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Vol d'automne 1957...

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Vol d'automne 1957 ...
par Francis Beaulier

Le 31 octobre 1957, j’ai décollé d’Alger pour Bougie désormais Bejaïa, en petite Kabylie. À bord, nous étions deux pilotes. Nous revenions de la visite semestrielle médicale du personnel navigant passée le matin même. Nous nous étions levés tôt ; mon camarade somnolait sur le siège arrière et je pilotais.
Il faisait un temps magnifique et tout allait bien. Nous étions jeunes, en pleine santé et la médecine aéronautique venait de nous le confirmer le matin même. Nous pouvions continuer à voler, car sur notre certificat de visite, nous avions été déclarés ‘’Apte’’!

Le vol dura peu, car il y avait moins de 200 km à parcourir. Par habitude, et en application des consignes, j’étais à l’écoute du canal 16 sur le poste radio de l’avion. En approchant de Bougie, nous avons entendu qu’un équipage de notre unité, le Peloton Avions de la 19ème Division d’Infanterie, était en opérations tout près de Bougie. D’après la radio, ce n’était pas un vol sans histoires.
En approchant du terrain de Bougie-Ville, notre destination et lieu de notre affectation, nous avons entendu que l’avion en vol sur cette opération avait été touché par le feu ennemi. Il revint s’y poser à la suite d’une avarie qui l’empêchait de poursuivre sa mission.

Notre avion arrivant juste après son atterrissage, il fallait quelqu’un pour le remplacer et c’était mon tour de partir en mission.
Sur ce vol, mon observateur fut le Lieutenant Rochat. Nommé Observateur depuis peu, il était originaire d’un corps de troupe de la Division et nous nous sommes très peu connus. Homme de grande taille, mince, il était jeune, calme, sympathique et peu causant. Dès que prêts, nous avons décollé pour nous rendre de l’autre côté de l’Oued Soummam, c'est-à-dire tout juste à quelques kilomètres de là.
Ayant pris cette mission au pied levé, nous ne savions pas grand-chose de la situation sur le terrain. Des observateurs en patrouille au sol avaient aperçu de loin et à la jumelle, une forte bande rebelle en déplacement vers l’ouest. En plein jour, c’était extrêmement rare ! Cependant, la situation militaire des combattants algériens imposait ces déplacements de jour. Sur le plan militaire, les français menaient le jeu et nos adversaires devaient prendre beaucoup de risques pour tenter de nous résister efficacement.
Quelques minutes après notre décollage, nous survolions les lieux où l’avion de l’équipage précédent avait été touché.

La situation militaire du moment et les effectifs de nos troupes ne permettant pas d’agir au sol contre cette bande armée, la patrouille au sol qui l’avait repérée avait demandé à la Division l’intervention de la chasse aérienne qui était déjà présente à notre arrivée.
À haute altitude, 6 ou 8 chasseurs Thunderbolt P47-D, survolaient les lieux. Ils attendaient que l’objectif soit balisé pour intervenir avec leurs 8 mitrailleuses 12,7mm et les roquettes dont ils étaient équipés.

Sachant que l’avion de l’équipage précédent avait été touché par une arme automatique, je perçus qu’il me fallait agir avec grande circonspection et beaucoup de prudence. Les observateurs au sol nous ont indiqué la colline sur laquelle se dissimulait l’adversaire. En fonction du relief, peu élevé mais assez mouvementé, je décidais de ne surtout pas faire de passage en piqué. Au contraire, je m’éloignais un peu, descendis vers les fonds du relief, et utilisant mon moteur au mieux, j’acquis toute la vitesse possible en me rapprochant de la colline concernée en remontant et en rasant les creux d’aussi près que possible afin de tenter un effet de surprise. Au sommet de la colline, et à grande vitesse, je restais à l’altitude minimum et à l’endroit que j’avais choisi, mon Observateur largua 2 grenades fumigènes.
Ma trajectoire se poursuivit en redescendant à grande vitesse et au plus près du sol l’autre flanc de la colline. Plus loin, mon observateur et moi, nous avons observé avec consternation l’effet de notre balisage : aucune fumée visible !

Le leader des P47 volant au-dessus confirma notre constatation.

- ‘’Piper, nous n’avons rien vu. Recommencez !’’

Les algériens que nous combattions étaient des adversaires valeureux, courageux, intelligents et très déterminés. D’expérience, ils savaient que lorsqu’un fumigène était largué sur les emplacements qu’ils occupaient, c’était le signal que les avions en survol allaient attaquer leurs positions. Notre tactique habituelle consistait à larguer 2 grenades fumigènes. S’ils tentaient de les éteindre, soit avec de la terre ou du sable, soit avec des vêtements ou des couvertures, il pouvait parfois à en éteindre une, mais rarement les deux.

Dans ce cas, ils étaient parvenus à éteindre les deux fumigènes !

Ecrire que c’est allègrement et parfaitement serein que j’avais effectué mon balisage serait faux. Dans l’instant d’après mon passage, ma satisfaction avait été grande et j’avais été très satisfait de ne pas avoir déclenché le feu ennemi lors du balisage. On comprendra aisément que la perspective d’avoir à en effectuer un second ne m’enthousiasmait nullement.
Bien sûr, j’étais parvenu à traverser cette épreuve sans nul dommage, mais qu’attendre d’un second passage ?
Après avoir repris de l’altitude et du champ, j’observais les lieux d’assez loin. En fonction du relief, du soleil et de ce que je pouvais déjà savoir, je décidais de m’éloigner en descente afin que, depuis la colline, il ne soit pas possible de prévoir quelle serait mon éventuelle seconde trajectoire d’approche.
Après réflexion, je décidais d’effectuer le second passage en utilisant la même tactique, par en bas, mais en approchant par un axe différent. Ce que je ne pouvais savoir, c’est que ce nouvel axe d’approche serait celui qui permettrait au servant de la mitrailleuse de me montrer ses excellentes aptitudes de tireur.
Après quelques courtes minutes, j’étais de nouveau en approche pour accomplir la même action : parvenir à baliser cet objectif !
En position choisie, et une crainte certaine au tréfonds de moi, et ce devait être la même chose pour mon Observateur, je gagnais de la vitesse et m’approchais de la colline en rasant le sol. Le Lieutenant Rochat largua à nouveau ses fumigènes à la verticale du lieu supposé de l’adversaire.
À cet instant précis, une rafale de mitrailleuse assourdissante atteignit notre Cessna. Celui-ci était incliné en virage sur la gauche à 50/60°. Une balle entra dans le plexiglas gauche de l’habitacle, me toucha légèrement le sommet du crâne, y faisant une estafilade de moins d’un centimètre avec à peine 3 ou 4 gouttes de sang. Cette balle poursuivit sa trajectoire dans l’emplanture de l’aile droite, pénétrant dans le réservoir d’essence et ressortit quelque part sous l’intrados de l’aile. L’essence fusa du réservoir en se pulvérisant en grand panache blanc dans le ciel bleu. En un instant et afin d’éviter l’incendie, j’avais coupé les magnétos, ce qui arrêta net le moteur. Notre vitesse était telle que le tireur de la mitrailleuse n’avait pu tirer que 4 balles, mais elles avaient toutes les 4 atteint l’objectif, notre Cessna L19E, le F MBNB.

Cela, nous ne l’avons su qu’après notre atterrissage au retour.

La trajectoire de la 1ère balle a déjà été décrite.
La 2nde balle, pénétra dans le fuselage à gauche et perfora la partie supérieure du plexiglas entre le Lieutenant Rochat et moi.
La 3ème avait pénétré en biseau en plein milieu du tube de l’axe de la gouverne de profondeur.
La 4ème avait traversé la gouverne de direction.

Notre très grande chance a été que le calibre de cette arme automatique n’était que du 7,62 ou 7,5 mm. Si cela avait été du 12,7mm le tube de profondeur aurait explosé et sans profondeur, notre aéronef se serait probablement écrasé illico.
Moins d’une minute après cette courte rafale, toute l’essence du réservoir droit était volatilisée. Je remis le moteur en route après transfert d’alimentation en carburant sur le réservoir gauche. Moins de 5 minutes plus tard, nous étions de nouveau au sol sur le terrain de Bougie, infiniment heureux d’être saufs et de retour au bercail. Si j’avais été tué, le Lieutenant Rochat n’aurait pu survivre car il n’y avait même pas de manche à l’emplacement arrière.
Il convient de rappeler que le Cessna L19E, excellent avion d’observation, était entièrement construit en alliage au magnésium, très léger. Ce métal ayant la remarquable propriété de se consumer complètement en dégageant beaucoup de chaleur. . .
Les résultats au sol de ces accrochages du 31 octobre 1957 me sont inconnus. Je ne sais même pas si nos fumigènes ont permis l’attaque de la colline.
Plus d’un demi-siècle après les faits, c’est encore sans aucune hésitation que je peux indiquer l’endroit précis où cette balle a touché le sommet de mon crâne. À cet endroit, la peau a conservé une sensibilité différente et très aisément perceptible.

Le lendemain matin, 1er novembre, je redécollais avec le Lieutenant Morel, Pilote-Observateur que j’ai beaucoup apprécié et bien mieux connu que le Lieutenant Rochat. Là encore, nous fûmes touchés par le feu ennemi, mais je ne me souviens absolument pas des circonstances. Une balle toucha la boîte de connexion radio et coupa net nos communications radio avec les troupes au sol. Ceci entraina notre retour immédiat à notre détachement de Bougie.

C’est surprenant, mais cette mission-là ne m’a laissé aucun souvenir ! Le seul fait très précis que j’en aie conservé c’est que, sur l’instant même, j’ai pensé que : ‘’2 fois en 2 jours, ça fait beaucoup !’’

Pour ces deux vols, c’est mon carnet de vol et les copies des ‘’compte-rendu d’appareil touché par balles ennemies’’ rédigés par le secrétariat et en ma possession qui me permettent de rédiger ce texte.

Très fréquemment, mes bons amis m’appellent : ’’Mon petit Francis !’’
C’est exact, je suis de petite taille et ne mesure qu’un mètre soixante cinq.

Ce ‘’petit Francis’’ a toujours pour effet de me faire sourire ou rire de plaisir.

Immanquablement cela me rappelle que, si j’avais été plus grand de quelques centimètres, cette balle aurait pénétré dans ma tempe gauche. Mon décès aurait été immédiat. Tombé sur le champ (d’honneur !), je n’aurais jamais eu l’opportunité d’écrire ce petit texte.

Dans ce cas là, ma très grande chance est d’avoir été de petite taille.

Francis BEAULIER
Maréchal des Logis et pilote.
Chevalier de la Légion d'honneur

 

 
 

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Mise à jour de cette page le vendredi 07 avril 2017 23:37;11

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