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Gabès le 13 mars 1956, bel anniversaire...
par Bernard Leroy

B. Leroy MDL pilote au GAOA n°5
Tunisie.

Mes chers parents,
Je suis à Gabès depuis dimanche matin, avec un seul avion et mon observateur. Je fais tout tout seul : les pleins, les formes, les vols etc...
Hier 12 mars, j'ai effectué une sortie, tôt le matin sur le massif de Matmata au nord de Foum-Thathaouine où doivent se trouver environ 600 types armés qui font de la dissidence et préparent un coup de mains pour parer aux élections ou en vue de la signature des conventions.
J'ai fêté ce jour-là mon anniversaire (24 ans) d'une façon très " opérationnelle " (5h25 de vol). En première sortie (3h30 de vol) : RAS, aucun individu. En deuxième sortie, l'après midi, je suis parti faire un guidage de chasse (P-47) dans la région où se trouvaient 150 rebelles.
Mauvais temps, visibilité de 5 kms sur des pitons de 4 à 500 m, dans une vallée, près de là, des éléments rebelles mitraillaient 4 auto mitrailleuses, 2 Scouts Cars, et 3 Jeeps.
Nous avons procédé à une présentation d'axe pour les P-47, manque de chance, lors de ma ressource, à 150 m au dessus du Djebel, les Fellagas m'ont aligné et mon taxi a été touché en plusieurs endroits, particulièrement dans une conduite d'essence. Celle-ci venait d'éclater, et l'essence coulait à flots dans la cellule, heureusement, il y avait 70 litres dans l'aile et je pouvais me poser au plus vite et au mieux.
Sitôt décidé, exécution : " PTU ", approche en précaution et je me pose sur les cailloux, en pleine nature, à proximité d'un peloton d'auto mitrailleuses et de 2 jeeps. Pas de chance, un lit d'oued et hop le taxi se retourne et passe sur le dos dans un bruit impressionnant et surtout de la poussière.
J'avais exécuté mes actions vitales de sécurité : essence fermée, contacts coupés, j'ai attendu que ça se passe. Nous sommes sortis sans grand dommage et nous avons été reçus par des tirs de fusils, les fellagas se trouvaient à 250 m de là, sur la falaise.
Inutile de vous dire que nous avons fait vite pour courir nous mettre à plat ventre derrière les autos mitrailleuses. Nous avons attendu là une heure et demi, sans bouger, les P-47 ont "straffé", les 105 ont tiré sur les falaises et, après une accalmie, je suis allé à mon avion, derrière un Scout Car blindé.
Je suis entré dans les restes du taxi, j'ai récupéré au poignard, les deux postes radio, les formes, les cartes, ma combinaison, ensuite, j'ai vu une auto mitrailleuse tirer à bout portant sur mon taxi pour y mettre le feu... Ça a duré quelques minutes et j'ai pleuré comme un gosse en voyant brûler mon premier avion abandonné, sur ordre du colonel, à 25 km de Médenine.
Tout cela, en entendant par endroits, et par instants de longs coups de feu.
Inutile de vous dire que cela fait drôle d'entendre les balles ennemies vous siffler au-dessus de la tête.
Nous avons été évacués par une A.M. dans un camp vers 21 heures.
Ce matin, dans une escorte, j'ai regagné Gabès, avec les formes sous le bras, la boîte de premiers secours et le coussin que j'avais sous les fesses, souvenirs...
J'ai deux bleus sur le front, un au coude, je suis courbaturé et ai quelques égratignures dans les jambes, mon observateur également.
Je compte rentrer à Tunis demain.
Bises à tous...OK...

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Mise à jour de cette page le vendredi 07 avril 2017 23:37;15

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