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Genèse et développement.

Général (2S) André Martini, historien de l'ALAT

 

Lorsqu’en 1981 Charles Hernu devient ministre de la défense, il a déjà et depuis longtemps réfléchi aux réformes de l’appareil de défense qu’il entend impulser. En effet, dès 1975 il a soutenu la nécessité pour la France « de disposer d’une force d’appui et d’intervention héliportable et aérotransportable susceptible d’être projetée à volonté sur un théâtre extérieur ».A son arrivée à l’Hôtel de Brienne il a déploré « l’absence d’une force coup de poing et la nécessité d’actualiser les structures et le concept d’emploi ».En 1984 s’exprimant à l’issue de l’exercice Damoclès, il précise : « Cette idée s’est imposée à tous. C’est ainsi qu’apparait le concept d’une Force d’action rapide disposant d’une grande mobilité tactique et stratégique, polyvalente et capable d’une grande puissance de feu, et de ce fait, nécessairement articulée autour d’une force d’hélicoptères antichars possédant au plus haut degré ces trois qualités majeures ».Cette idée de disposer d’une force à base d’hélicoptères n’est alors pas isolée et tout à fait nouvelle .Le colonel Cannet, en 1966 avait déjà défendu la création d’une unité aéromobile autonome, le colonel Delaunay, alors au Centre d’Etudes Tactiques, avait préconisé dans un article retentissant paru en 1973 la constitution d’une unité aéromobile antichars. L’idée du ministre s’inscrit également dans les réflexions sur l’aéromobilité qui ont abouti à la grande réforme de 1977 et à la création des régiments qui ouvrent une voie royale à une aéromobilité telle que ses concepteurs l’avaient imaginée. C’est dire que l’hélicoptère est alors à la mode… Charles Hernu lance donc des études qui impactent essentiellement l’armée de terre avec trois maîtres mots : mobilité, puissance de feu, et polyvalence. La mobilité doit être obtenue par l’hélicoptère, la puissance de feu par le char et l’artillerie, la polyvalence par une force d’action rapide. Le paradoxe c’est que cette réforme est très mal accueillie par les grands commandeurs de l’armée de terre, en premier lieu par son chef le général Delaunay, car elle s’accompagne d’une diminution significative des effectifs et par une réduction jugée inacceptable du rôle du corps blindé mécanisé.


C’est l’objet de ces lignes que de montrer comment ce qui aurait pu être sujet de consensus est devenu un objet de discorde et comment les idées du ministre ont finalement été imposées par son cabinet pour aboutir à la mise sur pied de la Brigade Aéromobile Expérimentale puis à la création de la Division Aéromobile au sein de la Force d’Action Rapide.


La genèse de la Brigade expérimentale.


On l’a évoqué plus haut, la constitution d’une grande unité aéromobile est dans l’air du temps mais les choses s’accélèrent à partir d’octobre 1981.
L’élément déclencheur semble être une note remise à cette date par le général Fricaud-Chagnaud au ministre au cours d’un déjeuner. Le général vient de quitter le poste de chef de la mission militaire française auprès du commandant en chef du secteur Centre Europe de l’OTAN. Il rapporte au ministre que les contre-attaques planifiées de la 1er Armée sont peu crédibles aux yeux des alliés compte tenu de l’inaptitude des AMX-30 aux déplacements de grand amplitude et de notre incapacité à mener un combat prolongé. Il propose donc de regrouper une part importante des hélicoptères de l’armée de terre dans une division qui se porterait en avant de la 1er Armée, ralentirait une percée soviétique et donnerait ainsi le temps au corps de bataille de se positionner à hauteur d’une ligne dont le franchissement mettant en cause nos intérêts vitaux justifierait un recours à l’arme nucléaire tactique. Pour concrétiser ce concept, le général préconise une nouvelle répartition des priorités au profit des hélicoptères et donc au détriment des chars de bataille…
Les thèses du général Fricaud-Chagnaud bénéficient au sein du cabinet du ministre du soutien de conseillers influents qui ont servi sous ses ordres. Elles s’intègrent parfaitement dans le concept d’une Force d’action rapide regroupant des divisions de vocations différentes apte à s’engager sur des théâtres divers. L’ensemble est soumis dès mars 1982 au GROUPES (Groupe de planification et d’études stratégiques) ainsi qu’au Conseil supérieur de l’armée de terre afin d’en évaluer les différents aspects.
C’est peu dire que l’accueil réservé par l’armée de terre à ces innovations, FAR et unité aéromobile, n’est pas enthousiaste. Elles sont en effet assorties d’une réduction d’effectifs qui la feront passer de 392 000 à 190 000 hommes. De plus l’organisation du corps de bataille autour de divisions blindées et du char de combat est mise en cause. De fortes réserves sont donc avancées par le général Delaunay, chef d’état-major de l’armée de terre, le général de Barry qui commande la 1er Armée et le général de Montaudoin qui commande le 1er corps d’armée. Dans une lettre au chef d’état-major des armées, le général Lacaze, publiée par Le Matin de Paris du 6 décembre 1982, le CEMAT écrit : « L’ensemble de ces sacrifices est lourd. Loin de préparer des forces plus ramassées et mieux équipées les hypothèses conduisent à une armée de terre diminuée dans ses effectifs, affaiblie dans ses moyens, vieillie dans ses équipements, atteinte dans son moral ».. En mars 1983, la rupture est devenue inévitable, le général Dalaunay démissionne et le général Imbot lui succède. Il affiche d’emblée son adhésion aux thèses ministérielles : « Nos forces d’assistance rapide verront leur importance s’accroitre et leur rôle s’accentuer. Les mesures de réorganisation qui en découleront auront pour effet d’accroitre l’efficacité de l’instrument au détriment des frais de fonctionnement ».
Les études sur une Force d’Action Rapide sont donc lancées dès la fin de 1982 au niveau de l’état-major des armées sous l’impulsion, le mot est faible, du cabinet du ministre. Au sein du groupe de travail est constitué un sous-groupe plus spécialement chargé de réfléchir à la composition et au rôle d’une force d’Hélicoptères Antichars (FHAC).
Un appui de poids est apporté aux idées du ministre par le général Poirier, le théoricien de la stratégie nucléaire, qui dans un article de la Revue de Défense Nationale de février 1983 intitulé La greffe approuve la création de la FAR tandis que l’usage de la troisième dimension lui paraît une solution pertinente. En osant simplifier à l’extrême une réflexion d’une grande densité, on peut dire que le général Poirier considéré la FAR et son unité aéromobile comme le chainon manquant dans la stratégie de dissuasion dans la mesure où leur engagement donnera au corps mécanisé le temps d’occuper des positions dont le franchissement par l’ennemi sera clairement affiché comme un ultime avertissement mettant en cause nos intérêts vitaux et donc justifiant l’usage de l’arme nucléaire tactique.
De la FHAC à la Brigade Aéromobile Expérimentale.
Avant de remettre sa démission, le général Delaunay s’est efforcé de recueillir des avis lui permettant de conserver le contrôle de l’expérimentation tout en restant dans le cadre général des directives du ministre. Deux sont particulièrement intéressants. Le premier est celui du général Baffeleuf, remis au CEMAT en décembre 1982, l’autre est celui du général Navereau, COM ALAT, sans doute remis en 1983 au successeur du général Delaunay. Une brève synthèse de ces positions permettra d’éclairer la suite de la présentation sachant que ces officiers généraux sont évidemment les mieux à même de commenter et de préciser pour l’histoire les conditions et les raisons de leurs prises de positions.
Pour le général Baffeleuf, cette expérimentation doit être conduite à un niveau suffisamment élevé pour disposer de la vision stratégique et de l’autorité nécessaires. La 1er Armée est ce bon niveau. Les moyens mis en œuvre ne doivent pas affecter les moyens des corps d’armées : une FHAC bâtie autour de deux RHC et un RI lui paraît la bonne dimension. Enfin cette nouvelle orientation de l’aéromobilité doit être intégrée dans les études et la programmation car des moyens supplémentaires seront nécessaires.
Pour le général Navereau le commandement de l’ALAT réunit les compétences nécessaires et il se situe à un niveau de synthèse et de commandement adapté à la conduite de l’expérimentation. Celle-ci concernera initialement deux RHC et un RI qui agiront sous ses ordres directs. A terme la FHAC pourrait comprendre deux groupements aéromobiles rassemblant chacun deux RHC et un RI, le tout intégré dans la FAR aux ordres du général COM ALAT.
C’est la proposition du général Baffeleuf qui sera retenue.


L’expérimentation.

 

La Force Eclair.


L’expérimentation préliminaire est lancée en décembre 1982 au 1er corps d’armée. Aux ordres du général Doussau, adjoint au général commandant le 1er Corps, la Force Eclair est composée de deux RHC ( le 1er et le 3ieme, d’un RI ( le 1er de Sarrebourg) et d’éléments du génie.


Dans une première partie, il s’agit de valider au cours de huit exercices la coopération ALAT/Infanterie/Génie, de déterminer les moyens de transmissions nécessaires et de vérifier la faisabilité d’un engagement de nuit à 250 kilomètres de la base de départ qui permet à l’ALAT de disposer d’un potentiel autonome de combat sur zone significatif.
Dans une deuxième partie de l’expérimentation, l’engagement sera porté à une profondeur de 300 à 600 kilomètres pour étudier les problèmes lié au soutien logistique et à la participation de l’armée de l’air à une telle action.
Enfin un exercice en terrain libre programmé en septembre 1983 présentera la synthèse de l’expérimentation.
Les choses ne se déroulent pas tout à fait comme prévues. Le premier exercice de synthèse en juin 1983 est un échec compte tenu de la mission donnée aux unités aéromobiles : « Occuper le terrain pour surveiller un secteur et combattre temporairement en attendant d’être rejoints par des formations plus puissantes »…. On souligne également que pour soutenir deux régiments d’hélicoptères de combat à cette distance, le tiers des avions de transport de l’armée de l’air doivent être engagés. Le soupçon pèsera sur les hauts responsables de l’expérimentation de ne pas l’avoir engagée dans les conditions les plus favorables… Cité par Jacques Isnard dans le monde du 9 juin 1983, le général de Montaudoin commandant du 1er CA déclare : « On ne cherche pas à faire de l’esbroufe, on travaille en profondeur. On se méfie des bravades et des discussions théoriques ou passionnées des bureaux parisiens ». On peut rêver meilleure ambiance…
L’arrivée du général Imbot faire taire le vent de fronde qui souffle dans la haute hiérarchie militaire. Un nouvel exercice, plus réaliste, est monté. Il se déroule en septembre 1983 dans le cadre de la manœuvre en terrain libre Moselle 83. L’engagement de la Force Eclair à plus de 300 kilomètres de ses bases permet de stopper une division blindée en mouvement démontrant ainsi son aptitude à mener des actions limitées dans la durée, sans subir de pertes trop importantes pour autant que l’ennemi ne dispose pas d’hélicoptères anti hélicoptères.La deuxième étape peut donc débuter le 1er octobre 1983 avec la mise sur pied d’une brigade aéromobile expérimentale aux ordres du général Baffeleuf sous l’autorité du général commandant la 1er Armée .

 

De la Brigade Expérimentale à la Division Aéromobile.


D’une durée prévue d’un à deux ans cette deuxième phase de l’expérimentation bénéficie des enseignements tirés précédemment. L’organisation de la brigade est celle retenue pour l’expérimentation préliminaire :

- Un état-major
- 2 RHC (soit 120 hélicoptères dont 60 antichars) - 1 RIAC renforcé de postes Milan, - du génie.

La zone d’engagement étudiée est, dans un premier temps le centre Europe, ce qui implique des liaisons étroites avec la 1er Armée pour les problèmes de coopération avec les alliés et les autres organismes nationaux.
Le mandat d’expérimentation indique que « les enseignements qui seront tirés devront permettre la constitution dans les meilleures conditions de la division aéromobile ».
Dans sa directive organisant et lançant l’expérimentation le commandant de la 1er Armée précise le cadre général à prendre en considération :

- sur le théâtre Centre-Europe la BAE peut être engagée soit aux côtés des alliés, soit au profit de la 1er Armée
- son action viserait, soit à rétablir un dispositif menacé de rupture, soit à s’opposer à une menace grave sur les arrières.

Il est précisé que les propositions pour l’organisation et les dotations de la DAM doivent rester en harmonie avec la maquette de réorganisation de l’armée de terre et donc ne pas dépasser 6415 hommes et 214 hélicoptères.
Avant d’en arriver ce volume de moyens imposé par le cabinet du ministre, l’état-major a formulé deux propositions qui ne seront pas retenues :

- la création d’une force aéromobile composée de deux régiments et rattachée à la 1er Armée
- la constitution d’une grande unité aéromobile comprenant 2 RHC, 1 régiment de CLB, de l’infanterie et du génie, formule qui se rapproche des idées défendues par le général Delaunay.

Commencée le 1er octobre 1983 l’expérimentation de la Brigade Expérimentale s’achève un an plus tard, le 14 septembre 1984 avec l’exercice Damoclès auquel assistent les plus hautes autorités de la Défense.

En clôturant l’exercice le ministre s’exprime ainsi : « Si je résume le bilan de l’expérimentation de notre concept aéromobile, je constate qu’une grande unité aéromobile possède au plus haut degré les qualités attendues de la Force d’Action Rapide. Au-delà de l’innovation tactique qui repose sur une incomparable faculté de mise en place, de surprise et de destruction, la création d’une grande unité aéromobile est encore et bien davantage, une innovation tactique majeure ».
S’adressant aux participants il ajoute : « Vous êtes à l’origine d’un nouvel "esprit aéromobile" fait de compétence, de disponibilité et de passion ».

Le 30 octobre 1984 la général commandant le 1er Armée rend son rapport : « La preuve est faite que cette grande unité aura, dès sa création la capacité d’être engagée à 350 kilomètres de la zone de déploiement initiale, dans un délai de 24 heures, contre une formation de blindés en mouvement ».
Mais il conclut : « Ses possibilités d’aujourd’hui sont en retrait par rapport aux possibilités virtuelles qu’elle n’acquerra que dans 10 ou 15 ans lorsque les équipements considérés comme souhaitables auront été réalisés. La DAM sera dès sa création en juillet 1985 une grande unité originale, riche de potentialités mais qui nécessitera pendant plusieurs années des efforts financiers importants ».

 

Les « efforts financiers » ne seront pas au rendez-vous.

La Brigade Aéromobile rejoint la FAR et la DAM est créée le 1er juillet 1985.

Elle suscite enthousiasme et critique mais ceci est une autre histoire…

 
 

Principales propositions de l'expérimentation

A)- Création d'un régiment d'infanterie aéromobile.
Chargé de fournir au Général, le contour apparent, puis les axes d'effort adverses, il participe à la destruction des blindés ( 45 postes de tir « Milan » .
Il est articulé en :

1 Compagnie légère de renseignement(CLR)
180 hommes, utilisant des motos « type trial », disposant de moyens d'observation et de transmissions performant et cryptés, agissant en binômes héliportés par « Puma » pour, fournir un contour apparent de la menace, puis renseigner sur la profondeur de son dispositif .

3 Compagnies d'éclairage et de combat antichar (CECAC)
Très mobiles (jeep type 2ème guerre mondiale élinguables, en attendant un véhicule plus adapté ...) armées de postes de tir Milan (jour et nuit) elles fournissent des feux antichars en complément de ceux de hélicoptères .

1 compagnie de contre -mobilité (CCM)
Armée par des spécialistes du Génie elle canalise la menace, elle est mise en place par »Puma « .

1 compagnie d'intervention aéromobile (CIAM)
Sa mission principale est d'assurer la « sûreté » de la zone arrière

B) Création d'un « régiment de commandement de manœuvre et de soutien « (RHCMS)
Il doit : permettre la constitution des PC sur Puma de la Division, assurer l'ensemble des héliportages des éléments d'infanterie, et fournir au régiment de soutien les « Puma » nécessaires à sa mission. Les escadrilles « Puma » dont il est composé seront réalisées par prélèvement sur les RHC de la future Division.

C) Création d'un « régiment de soutien aéromobile » (RSAM)
Disposant des » Puma » du RHCMS, assurer le soutien logistique de la Division ; en particulier, constituer un maillage de « plots de ravitaillement/carburant, missiles » au profit des RHC. et du RIA.

 

Témoignage du GCA (2S) Georges BAFFELEUF

(Ingénieur navigant d’essais, ancien commandant du 1er RHC, Premier commandant de la BAE et COMALAT de 1984 à 1987)

Nous sommes en 1982 et alors que je commande l’Ecole des ORSEM (Officiers de Réserve servant en Etat-major), les réflexions sur une Force d’Action Rapide sont lancées au niveau de l’état-major des armées sous une impulsion forte du cabinet du ministre de la défense. Au niveau de cet état-major, un sous-groupe est constitué en charge plus particulièrement de réfléchir à une Force d’Hélicoptères Antichars.

Sollicité en urgence par le Chef d’Etat-major de l’Armée de Terre, le général DELAUNAY, je rédige une fiche sur la mise sur pied d’une Force d’Hélicoptères Antichars le 25 décembre 1982, entièrement manuscrite. (Windows n’était pas encore passé par là et pas de secrétaire disponible à ce moment de l’année !)
Devant intervenir le plus rapidement possible, l’objectif de cette force était de pouvoir intervenir seule, au moins initialement, en Europe ou hors d’Europe avec une partie des moyens. Ne comprenant que des moyens aéromobiles, cette force pourrait être constituée d’un noyau dur autour de deux RHC et d’un régiment d’infanterie. L’ensemble de ces moyens étant commandé, soutenu et appuyés, initialement tout au moins par moyens aériens.

Les nouveaux problèmes posés résultaient des caractéristiques nouvelles d’engagement :

-autonome et à grande portée, ce qui nécessite un système de commandement à longue distance adapté, un système de soutien logistique par voie aérienne, un système d’appui feu éventuel et d’insertion dans l’espace aérien
-insertion dans un dispositif allié

D’où la nécessité de lancer sans tarder un ensemble d’études et d’expérimentations au bon niveau afin de faire aboutir le projet. J’ai donc convaincu le CEMAT que ce projet devait être abordé par le haut (EMA et EMAT) et que l’autorité responsable de la direction d’ensemble et de la coordination des études devait être placée au moins au niveau de la 1ère Armée.

Mes propositions seront retenues par le CEMAT et le cabinet du ministre et après avoir suivi à Paris les réunions de travail de janvier à mai 1983, j’ai pris la tête de la BAE le 1er septembre 1983 avec une petite équipe d’officiers et sous-officiers dont le dévouement, l’enthousiasme et la compétence ont fait la réussite de l’expérimentation.

 

Départ du général Baffeleuf
 
 

Témoignage du GCA (2S) Henri Preaud

 Succédant au Général Baffeleuf, j’ai été nommé Commandant de la BAM le 1er avril 1984, à la surprise de beaucoup de camarades, anciens commandants de RHC, et donc plus expérimentés dans l’ALAT :

En effet, après 26 ans de commandements dans l’ABC, de sous-lieutenant à Dien-Bien-Phu à Général de brigade à la 4e DB, mais après seulement 8 ans dans l’ALAT comme Capitaine, observateur-pilote en Algérie commandant la 1ere Escadrille d’Alouette III SS-11 au Galdiv 1, puis Instructeur ALAT à Saumur, ce dernier poste ALAT remontant à 16 ans auparavant !

 Cette nomination « surprise » était due aux 2 facteurs suivants :

— Mon expérience d’avoir participé aux premières expérimentations tactiques de combat Chars-Hélicoptères, de 1963 à 1964, au niveau de l’escadrille que je commandais
— Ma disponibilité à Nancy, après 3 ans comme GDB adjoint de la 4eme DB, pour commander la BAE.

Pendant ces 15 mois, les expérimentations se sont poursuivies, à l’échelle d’une grande unité ALAT face à une DB du Pacte de Varsovie, dirigées par la 1ere armée, et très directement par le Général Houdet.
De très nombreux exercices « BREX » ont placé la BAE dans des conditions variées, dont la dernière face à la 7eme DB comme plastron, simultanément, ont été inventés les systèmes de commandement et de soutien de la BAE, et leur déploiement sur le champ de bataille, en s’inspirant de ceux d’une DB, avec les adaptations pour une grande Unité totalement aéromobile.

La présentation « DAMOCLÈS » à Chaumont, devant le Ministre de la Défense Mr Hernu, le CEMA, le Commandant de la 1ere Armée, le Commandant de la FAR, a clos brillamment et avec succès ces expérimentations, confirmé la valeur de mettre sur pied une Division aéromobile, à partir de la BAE.

Le 1er Juillet 1985, était créée à Nancy cette 4eme Division aéromobile aux ordres du Général PREAUD qui devait la commander jusqu’au 30 Juin 1988.
Promu commandant de FAR (Force d’Action Rapide) à l’issue, je n’ai jamais pu oublier cette merveilleuse petite équipe d’officiers et sous-officiers, dont la compétence, l’enthousiasme et l’ardeur au travail ont permis l’éclatante réussite de cette aventure qui a profondément changé l’ALAT.

 

L'Etat-major de la DAM au complet en 1985.

Note du webmaster :
merci à ceux qui pourront m'aider à identifier l'ensemble des personnes sur cette photo,
je ne me souviens plus de tous les noms...
et je ne suis pas en mesure de changer mes barrettes mémoire.

 
 

 La Brigade Aéromobile Expérimentale (1983 - 1984 )

Témoignage

 Général (2S) Roger Prigent

Depuis des années, sur tous les théâtres où l'Armée française est engagée, les équipages de l'ALAT obtiennent des résultats remarquables. L'histoire de l'aérocombat est brillamment illustrée par ceux qui, aujourd'hui, servent sous le béret bleu. Les propos qui suivent ambitionnent d'être le récit d'une autre aventure collective passionnante ; elle a concerné de nombreux « vétérans » et reste susceptible d'intéresser ceux qui leur ont succédé.

Comment ne pas évoquer, 30 ans après sa création, le souvenir de ce que fût la « Brigade Aéromobile Expérimentale » .
Ces libres propos ne sont pas destinés à exposer le résultat de cette originale expérimentation : la 4ème Division Aéromobile (les meilleurs auteurs en ont exposé l'organisation et les modes d'action), mais plutôt à évoquer la « petite histoire » de cette période.

Les prémices

Destinée à proposer les structures d'une « grande unité aéromobile » la Brigade ne survient pas " ex nihilo " dans le concept d'engagement contre les forces du Pacte de Varsovie. Rappelons aux lecteurs que, en ces temps lointains, le Corps de bataille français est composé, aux ordres du Gal Gouverneur de Strasbourg ,Commandant la 1ème Armée, de 3 corps d'armée ... Aux FFA (1) aux côtés de Alliés, le 2ème CA. Dans la zone Nord, le 3ème CA ; l'Est/France est couvert par le 1er CA , le plus complet et le mieux équipé (PC à Metz). Chacun de ces Corps compte dans ses rangs un état-major ALAT réduit, le Com.Al.Ca (2) responsable de l'engagement des formations ALAT, soit de 1 à 2 R.H.C (3). Un GHL(4) complète le dispositif ALAT qui rassemble donc, au 1er CA, environ 150 aéronefs .

En 1982-83 le Ministre de la Défense est Mr. Charles HERNU ; il ordonne, début 1983, que soit étudiée la capacité d'une « force aéromobile » à intervenir, à 300 kms de ses bases, contre un adversaire de la taille d'une division blindée du Pacte agissant en DAG (5) et ayant percé le dispositif allié ... Cette mission est confiée au Gal Gouverneur de Metz, commandant le 1er Corps (et la 6ème Région Militaire).

La 1ère Phase

Il est alors constitué, sous l'égide du 1er CA (un peu réticent ...) un ensemble interarmes baptisé " Force Eclair " comprenant, le COMALCA.1, les 1er et 3ème RHC, le 11ème GHL, le 1er Régt. d'Inf. et quelques éléments du Génie .

Après de nombreux exercices partiels, en salle, puis en vraie grandeur sur le terrain, cette « Force » participe, à la fin du printemps 1983, à l'exercice en terrain libre du 1er CA baptisé « Moselle 83 ». Au cours de celui-ci, qui se déroule devant un plateau d'autorités politiques et militaires de haut niveau... le MINDEF (qui a survolé tout l'exercice en Gazelle, écrit, dans celle-ci , un message aux troupes) :

... « Moselle 83 , c'est la 1ère expérimentation, en grandeur réelle, de la nouvelle grande unité aéromobile que j'ai créée ....devant un tel exercice, les Français savent qu'ils ont une armée de terre compétente, dynamique, disponible au service de la Nation » (texte original détenu par le rédacteur).

La 2ème Phase

En début d'été 1983, le COMALCA 1 reçoit donc la mission de constituer un état-major de Brigade Aéromobile Expérimentale et de l'installer à Nancy .
Le Général Georges BAFFELEUF ( ancien Cdt du 1er RHC), suité d'un colonel adjoint, va prendre la direction d'un ensemble singulier que nous allons dénommer  "état-major" :

-12 officiers( dont 7 ALAT , 2 Inf , 1 Trs , 1 Mat , 1 A. Air )
-12 sous-officiers, dont 1 Sous-officier féminin
-4 Militaires du Rang, dont un Mdr féminin
- pas de raton laveur...!

Doté d'une ligne budgétaire « honnête », mais surtout débordant d'un enthousiasme sans faille, usant de toutes les ressources d'un esprit entreprenant et diplomate, le détachement précurseur (6) se met à l'ouvrage pour trouver des locaux adéquats, les faire mettre aux normes, peindre, y installer les futurs « bureaux », lesquels ne sont d'ailleurs pas clairement définis ... il demeure, dans le rappel de cette période, le souvenir ému d'un tabouret métallique, qui sera pendant quelques jours, l'unique meuble de l' »état-major »... Il convient ici de rappeler que cette installation se fait dans LE quartier du Général Simon, Cdt la 4ème Division Blindée et son Etat-Major, et sous des rumeurs de proche dissolution de celle-ci .... L'accueil fait aux « coucous » ne respire donc pas toujours, initialement, la franche camaraderie. Comme l'écrira plus tard un des fantassins affectés à la BAE, :... " s 'aimer , ce n'est pas de regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction ".

A l 'été, tout le monde est sur le pont, l'organisation en « bureaux » est décidée, les personnels en place, l'installation matérielle réalisée pour l'essentiel. Les 1ère études commencent, sous l'égide du 1erCA. Un calendrier d'exercices, en salle et de leur application sur le terrain, est élaboré : les " Fenestron " et autres " BREX ". Simultanément, l'EM/BAE s'ouvre au système de transmissions RITA, et étudie son adaptation à la BAE et aux aéronefs (Puma/PC).

D'emblée, apparaissent obligatoires des modifications importantes de l'organisation du 1er RI. En effet ce Régiment d'Infanterie de CA, gros régiment motorisé sur VAB, doit être « aéromobilisé » dans ses structures, et dans les cœurs ... Pendant ces 9 mois d'expérimentation, « Picardie » sera astreint à « n +1 » changements de structure, de matériels, passant du VAB à la " jeep aéromob " (7), à la moto légère, etc.... Un hommage particulier doit être rendu aux chefs et aux hommes de ce beau Régiment qui ont sû faire, pendant cette période, la preuve de leur astuce et de leurs grandes facultés d'adaptation .

 Les Escadrilles/ALAT quand à elles progressent en « transallisation rapide » et accroissent considérablement leur capacité en vol de nuit (8) tout en s'adaptant au nouveaux procédés de « soutien de l'avant adapté » .

Les premiers exercices, menés tambour battant, arbitrés sous les auspices du 1erCA, font rapidement apparaître la large palette des problèmes qui devront être résolus dans tous les domaines : organisation des PC, Transmissions, liaison avec les Alliés, logistique, etc... , un certain scepticisme se lit, à l'occasion, dans les réflexions des contrôleurs, (parfois peu enclins à ne pas laisser percer que leur objectivité, vis à vis des propositions souvent iconoclastes de la BAE) .

Pour assurer le fonctionnement des cellules des PC de la BAE au cours de ces exercices, celles-ci sont renforcées, toutes les 6 semaines, par du personnel prélevé sur les Ecoles de l'ALAT, et par des officiers stagiaires à l'ESG (9) ; cette disposition, même si elle crée un turn-over important, favorise l'éclosion d'idées nouvelles.
Rapidement pourtant, un constat s'impose. Le niveau « corps d'armée » ne semble pas le mieux adapté pour la conduite de l'expérimentation. Le Général Cdt la 1ère Armée est donc sollicité, il conduira ensuite l'étude jusqu'à son terme .

3ème phase

Au printemps 1984, le 30 Mars, un évènement d'importance place la BAE sous les projecteurs de l'actualité.

Appelé à devenir le nouveau « COM/ALAT », le Général COM/BAE quitte la direction de l'expérimentation.

Les cérémonies qui marquent son départ font l'objet de « papiers » dans la presse régionale et nationale. Ceux-ci titrent: « ...les trois Gouverneurs de l'Est présents au départ du Gal BAFFELEUF»(10)
Le Gal d'Armée de LLAMBY Gouv. de STBG , Cdt la 1ère Armée lit à cette occasion un ordre du jour très élogieux où il souligne » qu'il lui appartient de porter témoignage des excellents résultats obtenus ... »
Le Gal Henri PREAUD succède au 1er patron de la BAE. Ancien de l'ALAT, pilote de HA, le Gal PREAUD, alors adjoint au Gal Cdt la 4èmeDB, voit sa carrière s'infléchir vers une autre direction que les Blindés (11). Débute pour cet officier général la route qui le conduira, après le commandement de la 4èmeDAM, jusqu'à la tête de la « Force d'Action Rapide », cadre d'emploi au sein duquel, d'emblée, le Ministre de la Défense avait placé la future DAM .

Sous les auspices de l'EM/1ere Armée (12) l'expérimentation se poursuit, l'allure d'une future grande unité commence à se dessiner, tandis que l'organisation à venir d'un régiment d'infanterie aéromobile se dégage peu à peu. L'organisation du « soutien » : maintien en condition, santé et ravitaillement par voie aérienne /COTAM et ALAT est validée... les problèmes complexes de l'appui aérien et de la coordination/ 3ème Dim sont ébauchés. Apparaît aussi l'obligation de disposer d'une "compagnie de commandement/transmissions sur hélicoptères" comme d'un « bataillon de soutien aéromobile » et d'un "bataillon d'hélicoptères de manœuvre"...

Tandis que se prépare LA manœuvre en terrain libre « DAMOCLES » qui fait suite à l'exercice en terrain libre « DOUBS 84 », et concluera l'expérimentation, le Gal Forray, Cdt la F.A.R, et le Gal de LLAMBY, parfois décontenancés par l'originalité des solutions proposées, adhèrent et soutiennent les dernières mises au point. Début Septembre 1984, la BAE, disposant d'appui « transport d'assaut » et des « feux » de la FATAC, va être opposée à une force ENI constituée de la 7ème DB, renforcée du 8ème Régiment de Hussards. Après 4 jours de combat intense (!), de nuit comme de jour, la 1ère Brigade aéromobile française a rempli sa mission....

Le 15 Septembre 1984, la Base de Chaumont-Semoutiers est le théâtre d'un « show aéromobile » qui permet au Gal de LLAMBY. de présenter à un parterre de hautes autorités ... le MINDEF, le Gal LACAZE (CEMA ), le Gal IMBOT(CEMAT), le Gal FORRAY (COMFAR), le Gal FORGET Gal (Cdt la FATAC)(14), Gal BAFFELEUF Cdt l'ALAT, etc... les résultats de l'expérimentation .

Le Mindef déclare ... "Innovation stratégique capitale... glaive qui permet de porter le coup d'arrêt ... cette future Division est prête à combattre, de jour comme de nuit, jusqu'à 350 kms de ses bases, dans un délai d'une demi-journée ... est né un nouvel esprit aéromobile fait de compétence, de disponibilité et de passion... ". (Le Monde/Jacques Isnard)

Réflexions

Il est facile d'imaginer que l'EM/BAE durant cette période intense ne souffre d'aucun ennui ... en effet il convient de mener simultanément, études internes en salle et mise sur pied en vue de l'exécution sur le terrain des BREX, organisation des PC et de leur condition matérielle d'existence... ( même si la rusticité des officiers généraux, nombreux à venir inspecter (ou suspecter ?) est, pour certains d'entre eux, historique, il peut se produire que des personnels fassent part de leur... faim ). De même, l'Administration ne perdant pas ses droits, un EM reçoit et se doit de produire, notes de services et rapports divers, enfin le commandement des 3 formations /ALAT subordonnées exige aussi quelques menues tâches... les 22 cadres affectés feront donc la démonstration d'un don certain pour l'ubiquité...

S'efforçant de ne négliger aucun des aspects de sa mission de « chef de corps » le CEM/BAE fait homologuer, le13 Janvier1984 , l'insigne de la Brigade : "écu allongé stylisé bleu à la filière d'argent, à une bande rouge bordée d'or avec 3 alérions d'argent ; le tout broché d'un chardon rouge tigé et feuillié de vert . En chef 2 étoiles d'argent posées en face ,bordant l'écu en pointe, étoile d'argent ailée soutenant une grenade d'or".(15)

Sous la pression de certains des personnels, prétendant faire baisser celle-ci lors des jours où soufflait un vent mauvais...un « club cycliste » est mis sur ...pédales, et fera le bonheur des assoiffés de nature, comme les sorties pédestres : “Ronvaux” et autres auberges...

La « force de frappe » du « Chef » est représentée par 1 sous-officier féminin, fraîchement issue d'un état-major parisien de haut niveau; elle va découvrir rapidement l'originalité de sa nouvelle affectation... Assistée d'un brigadier-chef féminin adjoint, ce jeune sous-officier fera face avec une grande compétence et une bonne humeur à toute épreuve à toutes les activités, au quartier et sur le terrain. Ultérieurement, elle sera le ”chef du Secrétariat” du ...Chef d'EM de la ...4ème DAM.

Le lecteur pourrait retenir de ces lignes que tout a fonctionné magnifiquement pendant cette période... Certes, il y eut les jours heureux, comme la mise sur pied “flash” d'un détachement du 1er RHC pour l'outre-mer, le retour après ses succès du détachement "Liban", et les “BREX” réussis. Il y eut aussi les jours sombres: accidents aériens graves. Retenons surtout le remarquable et rapide ”amalgame” entre les membres de cette structure composite et originale, disposant de niveaux de culture, de compétence technique et tactique comme de vécus, différents. Ainsi un sous-officier mécanicien C.M sera “bombardé” à sa grande confusion... Chef de Cabinet du Général !(16)

Ces hommes et ces femmes n'ont ménagé durant toute cette période, ni leur temps, ni leur peine. Ils ont sû faire la preuve de leur capacités à s'adapter, innover et argumenter, sans se troubler devant les interrogations parfois insidieuses d'autorités de haut rang . De surcroît, ils ont dû supporter le caractère “calme et sans passion”... du “chef”. Il va de soi que ce jugement s'applique aussi aux unités “joueurs” dont les “retex” ont été concrets et pertinents . Qu'ils reçoivent ici le témoignage de la vive reconnaissance, comme de l'amitié que leur porte leur ancien "chef d'état-major".

En 12 mois, la Brigade Aéromobile Expérimentale aura conduit cette expérimentation de telle sorte que, affinée au cours de la période 1984-85, puisse naître, le 1er Juillet 1985 la première grande unité aéromobile française, la 4ème Division Aéromobile .

Renvois

(1) Forces Françaises en Allemagne
(2) Commandement de l'ALAT de Corps d'Armée
(3) Régiment d'Hélicoptères de Combat
(4) Groupe d'Hélicoptères Légers
(5) Détachement d'Avant-Garde du Groupement de Manoeuvre Opératif (G.M.O)
(6) 2 officiers supérieurs /ALAT : le LC LSC, dit « Joseph »... et le CE. GIRARDOT
(7) ...la masse de celle-ci, équipée posant quelques problèmes d'emport à l'élingue sous « Puma »
(8) le vol de nuit se pratique alors « à vue »; les équipages n'étant , à cette période, ni dotés de JVN ,ni tous instruits à ce type de vol .
(9) et de l'état-major, naissant de la Force d'Action Rapide (FAR). L'un de ces officiers, affecté à l'issue à la BAE, sera chef de corps d'un RHC, prendra plus tard les fonctions de Gal Gouv. de Nancy, Cdt la 4ème DAM ...il est aujourd'hui en 2ème section , avec « rang et appellation de Gal de corps d'armée » et Président de l'UNAALAT...
(10) Gouverneur de Stasbourg, gouverneur de Metz, Gouverneur de Nancy.
(11) le Général Préaud commandait à Dien Bien Phu LE peloton de chars du camp retranché
(12) où, sous les ordres directs du GDiv. HOUDET, futur Cdt en Chef des FFA, oeuvre le colonel de MOULINS d'Amieux de Beaufort, chef du Bureau Emploi/1èmeA., très apprécié de l'EM/BAE.
(13) Commandement du Transport Aérien Militaire .
(14) Force Aérienne Tactique
(15) le dessin de cet insigne rare, est à porter au crédit du COMTRANS/BAE, le chef de bataillon VERMET .

 

Quelques souvenirs des premiers mois, à l’orée d’une belle aventure...

Général (2S) Claude Proisy

Des vertus de l’esprit d’équipe…

L’intégration au sein d’une équipe dynamique et rapidement soudée, fortement motivée par une mission novatrice et où s’ instaura rapidement par-delà la hiérarchie naturelle un fort esprit de camaraderie, constitua une thérapie souveraine pour chasser le spleen ressenti en quittant le commandement d’un régiment.

Cet esprit d’équipe engendra par ailleurs une grande spontanéité dans nos rapports professionnels, depuis les passages du général dans l’un ou l’autre de nos bureaux pour recueillir nos réflexions dominicales ou ébaucher un projet sur un tableau papier, jusqu’aux réunions qui se tenaient souvent de façon impromptue pour creuser une idée autour d’une table ronde. ( « dans le calme et sans passion », mais avec détermination !)

QGO …RITTA !

Lors d’un exercice de brigade dans les collines du Mâconnais (PC à MERCUREY !), alors que la force du vent empêchait le déploiement des antennes RITTA nos RHC continuèrent à voler et menèrent la mission à son terme …La performance suscita l’admiration des visiteurs d’autres « corporations » assistant à la manœuvre.

Protocole et apanage…

L’état-major ne pouvant raisonnablement compter deux Roger en ses rangs, l’un de nos éminents camarades se prénomma Joseph, son deuxième prénom, pendant une année afin de respecter l’apanage, en ce domaine, du chef d’état-major.

Les coucous

Notre précurseur, au mérite duquel il faut rendre hommage, fut qualifié, par un membre de la puissance accueillante tenue de nous faire un peu de place, de « coucou venant s’installer dans le nid des autres ». Ce premier accès d’humeur n’entacha toutefois pas ultérieurement la qualité de nos relations qui furent rapidement normalisées.

Les premiers P.C.

Avant la mise en œuvre d’un ensemble de modules gonflables astucieusement conçu et réalisé par notre B.log et qui se déployait en quelques minutes sous les pales du puma radio, la rusticité de nos P.C.- avant (je me souviens de l’un d’entre eux installé dans une grange sur des ballots de paille) suscita parfois l’étonnement de certains de nos visiteurs de haut rang.

PRY, à l’époque chef du B.E.I.R.

 
 

L’arrivée de la Brigade Aéromobile Expérimentale à NANCY

Vue par le Général (2s) LESCASSE.

Nous sommes en mai 1983, je suis dans mon bureau de Chef du BEI du 2ème RHC lorsque je reçois un coup de téléphone du Général COMALAT en personne qui me dit en substance, « je vous mute à Nancy pour y accomplir une mission enthousiasmante dont je ne peux vous parler pour le moment».

Le 1er août 1983, je me présente à METZ au Comalca I où je dois prendre mes consignes. Je suis le premier et pour le moment le seul Officier et donc je suis désigné comme responsable de l’installation de l’Etat Major de la future BAE à NANCY au quartier Verneau occupé par l’Etat Major de la 4ème Division Blindée.

Le lendemain arrive le Commandant GIRARDOT, de ma promotion EMIA et de mon stage 2 OPH 70. Nous serons 2 Officiers tout le mois d’août pour installer la BAE.
Dés mon arrivée, je me présente au Général Commandant la 4ème DB qui me reçoit ainsi :

« Ah voilà les Coucous qui s’installent dans le nid des autres ».

Dans son Etat Major il règne une espèce de rancœur vis-à-vis de l’ALAT, à tel point que les « Alatiens » affectés n’osent pas s’afficher avec nous. Cette rancœur est d’autant plus compréhensible que la 4ème DB doit être dissoute et remplacée par….la 4ème Division Aéromobile.

On nous affecte un bureau de quelques mètres carrés, j’ai une table et une chaise et mon camarade GIRARDOT est assis sur un tabouret semi métallique.

Quid du futur emplacement de la BAE ? C’est un petit rez de chaussée situé dans une aile du quartier Verneau, infrastructure délabrée et sans allure. De cela, en un mois, il faut faire un ensemble de bureaux, salle de réunions, toilettes, douches etc.…digne de recevoir un Général et son Etat Major.

Heureusement nous avons un budget très large et une équipe de casernement du 1er RHC particulièrement efficace et compétente ce qui nous permet lors de l’arrivée progressive des futurs membres de l’EM BAE, qui débute dés le 1er septembre, de les accueillir dans un cadre entièrement rénové, fonctionnel et agréable.

Juste avant de rejoindre notre bâtiment définitif, GIRARDOT et moi avons eu un vrai moment de réconfort en voyant entrer dans notre petit bureau un Général vif et souriant, s’écriant « Ah ! quel plaisir de voir des bérets bleus dans ces murs !! ».

C’était le Général PREAUD, Adjoint du Général Commandant la DB. Un rayon de soleil dans un monde hostile…

 
 

Une réunion à l’Etat Major de la 1ère Armée.

Racontée par le Général (2S) LESCASSE.

La 1ère Armée était responsable des expérimentations tactiques de la Brigade Aéromobile et fixait donc le cadre des exercices, la conduite en étant assurée par la BAE elle-même. Une grande présentation des savoir faire de la Brigade devait être faite au Président de la République en 1985. Baptisée « FERMONT », nom du lieu où elle devait se dérouler, cette présentation faisait, et l’on s’en doute, l’objet d’une préparation minutieuse de la part des deux Etats Majors plusieurs mois avant sa réalisation.

Nous voilà donc à Strasbourg, le Général PREAUD et moi pour une de ces réunions de préparation comprenant une vingtaine d’Officiers. La 1ère Armée était commandée à l’époque par un Général, « le Géné Chef », tout particulièrement autoritaire, qui ne souffrait aucun « à peu près » et qui crucifiait quiconque osait le contredire. Son chef de bureau « emploi », un Colonel brillant et à l’avenir prometteur, venait de se faire renvoyer à sa place suite à une hésitation dans son exposé au paperboard pour « préparation insuffisante », lorsque le Général 1ère Armée commença à lister ses exigences pour FERMONT. Une de ses exigences me fit tressaillir. Il exigeait que l’on embarque dans la soute d’un Puma, par une trappe arrière et en roulant, un LOHR, petit véhicule en dotation au Régiment d’Infanterie de la BAE, le 1er RI. Le LOHR était transportable à l’élingue mais de la taille d’une jeep, il ne pouvait en aucun cas satisfaire l’exigence du Général. J’étais à côté du Général PREAUD qui me voyant trépigner, me fit signe d’intervenir. Un peu inquiet car un Officier Supérieur de la STAT notait les directives sans sourciller, je demandai la parole et respirant très fort, je dis : « Mon Général, il sera totalement impossible ni dans 6 mois ni jamais de modifier un Puma pour le rendre capable d’embarquer un LOHR ». Je vis alors l’Officier STAT opiner du Chef ce qui me rassura, pensant qu’il n’avait pas osé monter au créneau. Un silence qui me parut interminable s’en suivit.

Tout l’Etat Major avait la tête baissée dans les notes attendant la foudre.

Le Géné Chef, se mit à hurler : « c’est quand même incroyable qu’aucun Officier de mon Etat Major n’ait été capable de me dire ça alors qu’on en parle depuis longtemps !! ».
La foudre que je craignais était tombée, mais pas sur moi .

 

Témoignage

Général (2S) Gérad Labadie

Après avoir servi pendant trois ans au Bureau d'études de l'Etat major de l'Armée de terre comme officier traitant aéromobilité, j'ai rejoint Nancy au début de l'été 1983 pour remplir les fonctions de Colonel adjoint au Général appelé à commander la toute nouvelle Brigade aéromobile expérimentale. Ce qui caractérisait la douzaine d'officiers de tous grades que j'allais rejoindre pour former l'ossature de son état major, c'est que nous avions tous une solide expérience ALAT, acquise au cours de parcours très différenciés avec un passage bien sûr dans les Armes dites de mêlée. Nous avions tous conscience d'être appelés à vivre, pendant deux ans, une expérience unique en son genre au sein de l'Armée de terre.

Trente ans ont passé. La poussière évènementielle, qui empêche trop souvent de voir l'essentiel, est aujourd'hui retombée. Mon témoignage porte sur cette conviction que l'Armée de terre avait très bien fait les choses pour valider le concept d'emploi d'une force aéromobile autonome, en lançant cette expérimentation en vraie grandeur sur le terrain. Ce n'était plus l'affaire de la seule ALAT. C'était devenu l'affaire de toute l'Armée de terre. Et ce fut là notre salut. Comme l'a écrit A. de Saint-Exupéry : « Rien n'est vrai que d'un poste ».

C'est pourquoi nous fûmes, dans un premier temps, un peu surpris par la froideur apparente de l'accueil que nous ont réservé certains officiers de la garnison. J'ai vu dans cette attitude symptomatique les derniers remugles d'une controverse, largement répandue jusqu'alors. Il y avait d'un côté les tenants d'une ALAT d'appui aux armes, avec essentiellement des hélicoptères antichars, la menace géostratégique étant à l'est, à base de divisions blindées, et de l'autre, ceux qui étaient habités par la vision prospective d'une force aéromobile capable d'agir de façon autonome.

C'était donc devenu l'affaire du Général commandant la 1ère Armée de Strasbourg pour ce qui concerne la direction générale de l'expérimentation et l'élaboration du concept d'emploi qui en résulterait. C'était aussi l'affaire du Général commandant le 1er Corps d'armée à Metz pour ce qui relève de la coordination des actions et la fourniture des moyens. C'était enfin l'affaire de toute l'Armée de terre, puisque plusieurs dizaines d'officiers supérieurs appartenant à toutes les Armes et en provenance des états majors de l'Administration centrale et des grandes Unités opérationnelles, avaient été désignés comme observateurs. A ce titre, ils ont assisté à chaque débriefing de la dizaine d'exercices aéromobiles majeurs préparés par les officiers de la cellule opérations de la 1ère Armée, en liaison avec les officiers de l'état major de la B.A.E.

Il s'est avéré rapidement que la complémentarité des parcours des officiers appelés à constituer l'état major de la B.A.E. allait favoriser l'émergence d'une intelligence collective les rendant très vite aptes à s'intégrer dans la complexité d'un tel dispositif. Pour ma part, à titre d'exemple, j'avais, entre autres, servi deux fois au 9ème Régiment de Chasseurs Parachutistes, comme lieutenant en Algérie, puis comme Chef de bataillon à Toulouse. Dans l'ALAT, comme officier pilote sur Vertol H21, j'ai servi au Centre d'Expériences nucléaire au Sahara, puis au Groupe d'expérimentation des matériels de l'ALAT à Valence. Enfin, j'ai commandé le 6ème Régiment d'Hélicoptères de Combat à Compiègne avant d'être affecté à l'EMAT. Il en allait de même pour les autres officiers de notre petit état major. Ce sont les Généraux Baffleuf et Préaud qui ont su leur donner l'impulsion, l'envergure et l'aisance nécessaires pour traiter directement avec leurs correspondants des échelons supérieurs. Il en est résulté un processus d'échanges « gagnant-gagnant » dans lequel chacun s'enrichissait des connaissances, des expériences et du travail des autres pour affiner ce que pourrait être le futur concept d'emploi.

S'agissant des exercices majeurs de l'expérimentation sur le terrain proprement dits, tous les observateurs ont souligné le professionnalisme exemplaire dont ont fait preuve tous les personnels engagés, de jour comme de nuit, quel que soit le temps et quelle que soit la saison. Il s'est créé un esprit de corps particulier, gage d'une très grande efficacité, entre les équipages des 1er et 3ème R.H.C., les fantassins du légendaire 1er R.I., les personnels des unités de soutien et les officiers de l'état major de la B.A.E.. Chacun avait le souci d'agir comme s'il se sentait individuellement responsable de la réussite du projet dans sa globalité. Pour ma part, tout en assumant les charges secondes mais pas secondaires de Colonel adjoint auprès des personnels des unités subordonnées, j'ai eu le privilège d'être invité par le Général Baffleuf, puis par le Général Préaud, à participer à la rédaction des rapports d'étape intermédiaires, et donc de vivre des moments de forte, loyale et très enrichissante collaboration.

A la fin de cette grande aventure, j'ai rejoint l'ESALAT pour en prendre le commandement, avec cette mission reçue du Général COMALAT, dans le droit fil de l'esprit prospectif sous-jacent à cette grande expérimentation : réfléchir sur les modifications à apporter au cursus initial de formation des officiers élèves pilotes pour y inclure un légitime volet portant sur les compétences et les vertus à développer pour affronter la fureur des combats dans un engagement autonome.

Qu'il me soit permis, en guise de conclusion, de rendre un hommage posthume au Général Maurice CANNET et au Colonel Claude REGIS qui ont su me communiquer leur foi en l'avenir d'une force aéromobile autonome reposant sur le développement d'hélicoptères armés mieux adaptés.

Qu'il me soit permis également de remercier Sainte Clotilde, patronne de l'ALAT, pour m'avoir donné l'occasion de partager avec d'autres officiers qui se reconnaîtront, cette joie intérieure que procure la dynamique de l'action au service d'une cause qui vous dépasse.

 

Témoignage

Général (2S) Michel Berlaud

Un fantassin à la BAE en 1983-1984: de l’histoire militaire à l’histoire militaire

Octobre 1983. Muté en été comme professeur au cours « histoire » de l’Ecole de guerre, je reçois un appel de la DPMAT. « Michel veux-tu aller à Nancy ? »- Quand, l’an prochain ? Je viens d’être affecté ! -: « Non, tout de suite. Il y a une structure expérimentale aéromobile qui se créée. Sur nos tablettes, tu es le fantassin breveté qui a fait le plus d’aéromobilité. D’ailleurs, le général Baffeleuf rencontre le général DPMAT demain pour régler ce détail ». Fin du sketch.

C’est ainsi que j’ai rejoint l’équipe du colonel Prigent en novembre 83 à Nancy, fort de mes deux temps de commandement de capitaine au 1er RI (Cie de combat et Cie AC) et de mes connaissance fraîches de l’ESG. La BAE naissante cherche sa place à l’ombre de la 4ème DB-61ème DMT.

Je suis dans l’équipe emploi, adjoint au LTC Lescasse et chargé des questions de combat au sol. La nouvelle grande unité à structure interarmes a besoin de permanence opérationnelle: renseignement, complément de feux antichar et contre-mobilité (génie). Je dois contribuer à l’intégration d’une infanterie souple adaptée à un concept novateur autour d’hélicoptères vecteurs de mobilité, de puissance et de polyvalence. Constat immédiat, le 1er d’Infanterie, régiment de tradition par excellence, fort de ses siècles d’existence, de ses VAB, de ses 8 unités élémentaires et de ses 1600 hommes ne se laisse pas malmener comme ça.

Je suis dans la tactique jusqu’au cou dans le cadre d’un plan d’expérimentation qui prévoit de décembre 83 à juin 84, un exercice de conduite (avec une centaine d’hélicos et plus d’un millier d’hommes) chaque mois, sous la direction de la 1ère Armée. Un exercice mensuel avec un thème prioritaire: liaisons-transmissions, commandement, logistique, renseignement... Un mois pendant lequel il faut participer à 3 actions :

-contribuer à décliner en points à étudier la conception de manœuvre concoctée par la 1ère armée,
-conduire, en tant que PC de Division aéromobile, l’exécution sur le terrain avec systématiquement un transit de nuit (et ça marche en janvier, en février, en mars, en mai) dans des zones de 60x150km,
-tirer les enseignements à intégrer pour le mois suivant.

En temps de paix, quelle grande unité a eu la chance de soutenir ce rythme avec obligation de résultats ? Intellectuellement stimulant !

Une obligation, Il me faut être admis par les « hommes à béret bleu », assimiler connaissances, langage et rites, aussi je profite de tout pour m’intégrer, embarque dans tout ce qui siffle: reconnaissance pour les exercices, vigie lors des vols de nuit, et suis payé de retour, première mission à Paris, le CEM passe en place arrière pour que je prenne le manche de la gazelle; ce ne sera pas le dernier. J’ai même vu, remplie à mon nom, une carte de pilote professionnel !

De la succession des exercices Brex 41 à 45 puis Damoclès de 2004 je retiens, 20 ans après, l’implication, l’imagination et la débrouillardise des officiers et sous-officiers de l’équipe Prigent-Lescasse-Moulinier et la direction claire, sobre et redoutablement efficace du Général Préaud.

Des anecdotes : la surprise des arbitres, renforts et visiteurs devant la rusticité des PC installés sous tentes, puis dans une grange, puis dans un hangar.
Des gags : le retard du décollage lors d’une bascule de PC: le colonel Prigent ayant houspillé de son environnement le stagiaire canadien (Lapointe) « peint » comme un aviateur de Top gun… en fait c’était lui le pilote… qu’il a fallu récupérer.

De vrais succès : aucun transit de nuit annulé pendant ces mois d’hiver et de printemps lorrain ou bourguignon.
Des moments difficiles : lors d’un débriefing des chefs de corps le général Préaud charge le petit commandant que j’étais, d’exposer au colonel du 1er RI quel doit être désormais le rôle de son infanterie!

L’idée de division aéromobile, vrai concept tactiquement novateur de l’armée de Terre depuis la seconde guerre mondiale, s’est heurté à contre-temps au bouleversement géopolitique du milieu des années 90 escamotant la probabilité de raids blindés venus de l’Est auxquels il fallait opposer une concentration de feux antichars depuis des plateformes mobiles et fugaces. Par ailleurs la guerre du Golfe, peu après le départ du général Préaud du commandement de la FAR, a permis aux chefs militaires traditionnels opposants d’une DAM autonome de revenir aux habitudes anciennes et d’employer à leur façon les moyens aériens et de fractionner les capacités professionnelles du 1er RI restructuré.

J’ai quand même l’impression d’avoir vécu un morceau de notre histoire militaire, valorisante pour tous les tenants d’un concept moderne de l’aéromobilité.

 

Un moment à la Brigade Aéromobile Expérimentale

Par le Colonel Ange Vermet COMTRANS/BAE

Nous sommes en 1984 à la BAE et nous devons recevoir le général Parker, commandant l’ALAT US, qui vient visiter la Brigade pour s’informer des expérimentations en cours. Après les exposés théoriques du matin qui se déroulent en salle, nous irons sur le terrain dans le courant de l’après-midi. A cette période, les responsables U.S. envisagent d’acheter le nouveau système de transmissions militaires qui équipe l’Armée française, à savoir : le RITA(1). De nombreux contacts ont déjà eu lieu entre les responsables des deux armées mais le contrat final n’est toujours pas signé.

C’est pourquoi, profitant de la venue de ce Général, responsable de haut rang, il a été programmé, de lui montrer, outre les expérimentations de la BAE, l’efficacité du réseau RITA(1). Pour ce faire, les Transmissions du 1èmeCA-6èmeRM vont déployer un embryon de réseau RITA(1) dans la zone prévue pour la démonstration aéromobile. Au cours du vol de démonstration, la manœuvre va consister à se poser en pleine campagne et, une fois au sol, passer au Général une communication téléphonique avec sa secrétaire restée aux U.S.A.
Le décalage horaire entre les deux pays est pris en compte pour être sûr que la secrétaire sera bien à son bureau au moment de la communication téléphonique. Sur le terrain d’Essey-lès-Nancy, en début d’après-midi, nous embarquons dans un Puma piloté par le Lt-Colonel de Monchy, adjoint du Colonel Lescasse au bureau emploi de la BAE. Autant que je me souvienne, le LCL de Monchy, sur demande du Général Baffeleuf, alors COMALAT, a placé le Général U.S. en place pilote et je suis en soute avec mon fidèle adjoint, l’Adjudant Valéri, devant le rack radio qui supporte, entre autres, un PRA(2). Quelques autres passagers se trouvent également en soute mais je n’ai plus aucun souvenir de leur identité.
Après le décollage, nous nous dirigeons vers la zone où se trouvent déployés les deux centres nodaux chargés d’établir les liaisons du moment. Un seul de ces CN(3) a été équipé d’une SRI(4) qui doit permettre l’établissement de la liaison avec le réseau civil U.S. La première partie du vol se passe comme prévu, le PRA(2) installé dans le Puma prend son raccordement avec les CN(3) et mon correspondant au sol m’annonce que tout va bien. Le vol continue normalement avec les évolutions prévues par le LCL de Monchy et nous nous rapprochons de la zone où doit avoir lieu le poser pour la communication téléphonique. Toutefois, compte tenu de notre hauteur de vol, le PRA(2) du Puma est resté raccordé au premier CN(3) alors qu’il devrait avoir pris la liaison avec le second CN(3) qui dispose de la station de raccordement à l’infrastructure, sans laquelle la liaison avec le réseau civil ne pourra pas être établie.
Dans le Puma, je n’ai aucune notion de ce mauvais raccordement, car je ne dispose pas du matériel de contrôle. Pour moi, tout est bon, car le PRA(2) est raccordé. Soudain, je prends un appel et mon correspondant au sol m’annonce la mauvaise nouvelle : la liaison est impossible à établir si le PRA(2) ne se raccorde pas au bon CN(3). Pour cela, il faut couper l’alimentation du PRA(2) pendant un minimum de trente secondes et remettre en route en espérant qu’il se réinitialise sur la bonne direction. De plus, s’il ne se raccorde pas avant l’arrivée au sol, compte tenu de la faible densité des CN(3) déployés, nous n’aurons aucune liaison RITA(1) au sol.
Je n’ai pas de moyen de liaison avec le pilote du Puma pour lui demander de faire durer le vol et de réduire la hauteur de vol (pourtant nous étions souvent en train de sauter les lignes électriques)et je décide donc avec mon correspondant au sol de couper l’alimentation du PRA(2) dès que nous entamerons la phase d’approche pour le poser. Quand j’entends que le régime du Puma varie, je coupe l’alimentation du PRA(2). Mon adjoint me lance un regard interrogateur mais, compte tenu du bruit ambiant, je ne peux même pas lui expliquer ce qui se passe. Je fais un geste suffisant pour qu’il comprenne qu’il se passe quelque chose d’important que je suis en train de régler. Parallèlement, je surveille la montre pour mieux apprécier le temps d’arrêt du PRA(2) et quand j’estime que le temps est suffisant, je rebranche le PRA(2). L’attente semble interminable avant que le PRA(2) se raccorde car nous nous rapprochons de plus en plus du sol. Soudain, nous sommes encore en vol et le raccordement est effectif, mais est-ce sur le bon CN(3) ? Immédiatement, mon correspondant au sol m’annonce que la liaison est enfin prise sur le bon CN(3). Nous allons pouvoir passer à la communication téléphonique prévue.
Le Puma est maintenant posé et le Lt-Colonel de Monchy a fait en sorte que le Général se trouve à proximité de la porte de la soute où se trouve le combiné du PRA(2). Un appel du PRA(2) m’annonce que la communication est établie avec les USA et qu’il faut passer le combiné téléphonique au Général. Le Lt-Colonel de Monchy effectue les traductions nécessaires et explique au Général qu’il est demandé au téléphone. D’un air interrogateur, le Général prend le combiné et répond. D’abord surpris, puis plus enjoué, il discute sans difficulté avec sa secrétaire et s’informe même de la météo chez elle. Après quelques minutes de conversation, il nous rend le combiné. Il semble très satisfait, mais quand même un peu étonné et se demande sans doute s’il n’a pas fait l’objet d’une mauvaise plaisanterie. En conséquence, après nous avoir dévisagés, un peu soupçonneux, il passe sous le Puma et va tapoter une touffe d’herbe qu’il suspectait sans doute de recéler une antenne ou un câble. En outre, il passe la main au-dessus de la touffe d’herbe pour être bien sûr qu’il n’y a pas de fils reliés au Puma. De même, il se rend à l’avant du Puma et passe la main entre la terre et la carlingue et continue en faisant la même chose tout autour du Puma. Il me semble que le Lt-Colonel de Monchy lui avait proposé de faire un bond avec le Puma et de recommencer l’opération à l’endroit qu’il déciderait. Je pense que la démonstration et les explications du Lt-Colonel de Monchy avaient été suffisamment convaincantes car nous n’avons pas recommencé l’opération.
Après le décollage du Puma pour le retour, j’appelle mon correspondant au sol pour lui dire que la prestation est terminée et que tout s’est très bien passé. Et là, je l’entends me dire : « Tu es quand même gonflé, car couper l’alimentation du PRA(2), je ne sais pas si à ta place, je l’aurai fait ! ».
Il faut noter que ce type de prestation avait déjà été réalisé mais dans un cadre de manœuvre complet et que ce problème de liaison n’avait, semble-t-il, pas été perçu. Avons-nous vendu le RITA(1) à l’Armée des USA ce jour-là ? Certainement pas, mais on peut quand même penser que nous y avons modestement contribué…de plus le général Parker a demandé au général Baffeleuf de visiter l’EAALAT pour voir la formation de nos pilotes, dont le niveau de responsabilité et d’initiative l’ont étonné.

(1) Réseau Intégré des Transmissions de l’Avant
(2) Poste Radio d’Abonné
(3) Centre Nodal
((4) Station de Raccordement à l’Infrastructure

 

Que dire de cette brigade aéromobile expérimentale, sinon qu’elle l'a été sous tous les angles depuis sa création.

LCL Henri BINZ, off OPS

- Création d'un Etat Major d'une unité opérationnelle armé par une grande majorité de Bérets Bleus.

- Une mise en route laborieuse marquée par l'installation au quartier Verneau où les occupants nous ont accueilli il faut bien le dire "à bras fermés", locaux mis à notre disposition qui étaient destinés au stockage d'archives poussiéreuses, etc...

- Multiples exercices, à un rythme très impressionnant où il fallait faire une osmose avec les autres armes et en particulier l'infanterie, ce qui n'a pas été de tout repos.

- Emplacements de P.C. : une multitude de sites où il fallait allier les conditions de camouflage pour des hélicoptères et des véhicules sans oublier les impératifs des liaisons radios. Ces emplacements nous ont permis de retrouver les racines de nos ancêtres (bergeries, locaux au- dessus d'étables où pendant les périodes de repos nous avons pu profiter sans réserve de ces doux parfums campagnards.

- Mais qu'elle fierté d'avoir mené à bien cette mission qui a permis la création de cette 4ème DAM.

- Encore à vous tous qui avez eu la chance de servir dans ce noyau, appliqué mais convivial et dans lequel chacun a pu faire valoir son point de vue sans tabou aucun.

Conclusion

Général de Corps d'Armée (2S) Charles Henri de Monchy

Déjà 30ans !...

Au moment où nos jeunes camarades sous le béret bleu écrivent des pages de gloire dans les plis de nos drapeaux, quelques uns des vétérans vous ont fait ici le récit d’une saga passionnante qui a changé la place accordée jusque là à l’ALAT dans l’armée de terre.

Après une nécessaire remise en perspective historique par le général André Martini, notre historien, quelques uns des acteurs de cette passionnante aventure ont partagé avec vous quelques souvenirs qui marqueront le nouvel esprit aéromobile qui souffla alors, fait de compétence, de totale disponibilité et surtout de foi en l’avenir. Nous n’étions qu’une poignée (EM BAE :12/12/4) pour concevoir, monter les expérimentations, rédiger les comptes-rendus, se démultiplier pour les nombreuses réunions de tous niveaux. Je n’oublierai pas les régiments mis également à rude épreuve et surtout nos camarades du 1er RI qui ont su faire preuve de beaucoup de souplesse.

Le CEMAT, le général Ract-Madoux, en rendant un hommage appuyé à notre ALAT qui s’est magnifiquement illustrée dans les opérations récentes, a tenu à souligner le travail rigoureux et minutieux, la justesse des choix faits par le vétérans en matière d’équipements, de tactique, de doctrine pour forger un outil redoutable et efficace apte à faire face aux situations les plus exigeantes. A cet égard, le succès de l’expérimentation confiée à la BAE a modifié sans aucun doute possible la place et le rôle de l’ALAT dans l’Armée de Terre.

Générosité, abnégation, enthousiasme ont marqués cette aventure qui se poursuivra avec la création de la 4ème Division Aéromobile le 1er juillet 1985.

 
 

L'Etat-major de la BAE (1983-84)

 

Col. Roger Prigent

Col .Claude Proisy

L.C Roger Lescasse

C.E Charles-Henri de Monchy

C.B Berlaud (Inf.)

C.E Henri Binz

L.C Moulinié(Mat)*

L.C Walter Six

C.B Vermet (Trs)

C.B Constantin (Inf.)

C.E Girardot

Sergent Martine Jaffré (Chef du « Secrétariat »)

 

L.C de Sèze (Armée de l'Air )

*Futur Gal Directeur Central du Matériel,
décédé accidentellement dès la fin de sa vie active.
Gad'zart remarquable, et camarade de qualité.

 
 
 


Le "show" à Chaumont-Semoutiers mi-septembre 1984

Crédit photo JF Bouvier

 
 

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