar par la piste de la Saoura, via Béni-Abbès et Kerzaz.
Le 14, la section de L.19 fait également route sur Timimoun, situé à au Sud de l'Erg Occidental, sur la piste d"El Golea à Adrar, à 320 km de Béchar. Les cartes nous laissent perplexes: dunes de sable et "Hamadas" ( parties plates et désertiques ) y couvrent la plus grande partie. Nous contournons prudemment le Grand Erg, paysage monotone qui s'étend à perte de vue sur notre gauche. Sur la Hamada, quelques "chasse-sable" locaux nous laissent sans inquiétude. Peu de circulation sur la piste de la Saoura si ce n'est, vers Kerzaz, quelques éléments attardés du convoi des Paras qui avancent péniblement dans un nuage de poussière.
Au bout de trois heures de vol, voici Timimoun bâtie en bordure est de son imposante palmeraie. Les habitations ressemblent à des pâtés de sable rouge sur la Hamada. Le terrain, à 7 km à l'Est de l'oasis, nous oblige à emprunter la piste, "véritable tôle ondulée" pour rejoindre notre cantonnement.
L'entrée à Timimoun est frappante, non pas par l'enseigne "Timimoun's Bar" qui choque dans ce cadre, mais plutôt par ses murs épais de couleur ocre, aux ouvertures étroites, qui nous donnent un aperçu du style soudanais. Nous franchissons la "Porte du Soudan" pour déboucher sur la place Laperrine en face du Bordj, véritable forteresse de style local.
Les indigènes, en majorité des noirs d'origine soudanaise, encore esclaves des "Chambaï" avant l'arrivée des troupes françaises, sont très aimables. Les gosses vous gratifient d'un "Bonjour M'sieur" ou vous tendent la main en vous demandant "cinq francs". Une rapide visite dans la palmeraie nous permet d'admirer l'ingénieux système de distribution des eaux: "peignes de partage" et rigoles.
Notre visite touristique s'arrête, hélas, bientôt, car notre mission nous rappelle. En effet, les Paras arrivent le 15 novembre, une semaine déjà après le massacre. Depuis le 15 octobre, des recherches avaient été entreprises pour retrouver ces méharistes félons sans véritablement aboutir à un résultat ; engagées avec de faibles moyens terrestres, ne disposant pas de moyens d'observation aérienne mais seulement de Dassault et J.U.52, elles n'avaient permis, jusqu'à présent, qu'un seul straffing sur une fraction de la bande. Celle-ci avait sans doute subi des pertes, mais n'ayant pu être rejointe, faute de moyens rapides d'intervention et de transport de troupes, s'était à nouveau manifestée par le massacre des pétroliers.


LA MISSION

Le Lieutenant-Colonel BIGEARD a reçu pour mission :
- de retrouver la bande d'environ 60 hommes, auteur du massacre ;
- de nettoyer ensuite le Grand Erg Occidental afin de permettre la reprise des prospections pétrolières en toute sécurité.
Pour ce faire, il dispose des moyens suivants :
TERRE:
Son Régiment réduit à 700 hommes.
Trois compagnies de renfort dont une C.S.P.L.E.
Un Commando de l'air dans la première phase.
AIR:
3 Dassault et 2 Junker 52 déjà basés à Timimoun.
2 Cessna Ll9
6 hélicoptères lourds S58 et 3 Nord 2501 susceptibles de parachuter une compagnie.
Les T6 réclamés par le Colonel ne seront accordés que la veille du premier accrochage: l'Armée de l'Air étant réticente quant à l'emploi des monomoteurs au Sahara.
Il doit tenir compte, d'autre part, de deux éléments importants :


LE TERRAIN :

Le Grand Erg Occidental qui se présente comme un océan de dunes limité, au Sud, par une ligne d'oasis isolées dans les sables sur le parallèle de Timimoun, et, à l'Ouest, par la Saoura orientée Sud-Nord et jalonnée de palmeraies.


LA LIGNE D'ACTION SUPPOSEE DES REBELLES :

A savoir "s'installer à proximité d'une oasis assez éloignée de Timimoun tenue par une petite garnison et bien la contrôler par des agents", ceci s'expliquant par des raisons de prestige, de mission, de sécurité et de ravitaillement.

C'est en fonction de tous ces éléments que, dès le lendemain de notre arrivée, le Lieutenant-Colonel BIGEARD (indicatif radio BRUNO) nous expose son intention :

-PRIMO : Employer la plus grande partie de nos moyens dans les oasis suspectes du parallèle de Timimoun afin d'y recueillir le maximum de renseignements susceptibles de nous amener sur les traces de la bande responsable du massacre des pétroliers.

-SECUNDO : Anéantir cette bande.
-

-TERTIO : Partant des renseignements obtenus lors de 2ème phase, procéder au nettoyage du Grand Erg Occidental.


Le paysage est nouveau pour tous et les méthodes de travail les plus efficaces sont à mettre sur pied.

1ère Phase - LE PIPER "CHIEN DE CHASSE" DU DESERT
La première phase commence le 15 novembre. C'est un travail de police des plus actifs qu'il faut mener dans toutes les oasis à commencer par Timimoun. Le 3ème RPC travaille au Sud du Grand Erg et les trois compagnies de renfort à l'Ouest, dans la Saoura. Les Paras ont déjà acquis une expérience précieuse dans ce domaine, lors du grand nettoyage d'Alger.

Tous, nous pensions trouver le Grand Erg comme une étendue complètement dénudée où nous pourrions surprendre le fellagha sous la tente ou dans sa progression. Le désert nous réserve là une surprise, en offrant de très grandes possibilités de camouflage qui nous compliquent beaucoup le travail. Chaque creux de dunes, en effet, soit tous les cinquante mètres, recèle des buissons souvent assez importants et touffus pour abriter et camoufler 5ou 6 fellaghas chacun.

En revanche, les traces sont très visibles sur le sable, à basse altitude, et le Piper arrive à les suivre assez facilement. La recherche serait donc relativement aisée si l'Erg n'était occupé que par des rebelles : le Commandement ne l'a pas, en effet, déclaré zone interdite. Le passage des caravanes et des troupeaux de chameaux, de chèvres et de moutons des nomades fausse ainsi considérablement les pistes et nous fait perdre un temps précieux.

Un problème se pose quant à la méthode de travail de nos deux Piper "monomoteurs" qui, pour des raisons de sécurité, devraient travailler en patrouille. Or, cette solution est impossible car un accrochage probable peut nécessiter une relève au moment crucial.

Pour palier cet inconvénient, le Piper vole "en binôme", d'abord , avec un JU 52, ensuite, le renseignement s'améliorant, avec un Dassault 315 armé de deux mitrailleuses lourdes permettant d'effectuer des straffïngs urgents. Cependant, la vitesse de ce dernier avion est nettement supérieure àla nôtre (260 km/h contre 160), ce qui l'oblige à faire de temps en temps 360° pour ne pas distancer le Piper : lors de la navigation , par vent de sable, les deux avions risquent ainsi de se perdre de vue . En revanche, le JU 52 avec sa vitesse identique à la nôtre, permet un retour météo en toute sécurité. La patrouille JU 52- Piper est toujours très remarquée et remporte tous les succès devant les photographes...

Débarrassé ainsi de toute navigation, le Piper devient le véritable chien de chasse du désert, fouillant, à très basse altitude, chaque creux de dune. Le JU ou le Dassault, volant à plus haute altitude, assure notre navigation, notre sécurité et la retransmission de nos messages dont la portée est limitée par notre faible altitude. Cette méthode nous permet de suivre des traces suspectes pendant des heures, de creux de dunes en creux de dunes, sans être obligé de remonter pour se repérer. Très vite, d'ailleurs, malgré notre véritable travail d'Indien, nous sommes capables, après avoir viré dans tous les azimuts, à très basse altitude, de nous retrouver malgré l'absence presque totale de points de repère. Il se révèle, cependant, indispensable d'avoir à bord un compas magnétique bien compensé.

Le désert nous devient peu à peu familier, mais ne nous fait pas oublier ses dangers : vents de sable ou chasse-sable sont capables de masquer rapidement et complètement le terrain à nos vues. Précaution contre le crash: nous emportons à bord de chaque appareil une réserve de dix litres d'eau et tout un équipement saharien( panneau de signalisation, lampe de poche, boussole, vivres de secours, etc..) L'été, la provision d'eau, ainsi que tous les dangers d'ailleurs, seront à multiplier par trois.
Très vite, nous apprenons à différencier les traces d'hommes ou de chameaux, chèvres, chacals, gazelles, puis à estimer leur nombre et leur date.

Pendant cette première phase, le Piper, toujours binôme avec un JU ou un Dassault, précède de dix minutes véhicules ou "Siko" afin de signaler les fuyards et de reconnaître le terrain avant le poser des hélicoptères et l'abordage de l'oasis ou du puits par nos troupes. Les fuyards signalés par le Piper sont straffés par les avions ou interceptés par un commando héliporté.

A la tête de sa formation d'hélicoptères, le Colonel Brunet dit "Félix" aux commandes du "Mammouth" (S 58 armé d'un canon de 20 m/m, d'une mitrailleuse lourde et de deux mitrailleuses légères) se fait particulièrement remarquer. Ce monstre convient parfaitement pour ce genre de travail.
Cette méthode nous rapporte d'excellents résultats. Les renseignements recueillis nous permettent de localiser la bande principale dans une zone de 100 km2 autour du puits de Hassi-Rambou. Les informations obtenues sont aussitôt vérifiées :

Le 20 novembre, Piper "Papa", accompagné de "Mammouth" et d'un Dassault, survole, pour la première fois le Grand Erg. Au bout d'une heure de vol, il découvre des traces, orientées nord-ouest-sud-est, qu'il décide de suivre vers le sud-est, la carte au 1/500.000 lui indiquant le puits de Hassi-Aicha tout proche dans cette direction. Effectivement, les traces s'arrêtent là mais aucune présence humaine. Demi-tour donc sur les mêmes traces. A un moment donné, d'autres traces les rejoignent. Sans doute, un guetteur observant le reg pendant qu'un seul porteur d'eau se rendait au puits. En suivant ces traces vers le nord-ouest, Piper "Papa" tombe sur une zone de buissons, apparemment aménagés, entourés de nombreuses traces qui permettent d'évaluer la bande à une quarantaine d'hommes. Plusieurs passages à quelques mètres des buissons ne révèlent aucune présence humaine. "Mammouth", lui-même, effectue quelques stationnâmes à 3-4m, sans rien voir (un prisonnier dira avoir vu "Félix" grandeur nature). Mais le rebelle est là, sans aucun doute. Piper "Papa" ne peut croire à un camouflage aussi parfait.

Cette découverte est déjà une performance, car fouiller une zone de 100 km2 avec un seul point de repère visible uniquement à sa verticale est une chose assez difficile. Ce manque de repères nous gênera considérablement dans toutes nos recherches et multipliera par trois le temps normalement nécessaire pour effectuer ce travail : la même dune se retrouvant tous les 50 mètres, on risque fort de visiter plusieurs fois la même et d'en oublier d'autres; 5O rebelles se cachant aisément dans un ou deux creux de dunes, on se rend compte de la difficulté.

Ce même jour où nous repérons le fellagha, un moteur grippé, au décollage, rend inutilisable un de nos avions. En attendant la venue, par Nord 2501, d'un moteur de rechange, nous sommes heureux de voir arriver, du Peloton ALAT de la 29° DI, un observateur "Golf avec deux Piper L.21. L'un de ceux-ci ayant abîmé un pneu à l'atterrissage, seulement deux avions sont disponibles. Les questions mécaniques, particulièrement importantes au Sahara, seront toujours un gros handicap, vu l'éloignement de la base arrière ( Sétif, 1000 à 1500 km par l'itinéraire de sécurité ). Les hélicoptères auront, eux aussi , de gros problèmes mécaniques puisque plusieurs se crasheront dans l'Erg, d'abord victimes du sable, puis des moteurs de rechange sabotés.

Les cinq T 6, demandés en renfort, font également leur apparition, la veille de la première grande opération
Avant d'aborder cette deuxième phase, signalons que ce travail de police, poursuivi durant la 2° et la 3° phase, aboutit à la destruction totale de l'infrastructure politique sans laquelle l'organisation militaire ne peut vivre : 35 cellules sont mises hors d'état de nuire et de nombreux rebelles isolés sont capturés, dont une vingtaine avec leur arme. Sans ravitaillement, sans renseignements, les bandes rebelles vont être traquées sans merci.

2ème Phase - LA PREMIERE BANDE EST A NOUS
Le 21 novembre, le Lieutenant-Colonel BIGEARD engage l'opération sur les traces repérées la veille, par Piper "Papa", à 120 km au Mord-est de Timimoun.
Deux compagnies du 3° R.P.C. sont mises en place, de nuit, la veille, à 40 km au Sud du camp rebelle, en vue de leur héliportage. Une 3° unité reste en alerte sur le terrain de Timimoun, prête à être parachutée en Nord 2501.

Dès l'aube, Piper "Roméo" se rend, avec 2 T6, sur la zone suspecte, environ 15 minutes avant la première vague de "Sikos". Les traces s'y trouvent plus nombreuses que la veille, sans toutefois qu'aucun rebelle soit décelé. Le Piper, après avoir balisé une D.Z., au plus près des traces, fait straffer des buissons suspects : quelques rebelles camouflés ouvrent le feu sur les avions. L'ennemi localisé, la 1° compagnie héliportée se déploie face à ces buissons et reçoit l'ordre d'attendre le parachutage de la 3° compagnie. Piper "Golf venu en relève, est touché par le feu rebelle et doit se poser à Timimoun, en panne radio.

Piper "Papa" guide le parachutage, très réussi, qui amène les hommes à 100 m des premiers rebelles ; surpris, ceux-ci se replient sur le centre de leur position ; (Ils croyaient recevoir des bombes et voient arriver des combattants- interrogatoire des prisonniers). Dassault, B 26 et T 6 matraquent cette position constituée par une demi-douzaine de creux de dunes, aménagés défensivement en leur centre autour de gros buissons.

Parachutage du 3ème RPC du colonel Bigeard


Pendant que se déroule l'héliportage de la 2° compagnie, les unités au contact manœuvrent et réduisent, un à un, les buissons occupés. Les T 6, guidés par les Piper, appuient la progression.

Dans ce paysage totalement uniforme, le guidage des sections de parachutistes est extrêmement difficile. Celles-ci n'ont, pour horizon, que la crête de la dune d'en face, sans aucun point de repère. Elles sont imbriquées, les unes dans les autres, sans toujours le savoir, risquant, ainsi, de tragiques méprises. Le combat est très meurtrier, en raison de sa forme et de la qualité de l'ennemi, composé, en majeure partie, d'anciens méharistes excellents tireurs. Chaque tête qui se montre est accueillie par une balle. Une troupe, de valeur inférieure à celle des paras se ferait décimer, lors des assauts successifs. Par deux fois, nous apercevons une section de paras nettoyant ses armes enrayées par le sable, à 20 m des rebelles, juste avant de bondir à l'assaut.

En dehors des straffings, les balisages effectués par les Piper sont très précieux aux commandants d'unités et aux chefs de sections, leur permettant de monter de petites manœuvres sans voir les buissons situés dans les creux de dunes suivantes : toute curiosité trop longue étant impitoyablement sanctionnée.
Le combat, mené sans relâche durant trois heures, aboutit, avant la tombée de la nuit, à la destruction totale de la bande. Un seul fellagha, blessé par la chasse, s'échappe. Il sera retrouvé plus tard, à El Goléa, à 230 km au Nord-Est.

53 rebelles sont mis hors de combat et le matériel, emporté par les déserteurs, récupéré :1FM, 40 armes de guerre ( PM Mat 40 et MAS 36), 1 ANGRC 9, etc..).

De notre côté, 6 morts et 11 blessés, la plupart à la tête, dont 5 devaient décéder des suites de leurs blessures, sont la rançon du succès. Trois chefs de section tués dans la même compagnie dont un officier et le fameux sergent-chef Sentenac, évadé de Dien Bien Phu, Chevalier de la légion d'honneur, Médaillé militaire, 13 citations, 7 fois blessé. Le Colonel BIGEARD écrira plus tard dans l'album qu'il lui a dédié "Aucune bête au monde" : "on ne voulut pas... faire de lui un Officier, même de la Légion d'Honneur".

La colonne de pétroliers et sa petite escorte de légionnaires est vengée, reste à nettoyer le Grand Erg.

3ème Phase - LE GRAND ERG OCCIDENTAL
Cette première opération nous rapporte de nombreux renseignements qui nous permettront de mener à bien la 3° phase de notre action. Nous avons percé le secret du camouflage et du mode de vie des rebelles. Tous les camps découverts seront du même type ; tous situés dans un rayon de 5 à 15 km autour d'un puits, ils ont été dotés, avant les évènements, d'un dépôt de vivres. Des agents de liaison leur apportent, à dos de chameaux, l'eau et le complément de provisions nécessaires (dattes, huile, semoule) ; les hommes du désert se contentent d'une poignée de dattes ou de semoule par jour. Les abris sont constitués par des niches ou des trous "Gamelin" creusés dans le sable, à l'intérieur de vrais ou faux buissons ; le camouflage est souvent complété par une toile de tente type "armée française" recouverte de sable.
Nous apprenons aussi que la bande détruite constitue l'élément le plus important d'une Compagnie commandée par un certain Si Omar qui se trouve actuellement avec une des deux sections restantes. Celles-ci sont maintenant localisées et nous connaissons leur mission.

Le 23 novembre, Piper "Papa" découvre, dans la région du puits de Hassi Djedid Ech Chergui, à une trentaine de kilomètres au Mord-Est de Hassi Rambou, un dépôt important de matériel. Une compagnie héliportée permet de récupérer une grosse partie des équipements emportés par les méharistes déserteurs (selles, tentes, couchage) ainsi que dix tonnes de vivres Ce coup de main est effectué avec la présence, en vol, de 3 Nord 2501 ayant à leur bord une compagnie d'intervention prête à sauter, mais qui n'interviendra finalement pas, le dépôt n'étant pas gardé.

Dès le 24 novembre, tous les moyens aériens sont reportés sur les deux compagnies les plus rapprochées de notre objectif n° 2. Durant une semaine, du 24 au 30 novembre, nos recherches restent vaines, gênées, souvent d'ailleurs, par le vent de sable, qui nous empêche de rejoindre la bande ; celle-ci d'ailleurs se disperse en petits groupes pour échapper à notre étreinte.
Notre action soutenue, principalement des coups de main héliportés ou des raids de compagnies à pied sur des caravanes suspectes ou sur de petites oasis éloignées ne permet que la capture d'isolés et la découverte d'armes et de vivres.

Le 1° décembre, le Lieutenant-Colonel BIGEARD décide de l'attaque de la 3° section, située au cœur de l'Erg et chargée de gêner nos communications sur l'axe Kerzaz-Tahrit, ainsi que la garde des dépôts principaux. Les renseignements, provenant de la Saoura, nous assurent de la présence de Si Omar et de son groupe de commandement auprès de sa section.

Pour mener cette attaque, le choix d'une base avancée pour le P.C et les moyens aériens s'imposent. Le terrain de campagne des pétroliers à Hassi Bou Krelala, avec ses 900 m, convient parfaitement. Dès le 3 décembre, 2 compagnies sont parachutées sur cette piste, à 120 km au nord de Timimoun, avec mission de nettoyer ses abords. Le matériel, les vivres, l'eau parviennent aussitôt par un pont aérien de JU 52 qui fonctionne, toute la journée, sans interruption. A Bou Krelala, il n'y a que du sable et quelques buissons desséchés dont les branches et les racines suffisent à peine pour faire de petits feux. Les équipages ALAT et Armée de l'Air (Sikos- JU- T 6) partagent le mêmes conditions de vie que le parachutistes, à cette différence près, que les uns couchent sous la tente avec des lits picots et que les autres donnent à la belle étoile : la nuit, il gèle à moins 4°. Deux compagnies demeurent à Timimoun prêtes à être parachutées ; une autre, partant de la Saoura marche vers nous, d'ouest en est, tandis que la C.S.P.L.E. glisse , au nord, pour surveiller les pistes menant au centre du Grand Erg.

Le 4 décembre, à l'aube, deux Piper décollent de Bou Krelala pour reconnaître une zone 150x40 km jalonnée par une ligne de puits, plus ou moins apparents au milieu des sables, et distants de 30à 40 km ; c'est bien vaste ! Le 3° demeure en alerte au sol et le 4° est indisponible.
Chaque binôme Piper-Dassault fouille méthodiquement le terrain ; deux B 26 sont, de plus, à leur disposition.
Dans l'après-midi, Piper "Golf découvre un premier camp rebelle qui, fouillé par une compagnie héliportée soutenue par une compagnie parachutée, nous permet de saisir quelques prisonniers, des documents, des vivres et des équipements. Dans la soirée, Piper "Papa" découvre un second camp rebelle qui, straffé, ne peut être reconnu qu'à la nuit ; un petit groupe fellagha peut ainsi décrocher à la faveur de l'obscurité.
Le 5 décembre, la C.S.P.L.E, en surveillance dans le Hord, intercepte un groupe rebelle porteur de courrier, l'anéantit et récupère 5 prisonniers, 5 armes de guerre et des documents. Elle permet, par les renseignements obtenus, la découverte, le lendemain, par Piper "Roméo", d'un troisième camp rebelle abondamment pourvu d'équipements militaires neufs en provenance directe du Maroc. Des caravaniers, enlevés par un commando héliporté, nous confirme la descente vers le sud de la bande chassée de ses repaires.

Nos commandos héliportés comprennent toujours, outre les Sikos, un Piper, une patrouille de T 6 et un Dassault. Ce pool très souple nous met à l'abri de surprises désagréables.
L'opération, à la suite de ces renseignements, est alors orientée vers le sud. Une de nos compagnies occupe Hassi Belguezza, petit reg pourvu d'un puits, à 90 km à l'ouest de Bou Krelala. Ce reg (plate-forme isolée dans les sables) permet l'établissement d'une piste de campagne où de l'essence est mise en place par les Sikos. Nous opérons, pendant la journée, à partir de cette base avancée bientôt occupée par le commandant de l'opération. Le Lieutenant-Colonel BIGEARD se tient toujours au plus près de la zone d'action et quitte rarement le combiné radio ; toute la journée, sa voix se fait entendre sur les ondes, actionnant avions et troupes au sol.

Belguezza est situé à environ 20 km de notre zone de travail : cette proximité, outre le gain de temps, renforce notre sécurité en cas de vent de sable, ennuis mécaniques ou avion endommagé par le feu ennemi.
Nos appareils, d'ailleurs, commencent à se fatiguer ; la consommation d'huile s'accroît, le sable pénètre partout et risque de gêner les commandes. Les révisions majeures doivent être nombreuses car il est impossible d'éviter le chasse-sablé et les tourbillons soulevés par les avions ou les véhicules à proximité de la piste. La fatigue commence à se faire sentir également pour nous, mais nous gardons toujours confiance : nous en sommes au dernier quart d'heure! Installés maintenant au cœur de l'Erg, nous n'avons plus, comme repère, la ligne d'oasis à l'horizon ; il ne reste que les puits, mais si éloignés les uns des autres et certains si peu visibles... Les regs, seules parties du terrain parfois reconnaissables sont rares. Nous n'avons que des dunes de sable à perte de vue. Nos cartes, en dehors du calcul de cap et parfois de la direction générale des mouvements de dunes, ne nous sont d'aucune utilité.

Le 7 décembre, Piper "Papa" décolle de Hassi Belguezza, accompagné de 2 T 6. Il se rend au puits de Sidi Ali où il découvre de nombeuses traces partant dans deux directions différentes. Après étude des traces et beaucoup d'hésitation, il décide de suivre celles où les traces de pas sont plus nombreuses, mêlées à des traces de chameaux. Le survol des traces, à une dizaine de mètres, permet de les suivre, le pilote regardant, de temps en temps, son compas, pour savoir, grossièrement, la direction prise. Au bout d'une heure de vol, Piper Papa" aperçoit sur sa gauche, un buisson au sommet d'une dune. Erreur grossière qui ne le trompe pas , les buissons ne poussant pas sur les crêtes des dunes! A l'aide d'une grenade de balisage au phosphore, il déloge le guetteur. Celui-ci dévale aussitôt la dune, entre dans un premier buisson, puis ressort, se réfugie dans un deuxième et ressort également, les fellaghas bien camouflés jugeant, sans doute, inopportune sa présence. En fait, il vient de montrer à Piper "Papa" l'emplacement de la bande. Un passage, à très basse altitude, lui permet, grâce à la présence de très nombreuses traces, de découvrir ce que nous cherchons depuis deux semaines : le camp rebelle,... le dernier!

Piper "Papa", en fin de potentiel, alerte aussitôt "Bruno" et demande aux T 6 de faire le point. Hélas! Ceux-ci l'ont perdu de vue. Comment faire? Le relevé grossier des caps va permettre de donner une direction aux T 6, par rapport à Hassi Ali. De plus, il reste à Piper "Papa" une grenade au phosphore qui, en éclatant, dégage un beau panache de fumée blanche. Les T 6 prévenus réussissent à apercevoir celle-ci, qu'ils rejoignent aussitôt, permettant à Piper "Papa" de quitter les lieux et se poser à Hassi Belguezza, où il expose directement la situation à "Bruno", qui ne lui cache pas sa satisfaction. Le capitaine, commandant la compagnie héliportée, peut ainsi être brieffé avant son décollage de Belguezza.
Piper "Roméo", venu en relève, n'a plus qu'à guider sur l'objectif le pool des moyens parfaitement rodés. Ayant déjà l'expérience du camouflage particulier des habitants du désert, il déclenche un straffing, qui, bien guidé par des balisages successifs à basse altitude, diminue, par sa précision et sa puissance, la combativité des survivants : c'est la ronde des T 6, Dassault et B 26 !..
Et c'est un un nouveau Hassi Rhambou ; héliportage d'une compagnie, parachutage d'une autre à 500 m du camp, sur les axes de fuite de rebelles, et, en deux heures, la bande est anéantie :
39 rebelles hors de combat, 20 armes de guerre, dont un FM., récupérées.
Ce succès nous coûte quatre tués et cinq blessés. La 3° section et une partie du groupe de commandement de la compagnie rebelle viennent de disparaître. Si Yacoub, grand chef politique de la région est parmi les morts, mais Si Omar nous échappe, parti prendre des nouvelles de sa bande anéantie le 21 novembre .
Notre travail est terminé ; notre matériel souffre d'une usure prématurée due au sable, mais le résultat justifie amplement les risques encourus : sans Sikos et sans Piper, il aurait fallu 12 à 18 mois pour nettoyer le Grand Erg.

Nous avons la satisfaction d'avoir appartenu à une équipe où la camaraderie au combat à tous les échelons fut poussée au plus haut degré. Chacun voulait la réussite de l'opération, mais savait aussi que chaque pion engagé sur l'immense échiquier du Sahara était indispensable.
Cette expérience, commandée par un grand patron qui sut la rendre vivante et employer efficacement les moyens aériens à sa disposition, ne pouvait que réussir.

Nos Piper quittent Timimoun le 21 décembre, ayant acquis l'estime des parachutistes pour qui ils sont devenus : " Les véritables voltigeurs de tête des unités au sol dont l'horizon est limité à la dune ".

Par Beni-Abbés, Colomb-Béchar, Méchéria et Tiaret nous rentrons à Sétif, très heureux de pouvoir nous détendre car nous sommes saturés de sable et de "traces". Nous y pensions le jour, nous en rêvions la nuit : des traces, toujours des traces...


Équipages de l'ALAT ayant participé à cette opération :

G.A.O.A. 3: Lieutenants Richard (Roméo) et Pennaneac'h (Papa), M.D.L. Potard et Bertrand. P.A.L.A.T 29°D1: Lieutenant Goursat (Golf), M.D.L.Chef Pastorini et M.D.L. Lapeyre.


Cet article a été rédigé, en 1958, par les Lieutenants Richard et Pennaneac'h.

 

 
 

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Mise à jour de cette page le jeudi 23 février 2017 16:49;26

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