Les "Miss" de l'ALAT en Algérie
Elles avaient 20 ans, l'âge d'être belles et courtisées, dans l'insouciance de l'actualité et de la souffrance de combattants d'une guerre, si loin de la France. Mais ces jeunes femmes n'étaient pas comme les autres, elles avaient été touchées par une grâce qui les sublima.
Elles se mirent, comme religieusement, au service de ceux qui souffrent, défiant le danger et la mort elles quittèrent la douceur de la vie pour épouser la guerre et apporter leur sourire aux combattants blessés et adoucir les derniers instants des mourants sans distinction, français ou insurgés.
Femmes admirables, aussi vite oubliées par l'histoire que les combats où elles risquèrent leur vie. Elles aussi elles ont écrit l'Histoire avec leur courage et même leur sang. Y aura-t-il un jour un historien pour les faire sortir de l'anonymat ?
Leur discrétion, leur pudeur et leur modestie les a fait s'effacer la paix revenue. Avec nos faibles moyens nous leur rendrons tous ensembles avec vos souvenirs, l'hommage qu'elles méritent, plus de 50 ans après.
Je n'ai pas, ici, l'ambition de réparer tout seul cette injustice, je ne suis pas l'homme de l'art capable de rapporter leurs faits d'armes et les hisser au pinacle, mais je me dis que parmi nos nombreux camarades qui ont eu l'honneur de servir les Armes de la France sur tous les théâtres d'opérations d'Algérie, certains ont, sans doute, des récits à nous rapporter. C'est pourquoi j'ouvre toute grande cette page, afin de, peut-être, reconstituer la mémoire de ces Dames d'Honneur. Je cantonnerai cette page aux "Miss" qui servirent dans les unités de l'ALAT, car s'il fallait écrire l'histoire de toutes les IPSA, ce serait un gros volume qu'il faudrait publier et je n'en ai ni la matière première, ni les capacités.
Vous qui avez vécu ces heures de gloire de notre Arme aux combats, et qui avez été les témoins directes du courage et du dévouement des Miss, merci de nous en faire part, et ainsi réparer l'oubli par ce travail de mémoire. Merci d'adresser, textes, photos ou documents par courrier électronique ou postal. Le temps est compté pour ce travail de mémoire dans vingt ans il sera trop tard. Nous savons compter sur vous pour témoigner, ne laissez pas à des historiens en mal de copie ou pire en mal de notoriété, le loisir de réécrire cette Histoire à leur façon.
JJ Chevallier
Nicole Aubry-Gourmelen dite "Bouchon"
Un premier hommage anonyme lui fût rendu à cette époque déjà lointaine et pourtant tellement présente dans l'esprit de "ceux qui y étaient". Un soldat blessé, qui s'en était sorti grâce à elle, lui dédia un poème extrêmement émouvant qui illustre le dévouement de ces femmes d'Action et de Paix.

Aujourd'hui l'Ange a rejoint, au Paradis, tous les combattants qu'elle avait vu mourir et qu'elle avait accompagnés en allégeant leurs ultimes souffrances par sa présence réconfortante. Soyons assurés qu'ils lui ont fait une haie d'Honneur pour l'accueillir parmi eux.
AVEC Jean Gourmelen son mari,la dernière apparition de Nicole au groupement ouest en 2009.
Le 2I juin 2009 à Capbreton, le colonel Yves Durosoy commandeur de la légion d'honneur a remis à Nicole Gourmelen, les insignes de chevalier de la légion d'honneur. Cette distinction attribuée par décret du président de la république, sur proposition du ministre de la défense, Hervé Morin, vient récompenser la carrière de l'ancien sergent au service des armées, infirmière-parachutiste connue sous le nom de " Bouchon ", dans les rangs du groupe d'hélicoptères n° 2 en Algérie de 1951 à 1959, ainsi que pour de nombreux govenais. Cette distinction vient s'ajouter aux nombreuses décorations qu'elle avait déjà reçues : médaille militaire, croix du combattant, croix de la valeur militaire, médaille des blessés de guerre ...
L'engagement de Nicole Gourmelen à Goven l'a conduite au conseil municipal, comme conseillère de 1971 à 1983, puis comme adjointe de 1983 à 2001. Elle a œuvré en particulier pour le développement de la vie culturelle, en créant la bibliothèque et en la faisant évoluer au fil du temps, pour le développement de l'action sociale au CCAS. Cet engagement a été aussi fort dans les associations d'anciens combattants, à ACTION, aux Restos du cœur, à Ille-et-Vilaine/Pologne, au CRIC, à Sambrana... Un mois après la remise de la légion d'honneur, l'ancienne infirmière parachutiste " Bouchon " effectuait son dernier grand saut.
La Miss du groupement ouest était un petit bout de femme par la taille, d'où sans doute sons pseudonyme "Bouchon", mais une très Grande Dame par ses qualités de cœur. Tous les présents auront noté, pendant la messe de sépulture lors des éloges funèbres, à quel point Nicole était une femme qui s'investissait partout où il y avait un besoin d'assistance. Présente sur tous les fronts, sa vie fût dédiée au don de sa personne pour aider les plus démunis et apporter son soutien au plus faibles. Suivant ainsi, ce qu'elle avait commencé à vingt ans alors qu'elle débarquait, en 1957, en Algérie au GH2 à Sétif pour porter secours aux blessés au plus près des combats.
Nicole Aubry est née deux fois. Bien entendu, je n’ai pas entendu ses premiers vagissements.
Mais pour assister à sa naissance au métier des armes j’y étais. Enfin nous y étions pour voir, au début de l’année 1957, au Groupe d’Hélicoptères n°2, à Sétif en Algérie, des jeunes femmes se présenter crânement à un millier d’hommes de guerre un peu dubitatifs.
Les Rois Mages étaient trois ; elles allaient par quatre. Guilaine, Christine et les deux Nicole.
Leur carte de visite : Infirmière – Parachutiste - Secouriste de l’Air, on fait difficilement mieux.
Tout de suite mises à l’épreuve du terrain, elles ont fait des sceptiques bougons de la veille, les partisans les plus convaincus par leur professionnalisme. Et par leur sourire en prime.
C’est dans ces circonstances que Aubry, la petite Nicole pour la différencier de l’autre, laissant là son état-civil comme on abandonne une peluche, est devenu « Bouchon ». Nombreux sont ceux qui ne l’auront connue et plus tard identifiés que par ce nom de guerre.
Infirmière de terrain portant et hissant les blessés dans nos hélicoptères, soignant, parlant aux éprouvés, calmant les inquiets, heureuse mais vu parfois attristée du sort de ses protégés d’un instant, elle aura tout connu des misères de la guerre et les aura surmontées sereinement. Dans ce monde de feu, elle fera son métier de paix avec passion, trouvant là notre respect et notre affection. Elle-même blessée, décorée, médaillée militaire et récemment admise dans la Légion d’Honneur. Sa croix était vraie, le rouge du ruban n’était en rien comparable à celui des hochets de circonstance trop souvent bradés.
La vie passant avec « Gourmille », leur arbre généalogique a feuillé. Tout en quenouilles, c’était assez tendance à l’époque. Je suis là pour le confirmer.
Bouchon, revenue pour la circonstance Nicole, à longtemps participé à la vie municipale de Goven et animé les échanges culturels. Là aussi avec passion et grande gentillesse.
Aujourd’hui, puisque son combat est achevé, ma grande tristesse ne m’empêche pas de croire que l’âme de petit Bouchon flotte maintenant sur l’océan infini de l’immortalité. "
Jean Bonnein le 28-07-2009
En 1958, j’étais un ‘’BARON’’, servant sur T 6, à Sétif. Ainsi je fut amené à connaitre les 4 IPSA qui servaient au GH-2, Christine , Guilaine, Nicole et la Petite Nicole que familièrement nous appelions BOUCHON . Nous avions de l’admiration pour le courage de ces jeunes femmes et pour le travail qu’elles accomplissaient dans des conditions difficiles. En outre, nous étions invités presque en permanence dans leur bâtiment du GH-2, où elles installaient pour nous une table de bridge et si nous n’étions que trois, elles n’hésitaient pas à faire le quatrième joueur.
J’étais pour quelque temps le chef du détachement Air à Bougie quand un beau matin de Juillet un hélicoptère de l’ALAT se pose sur le parking peu après 08h. Qui en descend ? Bouchon.
L’hélico repart et Bouchon, en battle-dress couvert de tâches sombres vient vers moi et me demande abruptement si je peux la conduire vite dans un hôtel en ville. La jeep est là, je la prends et nous partons.
En route, plus calmement elle me dit : « Nous sommes sur une opération depuis deux jours ; il y a beaucoup de blessés. Voilà 2 nuits que je ne dors pas ; je suis crevée, j’ai besoin de dormir un peu et surtout de prendre une douche. J’ai du sang partout dessus, dedans car depuis hier j’ai mes règles mais dans le djebel je ne peux m’isoler un instant. Il y a toujours un gus à trainer derrière mes fesses!»
Nous arrivons à l’hôtel. « Merci lieutenant, je me débrouille. Pouvez-vous me chercher dans deux heures ? Disons onze heures. » Je suis présent devant l’hôtel à l’heure fixée. Elle est prête. Durant le trajet retour je l’invite à déjeuner sous la tente-réfectoire avec mes pilotes et mes sous-officiers mécaniciens. « Merci c’est très gentil à vous mais je ne peux pas, des blessés m’attendent. D’ailleurs voilà mon hélicoptère qui vient me chercher à l’heure fixée. »
Je n’ai jamais revu Bouchon, Mais je fus très impressionné par elle ce jour-là. Fatiguée, usée, énervée elle se retrouvait requinquée après une douche et seulement 2 heures de sommeil. Malgré un manque de tact de certains hommes à son égard qui heurtait sa pudeur, elle repartait vers eux se mettre au service de ceux qui ont besoin de soins ou de réconfort.
Quel exemple de dévouement.
J. Arraul, octobre 2010
Françoise Mathurin - Vignon
"En avril 1958 j’arrivais au GH 2 pour n’en partir qu’en 1962. C’est dans cette unité que j’ai connu nos IPSA. J’ai travaillé avec l’une d’entre elles sur Sikorski H 19 D3 avant d’être sur Vertol H21 et dès que je trouve un moment je vous enverrai une anecdote sur elle qui vous montrera le courage de ces « miss » comme nous les appelions. L’une d’entre elles avec laquelle j’ai encore des contacts suivis m’a envoyé des photos que je vous fais suivre. Elle se nomme Françoise MATHURIN épouse VIGNON (un camarade de promo de Saint-Cyr, pilote au GH 2 avec moi). Elle avait fait la une d’une revue militaire publiée en Algérie à l’époque « Bled ».
Malheureusement je n’ai aucune photo de ces femmes mais je me rappelle de leurs noms. Si j’en ai oubliées qu’elles me pardonnent. En plus de Françoise MATHURIN, il y avait Huguette IZOARD, Christine de MERVILLE, Nicole AUBRY (alias Bouchon), Madeleine BONNODEAU, décédée malheureusement il y a très longtemps à la suite d’une terrible maladie, épouse d'Yves TATIN, décédé (officier pilote au GH2), Nicole JANTEUR, Guislaine GARNIER épouse de BRUSADELLI, (un autre camarade de promo décédé), Odile TOMMY-MARTIN.
Noël 1959 GALAT 101, Sétif, le capitaine Parpillon†, Nicole Aubry† "Bouchon" et Nicole Janteur. (Photo fournie par Pierre Jarrige)
La "grande Nicole" Janteur et la "petite Nicole" Aubry.
Nicole Janteur,on voit ici le macaron ALAT, deux insignes IPSA et l'insigne du Peloton Avion de la 11ème DI.
Colonel Ange Baggioni, juillet 2009
Madeleine Bonnodeau
C’était en février 1960, au moment des grandes opérations « Pierres Précieuses ».
Le GH 2 avait mis en place un gros détachement de moyens aériens à Rédjas à quelques kilomètres à l’ouest de Constantine. Un grand terrain permettait le stationnement de Bananes, un Sikorski H 19 D3 sanitaire, des pipers du peloton de la 19ème DI. Une tente salle OPS avait été installée sur le terrain. Les équipages étaient logés dans un bâtiment en dur mis à la disposition des personnels par un colon du coin.
La troupe venait d’accrocher un groupe de rebelles retiré dans une très grande ferme qu’ils défendaient avec acharnement. Pilote du Sikorski J’étais déclenché pour la première évacuation sanitaire. J’embarquais la miss Bonnodeau à bord. Arrivé sur les lieux, je constatais que des tirs très fournis contraignaient les troupes à rester plaquées au sol. Par prudence je me posais assez loin et un peu protégé par un talus. Je n’ai pas eu le temps de donner des conseils de prudence à la miss que je la vois partir brancard sous le bras. Après s’être rapprochée des troupes couchées au sol, elle donne des coups de pieds à un soldat pour le faire lever afin de l’aider à charger un blessé sur son brancard au dépit des tirs des rebelles, faisant fi du danger ambiant. J’étais très inquiet pour elle. Au bout de quelques instants je la vois revenir vers moi, radieuse, avec son blessé.
Quel bel exemple d’abnégation et courage de cette jeune femme qui au mépris du danger ne pensait qu’à une chose, porter secours à son blessé. J’étais tellement ému et admiratif que j’ai voulu qu’elle soit décorée pour cette acte de bravoure. Malheureusement mon patron ne m’a pas suivi.
J’ai eu l’occasion beaucoup plus tard de la rencontrer à Rennes alors qu’elle était mariée à un camarade le colonel TATIN. Bien sûr nous avons échangé des souvenirs. Malheureusement elle a quitté notre monde assez jeune terrassée par une implacable maladie. Elle a encore fait preuve d’un très grand courage en organisant ses obsèques et en réglant tout avant de partir. Quelle femme exceptionnelle ! Quelle grandeur d’âme !
« Bonnodeau » jamais je ne vous oublierai !
Colonel (H) Ange BAGGIONI, Llupia le 27 novembre 2010
H-19 D3 du GH2 à Sétif Photo Collection Ange Baggioni
Adjudant-Chef André Leniaud
par le Général Paul Bonnet
André Leniaud, cette cérémonie ne peut se poursuivre sans respecter la tradition de rappeler les services éminents qui vous valent aujourd’hui d’être promu au grade d'officier de la Légion d’Honneur et si votre modestie devait en souffrir, rappeler aux jeunes générations qui servent dans l’ALAT les hauts faits d’armes de leurs aînés, vous en êtes un brillant exemple.
Vous êtes né le 23 juillet 1932 à BENEVENT L’ABBAYE dans la Creuse, petit village d’un peu moins de mille âmes connu comme halte du pèlerinage de Compostelle et surtout par son abbaye construite au XII siècle. Vous y faites vos études et à 17 ans vous rejoignez l’atelier familial de sellerie-bourrelerie, mais la mécanisation de l’agriculture en réduit l’activité.
Après un bref passage à Paris, vous décidez de devancer l’appel et ayant soif d’horizons lointains vous vous engagez le 29 octobre 1952 au titre du Groupement N° 4 de l’Aviation d’Observation de l’Artillerie stationné à FEZ au Maroc. Vous y faites vos classes, le peloton de brigadier puis celui de sous officier et vous êtes nommé Maréchal des Logis le 1 février 1954.
C’est dans cette unité que naît naturellement votre rêve de devenir pilote. Il devient réalité puisque le 1er Mai 1954 vous quittez le Maroc, via l’Algérie, pour rejoindre l’École de spécialisation de l’Aviation légère d’observation d’Artillerie à MAYENCE FINTHEN pour y suivre le stage de pilote Avion, après une formation sur Stamp, L18, Morane 500 et même L19 dans la perspective d’un départ pour l’Indochine, vous êtes breveté pilote avion avec le N° 145 et au lieu de l’Extrême Orient vous rejoignez l’Algérie le 1 décembre 1954 plus précisément le GAOA 3 à SETIF.
Très rapidement vous êtes engagé dans les opérations, d’emblée vous vous distinguez par vos qualités exceptionnelles qui vous valent votre première citation à l’ordre du corps d’armée dans laquelle il est noté : « Le 23 janvier 1955, au cours d’une opération dans le djebel TEZOURESS, soumis à un violent tir de l’adversaire qui touche son avion, n’en a pas moins continué jusqu’au bout sa mission, aidant au maximum son observateur par ses observations personnelles et ses évolutions hardies. »
D’Août à Novembre 1955 vous effectuez votre transformation sur hélicoptère Bell G1 à VERSAILLES SATORY, cependant votre carrière se poursuivra essentiellement sur avion.
Dès votre retour vous êtes à nouveau engagé dans les opérations, vous vous distinguez le 4 juin 1956 au cours des combats du djebel BOU-KAHIL et vous êtes cité à l’ordre de la division. Vous totalisez déjà au mois de septembre 1956 1300 heures de vols opérationnels dans les AURES NEMENTCHAS.
Votre réputation d’adresse et de courage est devenue légendaire au détachement de SOUK AHRAS du GAOA N°3, qualités que vous démontrez à plusieurs reprises par votre participation à de nombreux engagements au cours de l’année 1957, le 18 février votre appareil est touché à trois reprises et vous poursuivez votre mission. Après quatre participations à des opérations qui forcent l’admiration vous obtenez votre 3ième citation puis le 30 novembre 1957 au cours d’une opération, vous vous distinguez par une manœuvre habile et un balisage précis des objectifs ce qui vous vaut une quatrième citation à l’ordre de la Division.
Le 1 février vous êtes affecté à la 2ème DIM où vous êtes nommé maréchal des logis Chef le 1 août 1958. Votre intrépidité alliée à une valeureuse et efficace conduite au combat vous valent d’être cité à l’ordre de l’armée le 10 février 1958, vous totalisez alors plus de 2000 heures de vols opérationnel au dessus des AURES et vous avez été atteint par l’adversaire à six reprises.
Avec de tels états de services opérationnels la médaille militaire vous est conférée par décret du 2 juillet 1959 pour services exceptionnels vous avez 27 ans.
Le 16 janvier 1960 vous êtes à nouveau cité à l’Ordre du Corps d’Armée à la suite d’opérations dans lesquelles vous avez été engagé le 28 Novembre 1958 et le 26 mai 1959: "sous officier pilote avion de grande valeur qui, depuis cinq années, participe aux opérations de maintien de l’ordre en Algérie avec un allant remarquable. Son expérience, sa connaissance des habitudes rebelles, en font un adjoint particulièrement apprécié et efficace."
Le 11 novembre 1959 vous êtes muté au peloton avion de la 7ième Division Légère Blindée, à nouveau vous faites preuve de courage et d’ardeur offensive, vous êtes cité à l’ordre de la Division le 19 janvier 1961. Le 31 août 1961, nouvelle citation à l’ordre de la Division pour votre participation à deux opérations en janvier au cours desquelles vous faites preuve d’un mépris total du danger en permettant à votre observateur d’effectuer des réglages d’artillerie malgré une DCA active.
Puis vous retrouvez le GALAT 3, vous êtes affecté à l’escadrille de liaison sur Broussard, d’où vous serez muté vers la métropole le 13 mai 1962, peu après la signature des accords d’Evian.
Après un bref congé de fin de campagne vous rejoignez le GALAT 9 le 1 juillet 1962 puis le GALAT 5 à LYON CORBAS c’est dans le cadre de cette unité ALAT que sur décision du général commandant l’ALAT vous participez avec succès au stage du brevet d’armes d’Infanterie à BESANÇON. Le 1er septembre 1967 vous êtes affecté au Groupement ALAT de la STAT à Valence.
C’est au cours de l’année 1967 que vous êtes distingué en recevant des mains du Ministre des armées Monsieur Pierre Messmer la grande Médaille d’or de l’aéroclub de France destinée à récompenser : « ceux qui par leur dévouement, leur action, leur générosité ou leur science, ont servi la grande cause de l’Aéronautique. »
C’était la plus haute distinction de notre aéronautique pour faits de guerre attribuée à des pilotes qui se sont distingués en AFN en accomplissant avec honneur un devoir difficile.
Le 1 janvier 1968 vous êtes nommé adjudant-chef et vous serez admis à faire valoir vos droits à la retraite à compter du 6 juin 1970.
Ainsi vous quittez l’ALAT après plus de 17 ans de service avec un palmarès plus qu’élogieux :
- 10000 heures de vol dont 7000 opérationnelles
- Chevalier de la Légion d’Honneur
- Médaillé Militaire
- La croix de la Valeur Militaire avec
- 1 citation à l’ordre de l’armée
- 2 citations à l’ordre du Corps d’armée
- 5 citations à l’ordre de la division
- Médaille de l’aéronautique
- Médaille d’or de l’aéroclub de France
Votre promotion au Grade d’officier de la Légion d’Honneur au titre des anciens combattants est une nouvelle reconnaissance de votre engagement total, courageux, audacieux et désintéressé pendant plus de sept années en ambiance opérationnelle. Vous pouvez être fier de l’exemplarité de vos faits d’armes et c’est un honneur pour moi de les rappeler aux jeunes officiers, sous officiers, militaires du rang et personnels du GAM-STAT où vous avez servi il y a plus de 40ans.
La communauté ALAT, Active et anciens réunis en cette occasion exceptionnelle, partage votre fierté et vous adresse ses plus vives félicitations.

Colonel Marcel Prouteau
Eloge funèbre par JJ Chevallier président de l'UNA-ALAT groupement Ouest le 30 mai 2013
Mon colonel, mon cher camarade, Marcel.
Il y a 40 ans j’étais loin de penser qu’un jour je serais devant toi une dernière fois pour te dire combien, nous, tes subordonnés étions heureux et fiers de servir sous tes ordres. Nous t’admirions pour ton sens bienveillant du commandement, ton passé militaire glorieux et ton endurance physique. Toi l’ancien de 45 ans, tu étais toujours devant et loin devant lorsque nous courrions dans la vallée du Rhin et en Forêt Noire dans les environs de Baden Baden.
Tu étais un chef rayonnant sur ses subordonnés. Je me permets ici de citer le général Navereau qui avait dit au colonel Gervais, lui aussi disparu la semaine dernière, que ses hommes lui obéissaient par amitié. Nous aussi, nous t’obéissions d’amitié et aussi par respect. Les anciens de Baden d’un même chœur t’avaient élu président de leur rassemblement.
Ce soir nous sommes orphelins d’un chef, comme d’un père.
Ta carrière commence à 17 ans en 1945 comme engagé volontaire.
En janvier 1947 jeune sous-officier, tu pars en Indochine avec les Tirailleurs marocains, pour un premier séjour jusqu’en août 1949. Puis tu effectues un second tour de janvier 1951 à septembre 1953, c’est là que tu seras blessé et recevras ta seconde citation à l’ordre de l’armée ainsi que la médaille militaire à 23 ans, comme sergent chef, pour ton comportement exemplaire. Déjà tu te distinguais par tes grandes qualités militaires, ton sang froid et ton courage et tu franchissais rapidement les échelons de la hiérarchie.
Après l’Indochine, tu rejoins l’Allemagne puis en mai 1955 l’Algérie, toujours chez les Tirailleurs marocains que tu quitteras en février 1956 pour Dax. Et là, tu deviens pilote d’hélicoptère dans l’ALAT.
Tu es affecté un an en Tunisie puis en février 1959, tu débarques en Algérie au GH2 jusqu’en décembre 1960. Tu rejoins alors le Peloton Mixte Avions Hélicoptères de la 19 Division d’Infanterie de janvier 1961 jusqu’en décembre 1962.
Là encore tu te distingues au combat. Ton mécanicien, ton ami Charles Boivin, m’a raconté une EVASAN au profit d’un colonel que vous avez sauvé, il avait reçu trois balles, dont une dans la tête, votre Alouette II, elle, avait été décorée de 19 impacts.
De retour en France en, 1961, tu es affecté au Peloton ALAT de l’École d’Application d’Infanterie à St Maixent, puis à Montpellier de 1964 à 1967. Cette année là tu rejoins le 6 GALAT à Essey lès Nancy, puis en 1973 tu prends le commandement de l’Escadrille ALAT du CC FFA à Baden Oos. En 1976 tu es affecté à Rennes comme commandant en second du Colonel Malnoix au 3ème GALAT. C’est en mai 1980 que tu pars en détachement du 3ème GHL au Tchad dans le cadre de l’opération Tacaud et là encore tu te distingues.
A l’été 1980, tu rejoins le 5ème GHL à Bordeaux que tu quittes en 1982 pour le 5ème RHC de Pau comme commandant en second avec les colonels Pintor et Batllo.
Tu quitteras la carrière en 1984 comme colonel honoraire, mais tu resteras fidèle à l’ALAT à travers nos associations de vétérans celle de Dax puis celle de l’Ouest.
Brillante carrière qui t’aura vu franchir tous les grades où tu auras donné le meilleur de toi-même et rayonné comme un meneur d’hommes apprécié de tous.
Tu auras été cité neuf fois : deux fois à l’ordre de l’armée, cinq fois à l’ordre de la division, une fois à l’ordre de la brigade et une fois à l’ordre du régiment. Je ne peux qu’énumérer tes neuf citations, quand… , comment… et où… les as-tu reçues ?
J’ai contacté plusieurs des camarades qui te connaissaient bien et la réponse fut toujours la même, « modeste et très discret tu ne racontais pas tes campagnes ».
Commandeur de la Légion d’Honneur, Médaillé Militaire à 23 ans, Officier dans l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre des Territoires d’Opérations Extérieures avec deux Palmes et trois Étoiles, Croix de la Valeur Militaire avec 4 Étoiles, Médaille de l’Aéronautique, Croix du Combattant volontaire avec agrafe Indochine, Médaille d’Argent du Service de santé des Armées pour tes très nombreuses « EVASAN », Médaille Coloniale d’« Extrême-Orient », Médaille de bronze de la jeunesse et des sports et je ne cite pas toutes les commémoratives.
Au nom de tous ceux qui, comme moi, ont eu l’honneur de servir sous tes ordres et en celui de tous nos frères d’Arme de l’ALAT, je salue l’homme et l’officier.
Ton souvenir restera dans nos cœurs.
A ton épouse Marie Jo, à tes filles et ton fils à tous tes petits enfants nous disons soyez très fiers de lui car c’était un homme bien et un très grand soldat.
Marie-Lise Estoup, dite "Banzette", pionnière de l'entraide ALAT
par le Général de division (2S) Yann Pertuisel président de l'Entraide ALAT
« Banzette » est ni plus ni moins que celle qui peut être considérée comme la toute première des « déléguées » de l’Entraide ALAT d’aujourd’hui ! Elle a été une actrice très engagée de l’histoire de notre belle Arme et de ses toutes premières années d’existence.
C’est dès l’âge de 16 ans que Marie-Lise (future « Banzette ») ESTOUP, née BOELLMANN, s’affirme comme une femme hors du commun. Ayant fui l'Alsace avec ses parents après la débâcle de 40, elle est lycéenne à Saint-Germain en région parisienne lorsqu’elle est condamnée à deux mois de prison pour « insulte à l’armée allemande ». Elle est déjà amoureuse du garçon de quatre ans son ainé qui deviendra plus tard son premier mari, le futur capitaine Raymond BANZET. Celui-ci aura également eu un parcours hors du commun puisqu’il s’engage à 18 ans et est blessé en mai 1940 au volant de l’automitrailleuse dont le chef n’est autre que le lieutenant Le MASSON, futur commandant de l’ALAT que « Banzette » retrouvera quelques années plus tard. C’est après avoir rejoint les forces françaises libres qu’il retrouve sa bien-aimée qu’il épouse le 6 février 1945 à l’occasion d’une permission. Il décide de poursuivre une carrière militaire et se lie alors d’amitié avec le sous-lieutenant Bernard de LATTRE. Cette amitié créera des liens très forts avec son célèbre père, le général de LATTRE, et sa mère que « Banzette » accompagnera près de cinq ans après la mort du Maréchal en 1952.
Après la mort du capitaine BANZET en Indochine en 1952, Marie-Lise part pour l’Algérie où elle est recrutée par le lieutenant-colonel CRESPIN qui commande le célèbre GH2. Là, elle devient une des premières « PFAT » (Personnel Féminin de l’armée de Terre) et assure en quelque sorte la fonction d’assistante sociale au sein du GH2 de 1957 à 1959 (le poste n’était pas sensé exister car il y avait une assistante sociale en titre à Sétif).
On peut donc affirmer qu’elle est la véritable pionnière des futures déléguées de l’Entraide ALAT qui vont plus tard être aux côtés des familles des camarades disparus ou blessés.
C’est ainsi que le capitaine ESTOUP nous a relaté comment « Banzette » était venu accueillir à Alger la veuve du capitaine JACQUIN, mort en service aérien commandé en 1959. Elle avait accompagné Denise JACQUIN jusqu’à Aïn Arnat et l’avait logé chez elle. Pendant toute la durée des obsèques, Marie-Lise n’avait pas lâché la main de Denise avec qui elle est restée très liée. Il nous a aussi raconté comment il faisait le « taxi » pour sa chère Marie-Lise avant leur mariage alors qu’elle allait rendre visite à des familles de l’ALAT endeuillées en Alsace.
En 1961 elle rejoint le COMALAT à Issy les Moulineaux auprès du général Le MASSON, ce lieutenant qui avait été blessé avec son mari en 1940… Le COMALAT lui confie un jour la mission de rendre visite à un officier de l’ALAT emprisonné à Fresnes pour avoir mis son peloton d’avions à la disposition du général CHALLE… Cet officier n’était autre que le capitaine GERVAIS, notre grand Ancien, colonel honoraire et grand officier de la Légion d’honneur qui nous a quittés en 2013.
C’est à Fresnes qu’elle fait la connaissance de son futur mari, légionnaire du 1er REP et emprisonné lui aussi dans la cellule voisine. C’est la Maréchale de LATTRE qui les mariera le 31 janvier 1962…
« Banzette » est décédée le 18 février 2017 dans sa 93ème année.
Colonel Pierre "Pépé" Jauze
Par le Général Paul Bonnet
Par décret du 21 avril 2006 de la Présidence de la République, paru dans le JO du 22 avril, le Colonel Pierre JAUZE est élevé au grade de Commandeur de la Légion d'Honneur. Il a reçu les insignes de Commandeur de la Légion d'Honneur, le 30 juin à Romans, au cours d'une cérémonie, simple et émouvante, présidée par le Général de Corps d'Armée (2S) Mazars de Mazarin.
Ce bref article retrace la carrière de " Pépé " que tant d'officiers et sous-officiers ont rencontré lors de leur premier stage à l'ESALAT ou lors de leurs mutations, tout en ignorant le passé héroïque de leur ancien.
Dans la première partie de sa longue carrière militaire, le Colonel JAUZE a été Légionnaire. Alors qu'il se destine à être professeur d'éducation physique, il résilie son sursis en 1952 et rejoint le 2ème Bataillon de Chasseurs Portés à St Wendel en Sarre. Il y est sélectionné pour suivre le cours des Elève Officiers de Réserve à St Maixent.
En septembre 1953, il est aspirant et choisit de servir au 3ème Bataillon Etranger de Parachutiste, stationné à Sétif, très rapidement il demande à servir en Indochine. En février 1954, il y rejoint le 1er Bataillon Etranger de Parachutistes. Alors qu'il est responsable de l'instruction des soldats vietnamiens, il a soif d'engagement et il se porte volontaire pour sauter, dans la nuit du 22 au 23 avril, en renfort sur Diên Bien Phu, alors que la situation des troupes françaises devient désespérée.
C'est dans cet enfer qu'il va connaître son baptême du feu. Après être intervenu à plusieurs reprises pour soutenir le point d'appui Huguette 5, il s'y bat corps à corps à plusieurs reprises, Il est alors cité à l'ordre du Corps d'Armée. Dans la nuit du 1er au 2 mai, à la suite d'un nouvel assaut sa position est submergée par un ennemi très supérieur en nombre, il est fait prisonnier.
L'Aspirant Pierre JAUZE est porté disparu, sa famille n'en sera informée officiellement que le 11 juin par le Maire d'Aurillac. C'est alors que va commencer une épreuve particulièrement éprouvante, en effet dès le jour de sa capture, il connaît les marches forcées dans la brousse. Il va parcourir près de 600km en l'espace de 26 nuits, tout en faisant l'objet de toutes sortes d'humiliations et de maltraitances pour rejoindre le Camp Vietminh N°1 de sinistre réputation. Il y restera quatre mois, torturé physiquement et moralement, il ne doit sa survie qu'à son exceptionnelle résistance et au magnifique esprit de camaraderie et de solidarité qui régnait alors entre les prisonniers.
Lorsqu'il est libéré le 2 septembre 1954, il est très affaibli, il ne pèse que 42 kilogrammes ! Il est hospitalisé à l'hôpital d'Hanoï puis à Saïgon. En novembre 1954, considéré comme transportable, il est rapatrié au Val de Grâce. Il y apprend sa nomination au grade de Sous-lieutenant d'active le 1er avril 1955.
En juillet 1955, volontaire pour servir en Algérie, il rejoint le 3èmeBataillon de Tirailleurs Algériens en opération à la frontière algéro-tunisienne. Puis il sert au 117e Régiment d'Infanterie dans le sud algérois. Il s'y distingue par son excellente aptitude au commandement et à la manœuvre. Il est cité à deux reprises , dont particulièrement une à l'ordre de la Division à la suite de son comportement exemplaire au cours des opérations menées dans le massif du Bou Ddjemel entre le 22 mai et le 6 juillet 1958.
A cette époque, il se porte volontaire pour suivre le stage d'observateur pilote avion. A l'issue de son stage il reçoit le brevet N°432. Désormais, après la Légion Étrangère et l'Infanterie, l'Aviation Légère de l'Armée de Terre devient sa deuxième famille. C'est en Algérie qu'il poursuit sa carrière opérationnelle comme officier observateur pilote avion. Compte tenu de son expérience opérationnelle acquise sur le terrain il fait preuve d'une très grande compétence dans ses nouvelles fonctions et Il est cité à l'ordre de la Division, à trois reprises, au cours de la seule année 1960.
De 1961 à 1964, après avoir suivi avec succès le stage de moniteur avion, il est chef de brigade d'instruction à Dax, puis en 1964 il retourne à Colomb Béchar où il commande le peloton ALAT du Centre Interarmées d'Essais.
De 1968 à 1970 il revient à l'ESALAT où dans un premier temps il commande l'Escadron d'Instruction Avions, puis il est autorisé à suivre le stage de pilote hélicoptère tout en créant le BPSR de l'école.
Après un retour dans l'Infanterie au 1er RI à Sarrebourg de 1971 à 1973, il rejoint le GALCA 1 à Phalsbourg.
Le 18 août 1975, il prend le commandement du 7e GALAT à Aix les Milles. Le 31 juillet 1976, cette unité est dissoute, il rejoint le GALAT STAT comme commandant en second, il y sert jusqu'en 1981.
Officier de grande valeur et de confiance, capable de rétablir des situations difficiles, le 15 mai 1981, il est à nouveau désigné comme chef de corps du 2ème GHL de Lille jusqu'au 31 août 1982 avant de rejoindre sa dernière affectation au COMALAT. Il est Chef du bureau de la Sécurité des vols et Président des commissions d'enquêtes accidents, postes qu'il tient jusqu'au 13 mai 1986, atteint par la limite d'âge, il quitte le service actif avec le grade de colonel.
Au cours de sa brillante carrière dans l'ALAT le Colonel Pierre JAUZE a effectué près de 5 000 heures de vol dont 936 en vol opérationnel pour 492 missions de guerre.
Le colonel Pierre Jauze était :
- Commandeur de la Légion d'Honneur
- Commandeur de l'Ordre National du Mérite
- Décoré de la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs avec une citation à l'ordre du CA.
- Décoré de la croix de la valeur militaire avec 5 citations : 1 à l'ordre de la Brigade, 4 à l'ordre de la Division.
- Décoré de la Médaille de l'Aéronautique.
Colonel Pierre Lefort
Pierre Lefort est né le 5 avril 1925 à St Rambert, il fait ses études secondaires au lycée du Parc à Lyon.
Bien que voulant préparer St Cyr en 1942 les évènements en décidèrent autrement. Participant à la résistance urbaine de la capitale rhodanienne il est recherché par la milice et la Gestapo, il échapper de justesse à leur traque et se réfugie dans le Vercors en 1944. Cantonné à la ferme du Grail , près du col de la machine, il participe à l’instruction militaire au corps franc du Lieutenant Vignon (Verdier) embryon du futur 2e Régiment d’Artillerie. Lors de l’offensive de la 157e division allemande en juillet 1944, il parvient à passer à travers les mailles du filet allemand et participe à la libération de Lyon le 3 septembre, il est cité pour la première fois. Il s’engage pour la durée de la guerre au sein de la 1ère Armée comme caporal chef sur le front des Alpes, puis il participe à la bataille de Colmar et ensuite à l’occupation de l’Allemagne. Ses services sont comptés à partir du 10 avril 1944.
Après s’être rengagé au titre du 26ème Groupe Colonial des Forces Terrestres Antiaériennes, le 27 décembre 1945, il est volontaire pour servir en Indochine. Il embarque sur le paquebot S/S Nea Hellas à Marseille pour l’Indochine le 8 février1946 et débarque à Saigon le 7 mars 1946. Il est nommé Maréchal des logis à compter du 1 mars 1946.
Compte tenu de sa formation scolaire et de son expérience militaire, acquise dans le maquis et dans la Première Armée, il est admis à suivre les cours du "Peloton Interarmes d'Extrême- Orient"*, à DALAT, le 1 Juillet 1946 d’où il sort aspirant le 1 Janvier1947. Il est affecté au 41e Régiment d’Artillerie Colonial le 4 Janvier 1947.
Au cours de son séjour il est engagé dans plusieurs opérations au cours desquelles il est blessé une première fois et cité à deux reprises
Nommé Sous-Lieutenant le 11 janvier 1948. Il rentre en Métropole le 2 Août 1948, il bénéficie d’un congé de fin de campagne. Le 4 janvier 1949 il est affecté au 1/3 Régiment d’Artillerie Colonial à Vernon. Lieutenant le 11 janvier 1950.
Du 27 Septembre 1950 au 28 Juillet 1953 : séjour à Madagascar à la 10ième compagnie du Service du Matériel et des Bâtiments Coloniaux. A l’issue il est muté en Tunisie à SOUSSE Au Régiment d’Artillerie Colonial de Tunisie.
Il se porte volontaire pour l’ALAT et à compter du 30 Janvier 1954 il suit la Formation Pilote hélicoptère à l’école Fenwick d’Issy les Moulineaux (il est un des 90 premiers pilotes hélicoptère qui ont suivi cette filière) puis dans la foulée il suit la transformation sur hélicoptère Sikorski S55 ou H19 à Buc où les 100 premiers pilotes d’hélicoptères lourds, pour l’époque, furent formés. Le 1 Novembre 1954, il rejoint le GH-1 à Satory.
Capitaine le 1 février 1956. En 1956, Moniteur hélicoptère sur H-19 Sikorsky à Buc, il commande une escadrille d’instruction.
Il réalise la toute première percée GCA en hélicoptère de nuit et dans le brouillard* à Dijon-Longvic, le 1er octobre1956, avec le Lieutenant Lepape et le Sergent-chef major Auger, concrétisation de son entraînement malgré les quolibets qu’il a essuyés : « Voler en IFR en hélicoptère ? Allons soyez sérieux ! ».
Le 30 Août 1957, il rejoint l’école d’application de l’ALAT à Sidi-Bel-Abès où il suit sa transformation sur hélicoptère Banane H21
Le 1 Novembre 1958, il rejoint le célèbre Groupement d’Hélicoptères N°2 (connu sous le nom de GH2) sous les ordres du Colonel Crespin à Sétif.
Il commande l’Escadrille d’hélicoptères N°5, du 8 février au 19 juillet 1960. Il quitte l’Algérie le 19 septembre 1960.
Au cours de son séjour il est cité à quatre reprises, il est chevalier de la Légion d’Honneur et il est blessé une deuxième fois.
Il est en particulier cité à l’ordre de l’Armée le 13 mars 1961 :
« Commandant d’escadrille hélicoptères cargos, ardent et courageux. Excellent pilote et leader de formation, a su faire de son unité un remarquable instrument de combat. Par la rapidité et la justesse de son jugement, son sens de la manœuvre et sa souplesse dans l’exécution, s’est particulièrement fait apprécier par les unités d’ELMIA et de DJIDJELLI au cours des opérations « PIERRES PRECIEUSES »…
… Très bel exemple de chef de guerre et d’entraîneur d’hommes, a effectué plus de 10 évacuations sanitaires de nuit dans des conditions souvent critiques et transporté plus de 4000 commandos… »
A la fin de ses permissions il est affecté à Dakar (Sénégal) le 14 Décembre1960 au 6 RAMa. Le 3 février 1961, il est affecté au CGPA à Atar en Mauritanie, peu après il rejoint le 16 Novembre 1961 le 1er BIMa. Il retrouve l’ALAT en étant affecté le 1 Avril 1962 au 1er GALAT TDM à Dakar.
De retour en métropole, le 22 Octobre 1963, il est affecté en poste ALAT à la Section Technique de l’Armée à St Thomas d’Aquin ; puis il rejoint, le 1 Janvier 1966, le Groupement d’Expérimentations de l’ALAT à Satory, où il participe aux études préliminaires de l’hélicoptère de manœuvre, qui donnera naissance ultérieurement au SA 330 PUMA. Il suit le stage de pilote de réception à l’EPNER.
Commandant le 1 avril 1966. Le 1 juillet 1966, il fait l’objet d’un changement d’arme qui l’affecte dans l’Arme du Train. Il est muté le 1 septembre 1967 au Groupement 103 de l’ALAT à Versailles.
Après 25 années de service, le 11 avril 1969, il prend sa retraite.
Dans les réserves il sert tour à tour dans les EM territoriaux de Marseille, des Antilles Guyane et Lyon. Il est rayé des cadres de réserve le 1 avril 1981 et il est admis à l’honorariat de son grade.
Pierre Lefort était titulaire des médailles suivantes :
- Officier de la Légion d’Honneur,
- Chevalier de l’Ordre National du Mérite,
- Croix de guerre 1939-1945 avec 1 citation
- Croix de Guerre des Théâtres d’Opérations Extérieures avec 2 Citations,
- Croix de la Valeur Militaire avec 4 citations dont une citation à l’Ordre de l’Armée,
- Croix du combattant volontaire
- Croix du combattant
- Médaille de l’Aéronautique,
- Médaille des blessés.
News
Colonel Jean Gervais
Éloge funèbre par le Général de Division (2S) Claude GERVAIS
Durant ces trop longs jours qui ont amené mon oncle au terme de sa vie si bien remplie, j’ai eu hélas tout le temps de penser à la tâche particulièrement difficile qui est aujourd’hui la mienne :
- Être à la fois l’interprète et le témoin de ce que son pays et son Armée doivent de reconnaissance au Colonel Jean Gervais… et c’est pourquoi je me présente ici en uniforme
- Mais aussi m’efforcer de vous faire partager, avec la profonde et quasi filiale affection que je lui portais, la vérité de l’homme qu’il a été.
Et puis, au fur et à mesure de ma réflexion, je me suis rendu compte d’une évidence : Les deux missions étaient indissociables, plutôt étroitement confondues, tant sa personnalité a imprégné son comportement d’officier et de chef.
Nul autre que son ancien compagnon d’armes, devenu par la suite le Général d’Armée NAVEREAU, aux très brillants états de service, n’a pu mieux le traduire, lorsqu’il y a quatre ans il remettait les insignes de Grand Officier de la Légion d’Honneur à son ancien patron du Peloton ALAT de la prestigieuse 10e Division parachutiste.
Avec sa permission, je le cite :
« Quel cadeau invraisemblable que celui d’un Chef qui a suscité en nous, en permanence, la gaîté, l’originalité, le non-conformisme ! Chef charismatique, entraîneur d’hommes, soldat téméraire, infatigable, le Capitaine Gervais nous a tellement bien commandés que nous aimions ce chef qui méritait notre dévotion et notre admiration. Dans la lettre et l’esprit de la célèbre formule, nous lui obéissions d’amitié ! »
Comment s’est forgé ce chef ? Sur tous les théâtres d’opérations pendant trente ans !
Dès le débarquement des Alliés en Algérie en 1943, il conquiert son galon d’Aspirant à l’Ecole de Cherchell, participe dans la foulée à la Campagne d’Afrique du Nord puis débarque en Provence avec la 1ère Armée de Lattre, combat lors des Campagnes de France puis d’Allemagne.
Tout de suite après, en 1947, c’est l’Indochine où il recueille rapidement la première d’une impressionnante kyrielle de citations.
Mais c’est en Juin 1949 que sa conduite héroïque, dans des circonstances qui ne sont pas sans rappeler l’épisode immortalisé par Schoendorfer dans la célébrissime « 317e section », lui vaut, au prix d’une très grave blessure, l’attribution de la Légion d’Honneur avec une magnifique citation à l’ordre de l’Armée que j’ai la fierté de vous lire :
« Magnifique officier, étonnant de dynamisme et de courage tranquille. Depuis vingt-neuf mois sur la brèche, patrouillant de jour et de nuit, participant à toutes les opérations du Secteur, ses actions de guerre ne peuvent plus être dénombrées à la tête d’une section dont il a fait une unité d’élite. S’est conduit héroïquement le 2 Juin 1949 à THANH LOÏ (Cochinchine) au cours d’un combat sévère contre des forces très supérieures en nombre et en armement. Retraitant pied à pied trois heures durant, a réussi à ramener dans nos lignes sa section durement éprouvée, avec ses morts et ses blessés. Grièvement blessé au cours de l’action d’une balle de mitrailleuse à la cuisse, tandis que la section était durement pressée par le feu violent et précis des rebelles, a fait le sacrifice de sa vie en ordonnant à ses hommes de l’abandonner sur le terrain pour éviter de nouvelles pertes. Sauvé difficilement dans un retour offensif de ses hommes, n’a consenti à se laisser emporter qu’après s’être fait donner l’assurance que les morts et les blessés de la section étaient en sécurité, ne se laissant soigner enfin que le dernier. »
Après une longue et difficile convalescence de près d’un an, conscient que le handicap de sa blessure (10 cm de fémur en moins) lui interdit désormais le crapahut dans les rizières, Jean retourne néanmoins en Indochine pour un second séjour comme observateur aérien dans ce qui n’est encore que « l’aviation légère d’observation de l’artillerie ». Deux nouvelles citations, dont une à l’ordre de l’Armée, sanctionnent 1075 h de vol opérationnel, accomplies au Tonkin, marquées entre autre par un crash en pleine brousse dont la photo est demeurée gravée dans ma mémoire de très jeune adolescent ! Quand il rentre en métropole, comme son handicap et son âge canonique (33 ans) sont estimés trop pénalisants par un Commandement pointilleux pour l’envoyer suivre la formation qu’il sollicite, il passe dans le civil et à ses frais son brevet de pilote…C’est à cette occasion qu’il me donnera mon baptême de l’air ! Fort de cette qualification, il peut rejoindre la toute nouvelle Aviation Légère de l’Armée de terre qui le désigne bientôt pour commander le Peloton Avion de la 10e Div. Parachutiste, déjà évoquée par le Gal Navereau. Il s’y distinguera particulièrement durant quatre ans du conflit algérien, en incluant une escapade en 1956 sur le Canal de Suez, et ce jusqu’en 1961. Là intervient alors un épisode qui a profondément, douloureusement marqué sa vie d’officier car c’est une nouvelle grave blessure, mais morale cette fois.
Le « politiquement correct » devrait peut-être m’inciter à le passer pudiquement sous silence, mais je crois que ce serait trahir sa mémoire et celle de ses compagnons, tant il est symptomatique de l’homme qu’était Jean Gervais, bien plus soucieux de la parole donnée et de l’honneur que du déroulement de sa carrière : Lors du putsch du 22 avril 1961, il se met spontanément à la disposition de ses frères d’armes de la 10e DP qui se sont engagés dans ce qu’ils considéraient , sans doute à tort, comme la seule façon de respecter la parole qu’on leur avait demandé de donner. Ce fut de sa part un engagement personnel car il laissa toute liberté à ses subordonnés de le suivre ou non. Son supérieur direct avait lui fort opportunément pris une permission !
Heureusement, vous le savez, ce qui aurait pu devenir un combat fratricide tourna court. Assumant toutes ses responsabilités, il rejoignit donc ses camarades aux « arrêts de forteresse », version militaire de la prison, en métropole. Je préparais alors le concours d’entrée à St Cyr et lui rendit visite sur son lieu de détention. Permettez-moi la confidence de la profonde émotion que provoqua en moi le spectacle des barrettes de décorations, aux rubans alourdis de glorieuses palmes, suspendues aux portes des cellules par leurs détenteurs !
Ce fut un de nos grands sujets de discussion, alors et par la suite, car je ne partageais pas les mêmes convictions sur l’issue du conflit. Mais jamais il ne chercha à influencer mon choix et je dois à sa mémoire de répéter encore qu’il n’y avait dans cet unique mais déchirant coup de canif à sa discipline morale de soldat vis-à-vis de l’autorité légitime, d’autre engagement que celui de l’honneur et du respect de la parole donnée. C’était pour le moins compréhensible pour cette génération d’officiers déjà traumatisée auparavant, par l’abandon sans gloire de ses volontaires vietnamiens.
Judiciairement absous car n’ayant commis aucun autre acte répréhensible que ce geste ostentatoire de fidélité à son idéal, il revint, après un passage de quelques années au purgatoire des carrières dont l’Armée, comme tous les grands Corps de l’État, a le secret, il revint donc à l’exercice du commandement, retrouvant épisodiquement au gré des mutations, sa chère ALAT, devenue largement adulte. Il devait finalement quitter le service avec le grade de Colonel en 1976.
J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur dans cet exercice formel et obligé du rappel des états de service d’un soldat disparu, de m’être un peu écarté de l’énumération conventionnelle des dates, des promotions et des affectations. Mais c’est le neveu qui a progressivement pris le pas sur le Général. Celui pour qui cet oncle atypique fut non seulement un exemple professionnel mais surtout l’homme au grand cœur, à l’extraordinaire appétit de vivre, jamais rassasié après être passé si près, si jeune, de la mort…Le parent proche aussi, si attaché à sa famille , reportant sur ses neveux et nièces toute l’affection qu’il n’avait pu donner au fils qu’il aurait tant aimé avoir et dont le destin l’a privé.
Mais, à y réfléchir, il en avait une, IMMENSE, de famille, en plus de celle du sang, celle de ses frères d’armes, depuis la fameuse troupe scoute de la St Dominique d’Alger jusqu’aux derniers fidèles compagnons d’aventure venus le visiter à l’hôpital la semaine dernière !
Et puisque j’en arrive à cette fin de mon témoignage, je voudrais exprimer publiquement devant vous et tous ceux là, à Christiane son épouse, aujourd’hui si éprouvée par ces dernières épuisantes semaines, la profonde reconnaissance que nous ressentons pour l’affection et le dévouement dont elle l’a entouré dans cette ultime décennie d’une vie si riche et mouvementée. Car ce fut une belle vie dont il n’a vraiment, j’en suis profondément convaincu, rien eu à regretter et ce, grâce à elle, jusqu’au dernier jour !
Adieu mon cher oncle, adieu mon Jean, adieu mon Colonel, que ce dernier vol te ramène sans encombre auprès de tous ceux ancrés dans ta mémoire, qu’ils t’aient précédé, dans le fracas d’un combat ou dans la fin plus paisible de l’âge. Il paraît qu’auprès du Seigneur on retrouve sa jeunesse éternelle, En fait toi, dans ta tête et dans ton cœur, tu ne l’avais jamais perdue et c’est pourquoi nous t’aimions tous autant !
État des services du Colonel Jean Gervais
- Novembre 1939 - S’engage dans l’Artillerie à Blida en Algérie - Admis à l’école d’Artillerie de Poitiers : EOR
- Juin 1940 - Sur ordre, retraite à cheval de Poitiers à Castres
- Août 1940 - Retourne en Algérie ; attendra de refaire l’école d’EOR à Cherchell pour être nommé Aspirant (1943) - Affecté au 14èmeGAFTA, en attente au camp du Ram Ram près de Marrakech au Maroc.
- 1944-1945 - Campagne de France et d’Allemagne.
- 1946 - Occupation en Allemagne ; suit les cours de l’école d’application de l’Artillerie à Idar-Oberstein près de Mayence pendant six mois.
- Janvier 1947 - Débarque comme volontaire en Indochine ; affecté au 10èmeRAC Cochinchine, monte plusieurs postes avec le personnel vietnamien.
- Juin 1949 - Grièvement blessé et difficilement sauvé, put être hospitalisé à l’hôpital 415 de Cholon près de Saigon pendant cinq mois ; puis rapatrié Métropole (Cannes).
- Mai 1950 - Affecté au 412ème RAA en Tunisie, commande une batterie équipée de canons 88 FLACK.
- 1951 - Réussit malgré les séquelles de sa blessure à repartir en Indochine ; affecté au Tonkin dans un EM pendant sept mois.
- Mars 1952 - Affecté comme Observateur au 23èmeGAOA à Hanoï.
- De janvier à août 1953 - Commande les éléments terre du 23èmeGAOA comme Capitaine ; rapatrié en août.
- 1954 - Commande une batterie au 405ème RAA à Hyères.
- 1955 - Suit le stage de Pilote Avions à Finthen en Allemagne.
- 1956 à 1960 - Commande le Peloton Avion de la 10èmeDP, devenu PMAH 10èmeDP ; participe à l’expédition en Egypte.
- Août 1960 - Stage de six mois Pilote Hélicoptères à Dax.
- Février 1961 - Affecté comme Commandant en Second au GALAT 3 de Chéragas en Algérie.
- Avril 1961 - Favorable au « PUTCH des GENERAUX », objet de soixante jours d’arrêts de forteresse ; puis inculpé « d’intelligence avec les directeurs d’un mouvement insurrectionnel » ; détenu deux mois à la prison de Fresnes ; bénéficie d’un « NON-LIEU ».
- Janvier 1962 - Commande le GALAT 7 à Satory ; relevé en 24 heures de son commandement en juillet pour avoir eu « des idées anti-gouvernementales ».
- De juillet 1962 à 1968 - Artillerie à Marseille + neuf mois à Valenciennes.
- De 1968 à 1973 - Prend le Commandement du Groupement 104 de l’ALAT à Toulouse, puis à Aix les Milles.
- De 1973 à 1976 - Commande le Camp de Suippes près de Chalons/Marne ; nommé Colonel en mars 1976.


Colonel du Puy Montbrun

Allocution par le général d’armée Hervé GOBILLIARD,Gouverneur des Invalides
en l’église Saint-Louis des Invalides, le vendredi 27 février 2009.
Mon Colonel, l’Institution Nationale des Invalides, l’Armée française, sont ce matin en deuil. En vous envolant pour votre dernière mission, lundi après-midi, les Invalides, l’Armée française, perdent un de leurs plus grands soldats du 20ème siècle, dont les exploits, le courage hors du commun, le sens du devoir et l’amour de la France marqueront à jamais les générations futures.
C'est une très profonde tristesse que nous ressentons, mais aussi un sentiment de grande fierté d’avoir eu le privilège de vous avoir compté parmi ces prestigieux Pensionnaires des Invalides qui, depuis plus de trois siècles, forment une chaîne ininterrompue d’héroïques serviteurs de la patrie, meurtris dans leurs chairs au service des armes de la France.
Mon Colonel, c’est pour moi un grand honneur d'être l'interprète de tous ceux que vous laissez ici, camarades de combat, militaires de toute génération, Pensionnaires, médecins et personnels de l'Institution, bénévoles, pour vous exprimer une dernière fois notre très profonde admiration
Vous êtes né le 18 février 1920, à Toulouse, dans une grande famille languedocienne. Votre père, ingénieur des chemins de fer, qui avait été gazé pendant la Grande Guerre, décèdera des suites de ses blessures quelques années après la fin du conflit. La campagne environnante et les montagnes pyrénéennes, sont les terrains de jeux que vous partagez avec vos deux frères, pendant votre enfance et votre jeunesse. Passionné de littérature, l’un de vos ouvrages favoris est « L’Escadron blanc » et tout jeune, vous rêvez de partir un jour comme méhariste au Sahara.
En 1938, à dix-huit ans, après avoir obtenu votre baccalauréat, vous décidez de vous engager dans l’armée. Très rapidement, votre niveau d’instruction, votre allant et votre autorité naturelle vous permettent de vous élever dans la hiérarchie. A la déclaration de guerre, en septembre 1939, vous êtes nommé Maréchal des logis. En janvier 1940, vous rejoignez l’Ecole de cavalerie de Saumur pour suivre un peloton d’élèves officiers. A l’issue, vous participez à la campagne de France au sein d’une unité de reconnaissance motorisée. Le 18 juin 1940, vous êtes très grièvement blessé à la tête et sombrez dans le coma pendant quelques jours. Vous reprenez connaissance le 24 juin, dans une infirmerie allemande où vous êtes prisonnier. A la première occasion, vous vous évadez et trouvez refuge dans une ferme où l’on vous cache jusqu’à ce que vous ayez assez de force pour rentrer chez vous dans le sud-ouest.
Réintégré dans l’armée d’armistice, vous êtes affecté au 2ème Régiment de hussards. C’est là que vous faites la connaissance de François BISTOS avec qui vous allez organiser dès 1942, le réseau « Confrérie Notre-Dame », qui prend en 1944 le nom d’Andalousie. Au sein de ce réseau, vous êtes responsable du service opération, chargé en particulier de collecter des renseignements pour le BCRA de Londres. Arrêté à plusieurs reprises, vous parvenez à chaque fois à échapper aux Allemands, jusqu’à cette souricière tendue par la Gestapo le 28 juillet 1944 qui a bien failli vous être fatale. N’étant plus en sécurité sur la terre de France, vous vous envolez pour l’Angleterre dans la nuit du 4 au 5 août 1944. Là-bas, vous suivez une formation particulière et serez parachuté en France pour y effectuer de nombreuses missions de l’ombre, puis vous continuerez à vous battre aux côtés des Américains jusqu’à la victoire finale. Vos exploits vous valent d’être six fois cité et nommé Chevalier de la Légion d’honneur à vingt cinq ans. Les Britanniques vous décerneront la médaille du courage.
En 1945, vous entrez au prestigieux 11ème Choc en formation. Dévoré par la passion de tout donner à la France et animé d’une farouche volonté de vous battre, vous partez en Extrême-Orient et êtes affecté aux Troupes Aéroportées d’Indochine. Bien que détaché auprès du Général de Lattre de Tassigny comme aide de camp, vous profitez des absences du Général pour monter des opérations d’une incroyable témérité derrière les lignes vietminh, à partir de chaloupes depuis les côtes d’Annam.
En 1952, après la mort du Général, vous créez comme capitaine, le Groupe des commandos mixtes aéroportés, le fameux GCMA, avec lequel vous mettez au point des techniques de harcèlement et de sabotage inconnues jusque là. Puis, vous serez affecté comme commandant en second du 8ème Groupement de commandos parachutistes du Capitaine TOURRET. Pendant plusieurs mois au Laos, vous multiplierez les coups de mains avec des milliers de partisans Hmongs sur les arrières des troupes vietminh.
A votre retour en France, vous êtes affecté au service action du 11ème Choc à Cercottes. Vous y rencontrez le Chef de bataillon CRESPIN qui milite pour l’utilisation de l’hélicoptère au combat, en particulier pour l’acheminement des troupes au plus près de l’adversaire de jour comme de nuit, procédé opérationnel que vous expérimentez au cours d’un nouveau séjour en Indochine, et mettrez en pratique plus tard en Algérie.
En Indochine, vos actions hors du commun, votre calme au feu, votre bravoure et l’exemple que vous donnez, vous valent sept nouvelles citations dont trois à l’ordre de l’armée.
En Algérie, vous servirez au Groupement d’Hélicoptères n°2 à Sétif, dans un premier temps en septembre 1955, comme capitaine commandant de la formation d’hélicoptères opérationnels, puis comme chef d’escadrons. Vous prendrez le commandement de cette unité en 1956. Pendant six ans, vous combattrez en Algérie, au mépris de tous les dangers. Vous ferez preuve d’un courage indomptable et d’une énergie peu commune. Le mémoire de proposition au grade de Commandeur de la Légion d’honneur vous désigne comme un « chevalier sans peur et sans reproche ». Vous serez sept fois cité en Algérie, dont deux à l’ordre de l’Armée.
En 1961, vous rejoignez l’École des Troupes Aéroportées à Pau et vous quitterez le service actif en 1964 en ayant toujours témoigné à vos anciens compagnons d’armes, pris dans la tourmente, votre estime et votre indéfectible amitié.
Plus tard, pendant quinze ans vous serez journaliste à Paris Match.
Il y a quelques semaines, le 12 janvier dernier, vous êtes accueilli en qualité de pensionnaire à l’Institution Nationale des Invalides.
La Promotion du Puy Montbrun de l'École Militaire Inter Armes
La promotion du Puy Montbrun de l'EMIA a rendu hommage à son parrain le dimanche 17 avril 2011. A cette occasion l'ALAT était représentée par un détachement du 5ème RHC au ordre du Lt. Col. Carbonnel commandant en second du régiment en l'absence du chef de corps qui se trouve en Afghanistan. L'UNAALAT était représentée par le général (2S) Roger Lescasse et par le Lieutenant Colonel (H) Armand Farrugia.
Colonel Diègue Santa
Extrait de l'éloge funèbre prononcé par le Général de Monchy, Président de l'UNAALAT
le 24 mars 2009
Engagé en 1944, il quitte le service actif après 35 années de service comme colonel, commandeur de la Légion d’honneur pour services de guerre exceptionnels en 1980, puis Grand officier de la Légion d’Honneur en 2003.
Né à Sidi Bel Abbès, le 28 décembre 1925, il s’engage dès dix huit ans, pour rejoindre le 5° Régiment de Tirailleurs Sénégalais au Maroc, avant de débarquer en France fin 1944 et déjà une première blessure en sautant sur une mine le 8 mai 1945 au col de Tende en Italie. Puis après 4 mois d’immobilisation c’est le premier grand départ vers l’aventure avec le 22 RIC vers l’Indochine. Ce premier séjour est dur pour un garçon de vingt ans, confronté à un climat harassant, à la dysenterie, au sentiment de solitude dans la région de Cao-Lanh. Il y devient Sergent-chef et Chef de section, il est cité à l’ordre de la division dans des accrochages où il échappe à la mort à de multiples reprises.
Retour en France le 22 juillet 1948, à bord du Pasteur, où se forge sa détermination de servir chez les parachutistes, aussi à l’issue de ses congés, il rengage au titre de la 1ère Demi-brigade de Commandos Parachutistes à Vannes. Reconnu pour ses compétences et son sens pédagogique, il est nommé instructeur au camp de Meucon, puis breveté parachutiste en 1950, il rejoint St Brieuc où il retrouve tous les instructeurs qui comme lui vont s’embarquer à nouveau pour l’Indochine le 28 novembre 1950.
A peine arrivé il plonge dans les combats acharnés, des sauts opérationnels de Thaï-Binh, jusqu’au 14 juillet où il défile devant le général de Lattre.
Puis il repart en opération de pacification en pays Thaï, mais très vite la situation générale s’aggrave et il est engagé dans une série d’opérations dans la région de Hoa-Binh destinées à contrer le harcèlement Viet qui se fait de plus en plus pressant ,malgré les énormes pertes qu’ils subissent .Il souffre du manque de moyens du coté français, malgré l’énergie et le courage de ses hommes qu’il sait galvaniser avec succès. Il est à nouveau blessé le 23 février 1952 ,mais dès le 14 mars, il rejoint Phat-Diem en zone incontrôlée avec de jeunes soldats dont l’adhésion au combat est totale, même s’ils ont le sentiment que la cause, pour laquelle ils se battent, est perdue. Les combats sont violents, les victimes nombreuses. Cette mission en pays thaï, en contact permanent avec l’ennemi sera des plus éprouvante, tentant de le contenir sans cesse avec la peur au ventre d’être fait prisonnier.
Enfin c’est le retour définitif d’Indochine en janvier 1953. Mais très vite, il rejoint Vannes et les sauts d’entrainement. Il décide alors de se porter volontaire pour rejoindre l’Aviation Légère d’Observation afin de retourner en Indochine. Il réussit la sélection et dès février 1954 c’est le stage pilote à Carcassonne sur Stampe, puis il est retenu pour le stage pilote hélicoptère à Issy-les-Moulineaux. L’un des objectifs de l’Armée de Terre des années 50 est d’acquérir un parc hélicoptères pour évacuer les blessés. Mais c’est la chute de Diên Bien Phu le 7mai 1954, à la fin de son stage en aout, sa nouvelle mission ne sera plus l’Indochine.
Aussi on l’envoie en stage montagne aux Deux-Alpes. Affecté au GH1, il continue son perfectionnement en effectuant de nombreuses missions en particulier dans l’est de la France. Mais c’est maintenant au Maroc que la situation flambe et il part avec un détachement de six Bell 47 à Fès. La majeure partie des missions seront des missions d’évacuation, dont les dangers seront tout autant liés au difficile relief du Riff, à plus de deux mille mètres d’altitude à la limite de puissance des moteurs de l’époque, qu’aux actions de la rébellion qui s’enhardit chaque jour davantage. De nombreux blessés lui seront reconnaissants de les avoir ainsi tirés d’une mort certaine.
Il est alors désigné pour suivre le stage de moniteur pilote hélicoptères à Satory début 1956. Quel plaisir pour lui que de suivre ce stage tout en soufflant un peu à Paris ! A l’issue de son stage il est affecté à Saumur, où il ne se contente pas de maitriser l’hélicoptère, mais il vérifie que les principes de l’équitation sont assez voisins ! Les mutations se succèdent avec DAX, puis Le Cannet des Maures pour la transformation sur H-21 plus connu sous le nom de « Banane Volante » et le 26 aout 1957 il entame déjà son premier vol opérationnel à Batna au GH2.
Les deux années qui suivent vont être marquées par de nombreuses opérations qui lui vaudront d’être décoré de la Légion d’Honneur le 14 juillet 1959 et promu officier à titre exceptionnel le 31 décembre 1959. Une récompense et une promotion qui marquent, à 35 ans, la fin d’une déjà longue étape. Car on l’ affecte maintenant au Sénégal pour au moins deux ans. Cette fois ci c’est la connaissance du désert et de ses nomades, sur les traces de l’Aéropostale.
A son retour en métropole c’est l’EAALAT qui l’attend comme chef de cours transformation H21, mais déjà on songe à lui pour repartir à Dakar.
Les mutations se succèdent rapidement, car promu capitaine le 1 juillet 1966 il prend le commandement de la réserve ministérielle H-21 à Rennes, puis la première escadrille Puma à Mulhouse au Galdiv7. Promu commandant il devient commandant de l'escadron Puma du GALCA1 à Phalsbourg.
Mais déjà, il repart pour le Tchad au titre de l’assistance militaire technique où il commande un détachement de cinq appareils dont un canon. La vie s’écoule facile jusqu’à ce que les rebelles tchadiens n’attaquent Abéché début 1977. Face à eux l’ANT est une armée sans ressort et les relations sont difficiles, car la lenteur de décision empêche toute riposte efficace. La situation s’aggrave dans le Nord d’autant que l’ennemi s’est maintenant doté de SAM7. Outre les nombreuses missions de guerre qui vont se succéder, où il sera d’ailleurs blessé, son détachement exécutera le sauvetage extraordinaire d’un équipage de DC4 abattu par deux missiles ce qui lui vaudra la cravate de commandeur de la légion d’Honneur à titre exceptionnel en 1978. Il quitte le service en 1980 après avoir été commandant en second du 6°RHC à Compiègne, mais il ne quitte pas la famille ALAT pour autant. Bien qu’ayant repris des activités comme conseiller militaire chez LOHR jusqu’en 1991, il rejoint le bureau de l’UNA-ALAT.
Décédé le 21 décembre 2008, il avait 4 filles.
Après ce destin d’exception, le Colonel Diègue Santa était :
- Grand Officier de la Légion d’Honneur
- Médaille Militaire
- Croix de Guerre des TOE
- Croix de la Valeur Militaire
- Médaille de l’Aéronautique
- Médaille d’Honneur du Service de Santé
- Croix du Combattant Volontaire en Indochine
Et de nombreuses décorations étrangères
Il totalise :
- 15 titres de guerre
- 11 citations
- 3 blessures de guerre
- 1 blessure en service aérien commandé
- 7 780 heures de vol dont 895 de guerre en 937 missions et 104 heures d’EVS avec 345 blessés récupérés